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Roulement de personnel trop élevé au gouvernement, déplore le SFPQ

L'édifice Marie-Guyart, connu sous le nom de complexe G, avec vue sur la ville de Québec

L'édifice Marie-Guyart, connu sous le nom de complexe G, est le lieu de travail de milliers de fonctionnaires provinciaux, à Québec.

Photo : Radio-Canada / André-Pier Bérubé

Les fonctionnaires québécois sont trop nombreux à quitter leur emploi. C'est du moins ce qu'affirme un syndicat qui représente 40 000 d'entre eux. Le SFPQ constate que, dans plusieurs ministères, plus du quart des fonctionnaires quittent leur emploi chaque année.

Il y a beaucoup trop de mouvement de personnel qui se fait, lance Christian Daigle, le président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ).

M. Daigle s'appuie sur des chiffres obtenus en vertu de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics, alors que les négociations sont toujours en cours pour renouveler les conventions collectives d'environ 500 000 employés de l'État.

Les données montrent que, pour l'année 2018-2019, le taux de départ volontaire des fonctionnaires se situait entre 10 % et 25 % dans la majorité des ministères et organismes du gouvernement.

Les plus gros ministères du gouvernement sont dans cette situation, notamment le ministère de la Santé et des Services sociaux, le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur et le ministère des Transports.

Dans une dizaine d'organismes, le taux de départ volontaire se situait même au-delà de 25 %. Parmi les milieux concernés, on retrouve la Commission d'accès à l'information, la Commission municipale du Québec et le Bureau d'aide aux victimes d'acte criminel.

M. Daigle croit que ces statistiques sont la pointe de l'iceberg, car elles tiennent seulement compte des employés permanents de l'État québécois.

« Le problème est certainement sous-estimé en n'ayant pas les occasionnels. Les gens qui sont permanents [...] vont peut-être avoir tendance à rester, peut-être à cause du régime de pension. »

— Une citation de  Christian Daigle, président général du SFPQ
Christian Daigle en entrevue devant la station de Radio-Canada sur la rue Saint-Jean, à Québec

Christian Daigle, président général du SFPQ

Photo : Radio-Canada

Les limites des chiffres

Chose certaine, les taux de départs volontaires obtenus par le SFPQ sont à analyser prudemment. Ils incluent non seulement les démissions, mais aussi les départs à la retraite ainsi que les mutations vers un autre ministère ou organisme.

Un taux élevé ne veut pas nécessairement dire que les gens quittent la fonction publique parce que ça ne va pas bien ou qu'ils sont insatisfaits au travail, prévient Maude Boulet, professeure en gestion des ressources humaines dans les administrations publiques à l'ENAP.

Ça peut vouloir dire que la main-d'œuvre est vieillissante et qu'il y a eu beaucoup de départs à la retraite , évoque-t-elle en exemple.

Maude Boulet, professeure en gestion des ressources humaines dans les administrations publiques à l'ENAP.

Maude Boulet, professeure en gestion des ressources humaines dans les administrations publiques à l'ENAP

Photo : ENAP / Denis Chalifour

Mme Boulet affirme également qu'il n'existe pas de base officielle pour comparer les taux de départs volontaires sur le marché du travail, au Québec.

À défaut d'avoir une enquête représentative de la population, elle cite le Baromètre RH de l'Ordre des conseillers en ressources humaines, qui établit à environ 24 % le taux de roulement moyen des organisations.

Encore là, il s'agit d'un taux à utiliser avec précaution, insiste la professeure Boulet. Elle souligne que même si un ministère a un taux inférieur à 24 %, cela ne signifie pas automatiquement que les choses vont bien dans tous ses départements.

Il y a peut-être des départements où le taux de départ volontaire est de 100 % à l'intérieur de ce ministère-là et d'autres où c'est 0 % , illustre-t-elle.

Pas de problématique

Le gouvernement conteste pour sa part la lecture du SFPQ. Globalement, il n’y a pas de problématique de rétention au niveau des employés de l’État, écrit Florent Tanlet, l'attaché de presse de la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel.

« S’il existe certaines problématiques, elles sont ciblées par exemple dans certains corps d’emplois. »

— Une citation de  Florent Tanlet, attaché de presse de la présidente du Conseil du Trésor

M. Tanlet indique que les mutations sont considérées comme des avantages d'une carrière dans la fonction publique et que les retraites font partie des événements normaux.

Quant au taux de démission dans l'ensemble de la fonction publique, le Conseil du Trésor l'évalue à 1,7 % pour l'année 2019-2020, un pourcentage qualifié de faible par M. Tanlet.

Manque de données

Sans prendre position pour l'une ou l'autre des parties, la professeure Boulet constate qu'il est difficile d'avoir un portrait juste de la situation. Selon elle, il manque des données probantes sur ces questions au Québec.

« J'aimerais ça insister sur la nécessité d'avoir des données probantes, des enquêtes représentatives de la population, des sondages. C'est très important parce que sans ça, on ne peut pas vraiment s'évaluer. »

— Une citation de  Maude Boulet, professeure en gestion des ressources humaines dans les administrations publiques à l'ENAP

Elle cite en exemple le sondage mené auprès des fonctionnaires fédéraux tous les trois ans et qui les interroge notamment sur leur satisfaction au travail.

Je pense que le Québec bénéficierait de ce genre d'enquête là, dit Mme Boulet. Elle recommande aussi de généraliser les entrevues de départ, afin de colliger des données sur les raisons qui poussent les travailleurs à quitter leur emploi.

Question de salaire?

Le président du SFPQ est néanmoins convaincu que si les fonctionnaires quittent leur emploi, au Québec, c'est en raison de leurs conditions salariales jugées inférieures à celles des employés municipaux ou fédéraux.

M. Daigle accuse aussi le gouvernement de sous-traiter « les jobs les plus intéressantes » au privé. Cette pratique aurait un effet démotivant pour les fonctionnaires, à qui reviennent parfois « les jobs les moins intéressantes », dit-il.

Là aussi, le gouvernement s'inscrit en faux. En tenant compte des avantages sociaux et l'ensemble des conditions de travail des fonctionnaires, le Conseil du Trésor estime que « le salaire offert est compétitif par rapport aux autres milieux ».

L'attaché de presse de Sonia LeBel rappelle que des négociations sont en cours avec le secteur public et parapublic, et que la rétention du personnel dans certains corps d'emploi pourra faire partie des échanges.

« De plus, un ambitieux projet de transformation du milieu de travail viendra redéfinir l’organisation du travail, le mode de gestion, l’utilisation des outils technologiques et l’occupation des espaces dans un environnement innovant. »

— Une citation de  Florent Tanlet, attaché de presse de la présidente du Conseil du Trésor

« Ces initiatives en cours viendront renforcer l’attraction et la rétention au sein de la fonction publique et lui permettront de se positionner adéquatement devant la complexité grandissante du marché du travail », conclut Florent Tanlet.

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