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L'histoire rocambolesque de la création du Musée du Manitoba

Une vue du Musée du Manitoba, à Winnipeg.

Il a fallu 100 ans au Manitoba pour avoir un musée consacré à son histoire.

Photo : Google Street View

Le Musée du Manitoba fête ses 50 ans cette année. Il aura en effet fallu 100 ans pour que la province dispose d’un musée consacré à son histoire. Dans son livre Fire, Folly and Fiasco: Why it Took 100 Years to Build The Manitoba Museum, l’historien Jim Burns explique cette longue attente.

L'histoire de la création du musée est, par exemple, ponctuée d’incendies destructeurs, un élément récurrent dans plusieurs pans de l’histoire manitobaine.

Ce qui a été, en quelque sorte, le tout premier musée était situé dans ce qui faisait office de Palais législatif en 1871, soit la maison d’Andrew Bannatyne, explique Jim Burns, paléontologue et ancien conservateur au Royal Alberta Museum, qui a déménagé au Manitoba en 2007.

Mais, moins de trois ans plus tard, en décembre 1873, elle a brûlé et presque tout ce qui pouvait faire office de collection, que ce soit des livres, des objets ou des documents, est parti en fumée.

Ça aurait dû servir d’avertissement, ne pas mettre des choses irremplaçables dans un bâtiment en bois!

Jim Burns, auteur du livre Fire, Folly and Fiasco: Why it Took 100 Years to Build The Manitoba Museum

L’exposition universelle de Chicago marque un tournant

C’est toutefois l’Exposition universelle de Chicago, en 1893, qui va marquer le coup d’arrêt définitif du futur musée.

À l’époque, le premier ministre Thomas Greenway voulait faire grande impression et a refusé l’offre de Wilfried Laurier qui avait proposé au Manitoba de rejoindre le reste du pavillon canadien, raconte Jim Burns.

Le premier ministre manitobain a alors décidé de construire un hôtel avec une zone d’exposition juste en face de l’Exposition universelle. Des milliers de dollars ont été dépensés pour impressionner les visiteurs. Il y avait des animaux réels, d’autres empaillés, des objets des Premières Nations et même un immense réservoir réfrigéré avec des poissons du Manitoba, raconte l’ancien conservateur du Royal Alberta Museum.

À leur retour à Winnipeg, tous ces objets devaient être entreposés dans un musée promis par Thomas Greenway. En réalité, il n’y avait aucun bâtiment, pas même des plans architecturaux et les députés n’avaient jamais discuté d’un tel projet.

C’était une ruse de Thomas Greenway pour détourner l’attention des médias qui lui mettaient la pression au sujet de la quantité phénoménale d’argent dépensé pour l’exposition, à travers laquelle il essayait, en fait, d’attirer des immigrants au Manitoba, précise Jim Burns.

Perte incalculable d’objets historiques

Une fois rentrés à Winnipeg, les objets de l’Exposition universelle ont été installés dans l’École Mulvey, où se trouve maintenant l’École Gordon Bell High School. Mais, encore une fois, un incendie a ravagé le bâtiment, et une bonne partie de la collection s’est envolée.

En réalité, il est impossible de savoir ce qui a été perdu parce qu’il ne semble pas y avoir eu de liste, explique Jim Burns. Certaines collections ont été vendues aux enchères aux plus offrants.

La plupart des artéfacts du Manitoba auraient pu être sauvés si la province avait accepté des offres de musées américains, lors de l’Exposition universelle de Chicago.

La Smithsonian Institution de Washington et le Field Museum de Chicago voulaient acheter certaines collections. Le Manitoba a refusé, avec raison, mais s’il avait dit oui, ces collections existeraient probablement encore de nos jours, poursuit Jim Burns.

Manque de volonté politique par manque d’argent

Tous ces exemples ne sont que quelques-unes des péripéties qui jalonnent l’histoire de la création du Musée du Manitoba, mais elles n’expliquent pas à elles seules pourquoi il a fallu attendre 100 ans pour que la province ait un musée sur son histoire.

Je pense que le facteur principal expliquant pourquoi les politiciens ne se sont pas investis dans ce dossier, c’est le manque d’argent, affirme Jim Burns.

À la fin du 19e siècle, le Manitoba n’était pas une province riche. Puis, la Première Guerre mondiale est arrivée, suivie de la crise de 1929 et enfin de la Deuxième Guerre mondiale. Tous ces événements ont créé un certain marasme dans la population, poursuit-il.

Au final, il faudra attendre les années 1960 pour que les Manitobains commencent à se dire qu’ils ont besoin d’un musée avec une équipe professionnelle, conclut Jim Burns.

Le lancement de Fire, Folly and Fiasco: Why it Took 100 Years to Build The Manitoba Museum a lieu mardi soir, à 19 heures, à travers une activité en ligne organisée par la librairie McNally Robinson.

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