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Des centaines d’élèves privés d'éducation de langue française en Ontario

L’opposition accuse le gouvernement d'avoir négligé la pénurie d’enseignants francophones, désormais exacerbée par la COVID-19 en Ontario

Une femme lit un livre à son enfant

Veronica Rousseau aide son fils avec son apprentissage en français.

Photo : Radio-Canada / Veronica Rousseau/Camile Gauthier

Des centaines d’élèves sont privés d’enseignement de langue française en Ontario pour une période indéterminée. Le système d’immersion française en particulier, déjà en crise depuis des années, est durement touché par la pandémie.

Le Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB), le plus grand au pays, avait sonné l’alarme en juillet avant de se raviser sous une pluie de critiques. Trois mois plus tard, il se démène pour combler 80 postes d’enseignants d’immersion française et d'autres conseils font face au même problème.

À l'opposé du Québec, l’Ontario offre l'enseignement en ligne à tous et cette option est très populaire. Le fils de Veronica Rousseau attend sa rentrée virtuelle depuis plus de deux semaines. On apprend à faire l'épicerie, à cuisiner, à faire le lavage, en attendant, lance-t-elle, ironiquement.

L'élève de 5ième année a finalement été placé, lundi, dans une classe virtuelle en anglais pour qu’il puisse au moins débuter l’année scolaire. Le TDSB estime que plus de 40 classes d'immersion française ont été assignées à des enseignants anglophones, mais espère régler le problème dans les prochaines semaines­.

Selon sa mère, Maximillian cumule un retard d’apprentissage. Si on compare ses habiletés en français au mois de mars à aujourd’hui, il y a eu une régression quand même. J’ai de la chance, au moins je parle français, mais il y a d’autres familles qui ne peuvent pas aider leurs enfants.

Les ressources d’apprentissage en français offertes dans l'intérim sont médiocres, inefficaces, et il y a à peine assez de matériel pour remplir une journée complète, dit-elle.

Un jeune étudie sur une ordinateur.

Le fils de Veronica Rousseau n'a pas d'enseignant de langue française.

Photo : Veronica Rousseau

Le fils d'Asma Pasha a eu encore moins de chance. L'élève de troisième année n'a toujours pas d'enseignant, francophone ou anglophone. Il est en train de perdre son français, dit-elle.

Radio-Canada a parlé à une vingtaine de parents dans la même situation. Plusieurs ont déposé des plaintes auprès de l’Ombudsman de l’Ontario, estimant que le droit de l’éducation de langue française de leurs enfants a été bafoué. Ils ont aussi créé un groupe Facebook qui compte plus de 3000 parents.

Le gouvernement Ford se fiche complètement de l’éducation en français, ou même du français en général.

Laura MacNeil, mère d’une élève de 12 ans en attente d’une classe d’immersion

Les élèves francophones et francophiles de l’Ontario paient les frais d’un problème pourtant largement prévisible, dénoncé depuis très longtemps, que la COVID-19 n’a qu’inévitablement aggravé. Difficile de dire avec précision combien d'élèves sont touchés. Le conseil public anglais d'Ottawa-Carleton, par exemple, n'a pas été en mesure de fournir des données sur le sujet.

À Ottawa, une école francophone a dû renvoyer ses élèves de 7e et 8e années à la maison, faute d’enseignants suppléants. Le conseil scolaire, en ultime recours, a envoyé un message à l’aide aux parents pour qu'ils remplacent de façon bénévole.

Les statistiques les plus récentes de l’Association des enseignants franco-ontariens (AEFO), montrent qu’en 2018-19, le manque à gagner était d’environ 500 enseignants francophones. Il en faudrait désormais 1000 pour pallier la demande accrue durant la pandémie, selon des estimations des partis d’opposition appuyées par des conseils scolaires.

Le gouvernement Ford, déjà critiqué pour sa gestion de la rentrée, ne semble s’être réveillé que la semaine dernière, en annonçant des mesures (Nouvelle fenêtre), dont la création d’un portail de recrutement, mais sans financement supplémentaire.

Une femme regarde la caméra

Laura MacNeil est outrée que son enfant n'ait pas droit à une éducation en français en raison de la pénurie d'enseignants francophones.

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Un problème partout en Ontario

Le directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques, Yves Lévesque, espère que la qualité de l’enseignement ne sera pas affectée. L'annonce provinciale mènera éventuellement à plus d'enseignants, mais je ne crois pas qu'elle réponde à nos besoins immédiats, renchérit le porte-parole du Conseil scolaire public anglais de Toronto, Ryan Bird.

L'Ombusdman est au courant de cet enjeu et nous encourageons les personnes touchées par des problèmes semblables à nous contacter.

Bureau de l'Ombusdman Paul Dubé

Le porte-parole de l’opposition officielle aux Affaires francophones Guy Bourgouin a dénoncé la situation lundi lors de la période de questions à Queen's Park.

Du Nord à l’Est de l’Ontario, les conseils francophones demandent aux parents de devenir suppléants. Les programmes d’immersion risquent de fermer. Le premier ministre croit-il vraiment qu’on peut faire face à une crise comme ça à l’aide de salons d’emplois et de portails en ligne? Le gouvernement a carrément les deux pieds dans la même bottine.

Un homme en veston à l'Assemblée législative de l'Ontario.

Le député néo-démocrate Guy Bourgouin en chambre

Photo : Chaîne de l'Assemblée législative de l'Ontario

Questionné par Radio-Canada en point de presse, le premier ministre Doug Ford a répondu que l'éducation en français était absolument une priorité avant de céder la parole à son ministre de l’Éducation, qui a ajouté qu'il fait tout ce qui est humainement possible pour embaucher des enseignants du Québec et de France.

Stephen Lecce a décliné une demande d'entrevue à ce sujet. C’est plutôt son adjoint parlementaire, Sam Oosterhoff, qui a répondu à nos questions supplémentaires. Je ne sais pas si c’était une situation inévitable, mais c’est un problème qui touche aussi les autres provinces, a lancé le député.

Depuis le début de la pandémie, nous avons annoncé 1,6 milliard pour l’éducation et ça inclut les écoles francophones. On a aussi annoncé que les conseils scolaires peuvent puiser dans leurs fonds de réserve [pour embaucher plus d’enseignants].

La députée libérale Lucille Collard dénonce un manque préparation du gouvernement Ford. Si on a pas d'enseignants francophones, on peut craindre pour la survie de nos écoles, dit-elle.

La présidente de l’Association des enseignants franco-ontariens, Anne Vinet-Roy, souligne que le précédent gouvernement libéral a pourtant contribué au problème en ajoutant une année complète au programme de formation des futurs enseignants. L’écart se creuse encore plus entre les besoins du marché du travail et le nombre de finissants, dit-elle.

Lueur d’espoir : un Groupe de travail sur la pénurie des enseignantes et enseignants composés de représentants de l’AEFO et de conseils scolaires se penche actuellement sur la problématique et doit soumettre des recommandations au ministre.

Le travail de fond a débuté le 15 septembre et le Groupe de travail compte travailler intensivement cet automne à arrimer les programmes de formation à l’enseignement avec les besoins du marché du travail, favoriser l’insertion professionnelle et la rétention du nouveau personnel enseignant, valoriser la profession enseignante et promouvoir les opportunités d’emploi en éducation en langue française, explique Anne Vinet-Roy.

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