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Crise de Burnt Church : pourquoi l'histoire se répète 20 ans plus tard?

Il y a une vingtaine d’années, la crise de Burnt Church faisait rage au Nouveau-Brunswick.

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Un bateau en feu sur un quai, le soir. Image d'archive de mauvaise qualité.

Une image d'archives du 4 octobre 1999, sur le quai de Burnt Church, au Nouveau-Brunswick

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Alors que les confrontations entre pêcheurs se poursuivent depuis plusieurs semaines en Nouvelle-Écosse, un sentiment de déjà vu se manifeste dans une autre province maritime. Il y a une vingtaine d'années, près d'une centaine de pêcheurs commerciaux tentaient de chasser les pêcheurs autochtones de la baie de Miramichi, au Nouveau-Brunswick. Les pêcheurs commerciaux de Neguac reprochaient alors aux Autochtones de pêcher hors saison.

Le 4 octobre 1999. Des voitures appartenant à des pêcheurs non autochtones et un local de pêche sont incendiés au quai de Burnt Church. C’est le début de la crise de Burnt Church, au Nouveau-Brunswick.

Une vieille archive photo d'une voiture complètement brûlée et détruite sur un quai.

Un véhicule brûlé en 1999, sur le quai d’Esgenoôpetitj.

Photo : Radio-Canada

Plus d’une centaine de pêcheurs commerciaux tentaient alors de chasser les pêcheurs autochtones de la baie de Miramichi, coupant les cordages des casiers à homard appartenant aux Autochtones.

Le jugement Marshall de la Cour suprême venait alors de donner le droit aux pêcheurs autochtones de pêcher le homard, et d’en faire le commerce.

Curtis Bartibogue participe activement aux confrontations contre les pêcheurs non autochtones et les agents des pêches lors de la crise de Burnt Church, en 1999.

Curtis Bartibogue participe activement aux confrontations contre les pêcheurs non autochtones et les agents des pêches lors de la crise de Burnt Church, en 1999.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Curtis Bartibogue, pêcheur micmac de homard, a participé activement aux confrontations avec les pêcheurs non autochtones et les agents de Pêches et Océans, en 1999.

Marshall nous a donné espoir, pour notre peuple, de travailler et de commencer à faire de l’argent, jusqu’à ce que les choses commencent à tourner mal, raconte Curtis Bartibogue.

Je me rappelle de la colère, des gens qui ont perdu leurs bateaux, sur qui on a tiré, beaucoup ont souffert de stress post-traumatique après les événements.

Curtis Bartibogue, pêcheur micmac de homard

Les confrontations entre pêcheurs autochtones et non autochtones vont s’étendre sur plus d’un an.

Les omissions de Burnt Church

Pour sortir de la crise, Ottawa nomme un négociateur chargé de conclure des ententes avec les Premières Nations et d’expliquer l’arrêt Marshall aux pêcheurs non autochtones.

Gilles Thériault, négociateur en chef dans le conflit de Burnt Church.

Gilles Thériault, négociateur en chef dans le conflit de Burnt Church

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

C’est Gilles Thériault qui est à l’époque choisi pour cette tâche. Celui qui travaille aujourd’hui dans l’industrie de la transformation du crabe des neiges pour les Autochtones se souvient de cette époque.

Parfois, je devais être escorté par la GRC, parce que ça a été très, très intense. Mais, ça a fini par se calmer.

Gilles Thériault, négociateur en chef dans le conflit de Burnt Church

La tâche de négociateur n’était pas de tout repos. J’ai assisté à des réunions où des pêcheurs se préparaient avec des fusils pour traverser de l’autre bord de la rivière de Miramichi, dit-il.

Burnt Church est l’une des dernières Premières Nations à signer une entente avec le gouvernement fédéral.

La communauté obtient alors une trentaine de permis et bateaux permettant aux Autochtones de faire leur entrée dans la pêche commerciale tout en respectant les règles des saisons édictées par Pêches et Océans.

Une pancarte du quai de Burnt Church.

Gilles Thériault affirme que l’entente avait alors « calmé les esprits ».

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Les ententes sont intérimaires et non permanentes, et surtout, on ne définit pas la notion de pêche de subsistance qui permet aux Autochtones de pêcher pour un revenu modeste, qui est aujourd’hui au cœur du litige en Nouvelle-Écosse.

C'était une erreur [lors des négociations de Burnt Church], je crie depuis 10 ans au moins que le gouvernement fédéral se doit d’adresser cette question-là indéterminée de Marshall, à savoir qu’est-ce qu’on entend par ­''moderate livelyhood'' [revenu modeste], riposte Gilles Thériault.

Le silence d'Ottawa

Selon Roger Augustine, représentant des chefs des Maritimes à l’Assemblée des Premières Nations, Ottawa n’a rien appris de Burnt Church.

Roger Augustine, représentant des chefs des Maritimes à l’Assemblée des Premières nations.

