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Des enjeux élevés pour le Canada à l'aube des présidentielles américaines

Enrique Pena Nieto, Donald Trump et Justin Trudeau lors de la signature de l'ACEUM.

L'ACEUM a été signé en 2018, alors qu'Enrique Pena Nieto était président du Mexique.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Un deuxième mandat pour l’administration Trump ou l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche impliquent des scénarios fort différents pour l’avenir des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis secouées par quatre années de conflits et la renégociation forcée de l’ALENA.

Bien que l’élection d’un nouveau président aux États-Unis soit l’affaire des électeurs américains, le prochain locataire de la Maison-Blanche aura un impact important au Canada, dont l’économie est liée à celle de son puissant voisin qui achète chaque année près des trois quarts des exportations canadiennes.

Les Américains sont nos meilleurs amis, que ça nous plaise ou non.

Robert Thompson, ancien chef du Crédit social du Canada

Ces paroles prononcées dans les années 1960 résument encore bien de nos jours les rapports commerciaux qu’entretiennent le Canada et les États-Unis.

Avec des économies aussi liées et interdépendantes, il va de soi que tout changement à la Maison-Blanche affecte directement le Canada, pour le meilleur, mais aussi pour le pire.

Si Donald Trump demeure président…

Justin Trudeau, Donald Trump. Melania Trump et Sophie Grégoire

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau et le président Donald Trump lors d'une visite à la Maison-Blanche.

Photo : La Presse canadienne / AP/Evan Vucci

Il est désormais bien établi que l’imposition de droits de douane et de tarifs punitifs est l’arme de prédilection de l’administration Trump pour faire plier autant ses adversaires que ses partenaires commerciaux.

Depuis qu'il est président, Donald Trump a forcé un ralentissement de la croissance des échanges internationaux en multipliant les querelles tarifaires avec plusieurs puissances, notamment la Chine et l’Union européenne, mais également avec ses voisins, en forçant le Canada et le Mexique à renégocier l’ALENA.

L’administration Trump a de surcroît paralysé le principal organe de règlement des conflits commerciaux de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en y bloquant le processus de nomination des juges.

En fait, rien n’empêchera l’administration Trump d’imposer de nouveaux droits de douane sur l’aluminium, l’acier ou le bois d’œuvre canadien pour faire pression sur Ottawa si elle demeure à la Maison-Blanche pour un second mandat.

L'influence de Robert Lighthizer

Derrière cette stratégie frontale de l’administration Trump se trouve le représentant au Commerce des États-Unis, Robert Lighthizer, considéré comme l’architecte de la politique commerciale du président Trump.

C’est d’ailleurs lui qui a dirigé la renégociation de l’ALENA du côté américain en prenant part personnellement à des séances de négociation animées avec la ministre et négociatrice canadienne, Chrystia Freeland.

Dans un essai publié dans le magazine Foreign Affairs , Robert Lighthizer explique qu’il projette de continuer à paralyser l'OMC jusqu’à ce que son gouvernement obtienne, entre autres, une réduction des droits de douane dans les pays en développement, des limites aux accords commerciaux entre les pays qui ne partagent pas de frontière, une répression du capitalisme d’État chinois et des mécanismes de règlement des différends moins contraignants.

Gros plan de Robert Lighthizer.

Robert Lighthizer, négociateur américain dans le dossier de l'ALENA

Photo : Associated Press / Jacquelyn Martin

Cette stratégie de blocage de l’OMC n’augure rien de bon pour le Canada, qui a obtenu gain de cause à l’OMC en août dernier au terme d’un neuvième litige sur le bois d’œuvre avec les États-Unis. Insatisfait du jugement, Washington a récemment porté l’affaire en appel devant le tribunal de l’OMC qui, ironiquement, ne peut pas entendre la cause.

La raison pour laquelle il ne peut le faire est que l'administration Trump bloque la nomination des juges à l'OMC. Ce qui vient en quelque sorte saboter toute possibilité de règlement de ce litige entre les deux pays à court terme.

Le gouvernement canadien se dit surpris et profondément préoccupé par ce que les États-Unis font subir au système commercial mondial.

Robert Lighthizer a clairement fait savoir de son côté qu'il serait parfaitement d'accord pour voir disparaître l'organe d'appel de l'OMC, et cela même s’il l’a saisi pour invalider une décision favorable au Canada.

Pour le représentant au commerce américain, la préservation des emplois manufacturiers aux États-Unis passe par le sacrifice d’une partie de l'efficacité des importations internationales, même si elle doit faire augmenter le coût des marchandises.

La politique commerciale idéale se situe, selon lui, sur une voie médiane entre le libre-échange et le protectionnisme, quelque part entre l'ouverture des années 1990 et les barrières des années 1930, écrit-il dans Foreign Affairs.