Roger Augustine, représentant des chefs des Maritimes à l’Assemblée des Premières nations

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Roger Augustine a mené avec l’ancien juge Guy Richard un groupe d’étude en 2002 sur les relations entre les pêcheurs autochtones et les pêcheurs non autochtones, suite à la crise de Burnt Church.

Ils sont restés silencieux pendant 20 ans, indique Roger Augustine. Mais nous nous sommes préparés et ce qui se passe en Nouvelle-Écosse est phénoménal. C’est une lutte qui va se répéter encore et encore. Nous sommes bien mieux organisés que lors de la crise de Burnt Church.

Le 29 août 2000, la crise de Burnt Church s’envenime encore un peu plus. Des bateaux autochtones sont coulés par Pêche et Océans et des dizaines de casiers sont saisis.

Une confrontation entre des bateaux dans la baie de Miramichi.

Image d'archives du 29 août 2000, dans la baie de Miramichi

Photo : Radio-Canada

Le pêcheur de homard Zoel Breau était l’agent de liaison entre l’Union des pêcheurs des Maritimes et les médias lors de la crise de Burnt Church.

La plus grande peur de Zoel Breau à l’époque était qu’il y ait des blessés, car il avait assez de frustrations, dit-il.

Les pêcheurs non autochtones reprochaient aux Micmacs de pêcher hors saison avec des casiers non réglementés et de vendre le homard.

Au quai de Neguac, en octobre 2020, les bateaux sont chargés de blocs de béton que les pêcheurs commerciaux iront jeter en mer pour créer des habitats qui aideront la reproduction du homard.

Un bateau de pêche avec des blocs de béton remplissant l'espace.

Zoel Breau, pêcheur de homard, sur un bateau chargé de blocs de béton.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

On sait que le ressource est en très bonne santé, mais l’on ne veut pas que ça revienne à ce que c’était dans les années 70 et au début des années 80, surtout pas, dit Zoel Breau, pêcheur de homard.

Le stock de homard

L’argument des pêcheurs non autochtones sur la gestion du stock de homard est le même aujourd’hui qu’il y a 20 ans.

Pourtant, la saison de pêche autogérée lancée par Sipekne'katik, en Nouvelle-Écosse, ne compte que sept permis avec une cinquantaine de casiers par pêcheurs.

Deux hommes chargent des casiers à homard vides dans une camionnette.

Pêcheurs micmacs à Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, en septembre 2020.

Photo : CBC / Robert Short

Si on a 50, si on a 100 bateaux, si on a 200 bateaux, est-ce que ça, ça va avoir un impact? [...] possiblement. Alors, dans ce sens-là, les pêcheurs n’ont pas tout à fait tort, croit Gilles Thériault.

Bien que l'arrêt Marshall ait amené une certaine prospérité aux Premières Nations qui ont signé des ententes avec Ottawa, une toute nouvelle génération de pêcheurs réclame aujourd’hui son droit à la pêche.

Le vent a tourné en notre faveur, dit pour sa part Curtis Bartibogue. Aujourd’hui, les gens voient ce qui se passe à Saulnierville. Ce n’est pas le chaos ni l’anarchie, c’est une pêche selon nos règles et nos conseils de bande.

Curtis Bartibogue, pêcheur micmac de homard.

Curtis Bartibogue a aujourd’hui un permis commercial et pêche selon les règles comme les pêcheurs non autochtones.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Malgré tout, il ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre la pêche alimentaire qui a lieu tous les automnes à Esgenoôpetitj et la situation en Nouvelle-Écosse.

Chaque année, les pêcheurs commerciaux se préoccupent des stocks. Et nous voilà 20 ans plus tard, illustre Curtis Bartibogue. Et même s’il y avait une pêche chaque automne ici, dans notre région, nous connaissons depuis trois ou quatre ans probablement les meilleures saisons de pêche au homard depuis des décennies.

Les retombées de Marshall :

Dans une étude publiée l’automne dernier par l’Institut Macdonald-Laurier, le chercheur Ken Coates a examiné l'incidence du jugement Marshall à l’occasion de son 20e anniversaire. Voici quelques-unes des principales conclusions de l’étude :

  • Ottawa a dépensé 545 millions de dollars depuis 1999 pour racheter des permis de pêche commerciale et renforcer les capacités afin que les Premières Nations puissent s’engager dans la pêche commerciale de manière significative.
  • En 2009, les Premières Nations des Maritimes détenaient 1238 permis de pêche commerciale sur un total de 11 727 permis dans la région. C’est une augmentation par rapport aux 316 permis détenus en 1999.
  • En 2016, les prises des Premières Nations représentaient 6 % du marché total pour toutes les espèces de la région.
  • En 2016, ces permis ont généré 126 millions de dollars de revenus pour les Premières Nations des Maritimes, comparativement à 3 millions de dollars en 1999. L’ensemble de la pêche de la côte est a généré 2,2 milliards de dollars en 2016.
  • En 2018, les Premières Nations des Maritimes exploitaient 320 navires, employaient 1461 pêcheurs et 234 capitaines.

D’après le reportage de Nicolas Steinbach et des informations de CBC

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