Stratégie contestée

Une chaîne de montage d'une usine Ford de Chicago.

Selon Chad Bown, les politiques commerciales de Donald Trump n'ont pas créé les emplois promis.

Photo : Associated Press / M. Spencer Green

Or, cette théorie ne fait pas que des adeptes aux États-Unis.

Pour Chad Brown, chercheur à l'Institut Peterson pour l'économie internationale, à Washington, l'administration actuelle est très douée pour casser les systèmes, mais n'a pas montré beaucoup d'intérêt pour réparer quoi que ce soit jusqu’ici.

Par ailleurs, l’efficacité de cette politique est loin d’avoir été démontrée, souligne le chercheur.

Par exemple, la renégociation de l’ALENA a mis selon lui à rude épreuve les relations avec le Canada et le Mexique pour un gain de 0,12 % de l'emploi aux États-Unis, selon une estimation indépendante commandée par une agence fédérale américaine.

Il y a peu de preuves par ailleurs d'un boom manufacturier survenu sous l’administration Trump, souligne Chad Brown.

L’avocat canadien spécialisé dans le commerce, Charles Benoit, croit au contraire que le Canada ne devrait pas reculer instinctivement devant certaines actions de l’administration Trump.

Selon lui, le fait d'imposer des changements dans les listes tarifaires internationales de l’OMC comme le fait Washington pourrait être à l'avantage du Canada.

Pour l’avocat qui réside aujourd’hui à Washington, l’industrie canadienne souffre tout autant, mais à plus petite échelle, des problèmes commerciaux internationaux que l’administration Trump tente de régler.

Le Canada a également des déficits commerciaux avec la plupart des pays du monde, un déclin à long terme de l'emploi dans le secteur manufacturier et une baisse de la participation des hommes à la population active sur plusieurs décennies, souligne-t-il.

Si Joe Biden l’emporte…

Le candidat démocrate Joe Biden prononce un discours.

Joe Biden promet de renforcer la politique du "Buy American" défendue par son adversaire républicain.

Photo : Reuters / Alan Freed

Je suis un libre-échangiste et un partisan de la mondialisation, a pour sa part déclaré Joe Biden dans un discours prononcé à la fin de son mandat de vice-président, sous Barack Obama. Mais, a-t-il ajouté, la mondialisation n'a pas été sans coût.

Malgré ses bonnes dispositions face à la mondialisation, une victoire de Joe Biden ne signifierait pas automatiquement la fin des différends commerciaux entre le Canada et les États-Unis.

Le candidat démocrate à la présidence a déjà déclaré à ce sujet qu'il avait l'intention de poursuivre la politique Buy American de manière aussi agressive – voire plus – que l’administration Trump en ce qui concerne les travaux publics.

Dans une administration Biden-Harris, "Buy American" sera plus qu'un slogan. Nous allons investir 400 milliards de dollars supplémentaires dans l'achat de produits fabriqués aux États-Unis et conserver des emplois bien rémunérés ici, chez nous.

Joe Biden, candidat démocrate à la présidence des États-Unis

S’il s’engage à soutenir l’achat local, Joe Biden abandonnerait en échange les tarifs douaniers liés à la sécurité nationale (tarifs 232) contre l’acier et l’aluminium de ses alliés, notamment le Canada, peut-on lire dans sa plateforme électorale.

Susan Rice, qui figurait sur la liste de candidates potentielles comme colistière de Joe Biden, a déclaré à CBC News qu'elle était offensée par les tarifs de sécurité nationale de Donald Trump contre le Canada, et a déclaré que Joe Biden ne les imposerait pas.

Dans sa plateforme, Joe Biden dit qu'il éviterait de se battre avec des alliés et travaillerait plutôt avec eux pour limiter la surproduction dirigée par l'État chinois dans des domaines tels que l'acier, l'aluminium, la fibre optique et la construction navale.

Joe Biden aurait également l’intention de reprendre l'accord de Partenariat transpacifique sur lequel il a lui-même travaillé sous l’administration Obama, mais que le président Trump a refusé de conclure à son arrivée au pouvoir.

Pour Chris Sands, directeur de l'Institut canadien du Wilson Center, basé à Washington, le nouvel ALENA (ACEUM) offre au Canada de nouvelles possibilités dans les domaines de l’agriculture, du travail et de la compétitivité économique.

Il croit que l'Amérique du Nord aura à terme une mobilité accrue des travailleurs, de sorte que les gens pourront plus facilement traverser la frontière pour trouver un emploi.

Entre-temps, estime-t-il, le Canada doit réfléchir à ses objectifs pour ce continent et faire cheminer ses idées au sein des nouveaux comités de l'ACEUM.

Avec les informations d'Alexander Panetta

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