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Les libéraux maintiennent leur appui à la Clinique 554, après des années d'opposition

La clinique 554 au centre-ville de Fredericton.

La Clinique 554 au centre-ville de Fredericton a fermé ses portes.

Photo : Mike Heenan/CBC

Radio-Canada

Le chef intérimaire du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, Roger Melanson, maintient la promesse électorale du parti de payer avec l’assurance maladie les avortements effectués à la Clinique 554.

C’est un revirement pour ce parti qui s’opposait à la clinique du Dr Henry Morgentaler il y a une trentaine d’années. Le gouvernement libéral de Frank McKenna s’appuyait sur des lois et des règlements pour tenter de limiter l’accès à cette première clinique privée offrant la procédure à Fredericton.

Le Parti libéral a beaucoup appris avec le temps et il a changé sa prise de position, explique le député de Moncton Centre, Rob McKee. Son propre père était un ministre dans le gouvernement McKenna qui a essayé d’empêcher l’ouverture même de la clinique.

Rob McKee estime qu’il est normal qu’un parti politique change sa prise de position sur certains sujets qui évoluent avec le temps et au fur et à mesure que de nouvelles personnes en deviennent membres.

Roger Melanson donne une conférence de presse devant l'édifice de l'Assemblée législative.

Les libéraux ont présenté Roger Melanson comme leur chef intérimaire le 28 septembre dernier. Il maintient la promesse de son parti de rembourser les avortements effectués à la Clinique 554.

Photo : Radio-Canada

Le revirement s’est orchestré il y a quelques semaines lorsque le chef sortant, Kevin Vickers, a promis que son gouvernement financerait l’avortement à la Clinique 554 s’il remportait les élections.

Kevin Vickers a démissionné à la suite de sa défaite électorale. Selon Roger Melanson, il serait très étonnant que le prochain chef du parti refuse d’appuyer la Clinique 554. La société a évolué et elle est plus portée qu’autrefois à respecter les droits individuels, explique-t-il.

Même des libéraux qui se disaient pro-vie il y a quelques années appuient maintenant cette prise de position. C’est le cas de la députée libérale de Baie-de-Miramichi-Neguac, Lisa Harris. Elle préfère toujours qu’il n’y ait pas d’avortement, explique-t-elle, mais elle dit mieux comprendre et respecter maintenant le droit reconnu aux femmes de disposer de leur corps.

Il y a une dizaine d’années à peine, les libéraux et les progressistes-conservateurs s'opposaient toujours au financement public de la procédure dans la clinique privée et appuyaient les mesures en place pour limiter l’accès à l’avortement dans le système de santé public.

Ces limites remontent au gouvernement de Frank McKenna. L’ancien premier ministre avait promis le combat de sa vie au Dr Morgentaler peu après que ce dernier a annoncé son intention d’ouvrir sa clinique au Nouveau-Brunswick.

Malgré la décriminalisation de la procédure à la suite d’une décision de la Cour suprême du Canada, Frank McKenna avait déclaré à l’époque : Nous croyons que le Dr Morgentaler n’a aucun droit de venir ici établir sa propre clinique.

Frank McKenna prononce une allocution.

Le gouvernement de l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Frank McKenna s'était opposé à la clinique du Dr Henry Morgentaler (archives).

Photo : Radio-Canada

Le Dr Morgentaler a ouvert sa clinique en 1994. Le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick à l’époque, Russ King, a immédiatement porté plainte pour inconduite contre le Dr Morgentaler auprès du Collège des médecins et chirurgiens.

La législation adoptée par le gouvernement progressiste-conservateur précédent, celui de Richard Hatfield, permettait que tout médecin qui effectuait un avortement à l’extérieur d’un hôpital soit reconnu d’inconduite.

Mais le Dr Morgentaler a porté l'affaire en cour et remporté sa cause.

La Clinique 554 a succédé à celle du Dr Morgentaler. Russ King a déclaré l’an dernier que les temps ont changé et qu’il faut l’appuyer si ses services sont à la hauteur des normes et si le système public de santé ne peut offrir ces services.

Les libéraux de Frank McKenna avaient aussi établi l’exigence que la couverture de l’avortement par l’assurance maladie soit limitée à ceux effectués à l’hôpital par des spécialistes, et ce, à la condition que deux médecins la recommandent.

Les gouvernements suivants, progressistes-conservateurs et libéraux, ont maintenu ces exigences et ont résisté aux procédures intentées devant les tribunaux par le Dr Morgentaler pour que l’assurance maladie couvre les avortements effectués dans sa clinique.

Henry Morgentaler.

L'ancienne clinique du Dr Henry Morgentaler (photographié ci-dessus en 1998) est devenue par la suite la Clinique 554.

Photo : La Presse canadienne / Presse canadienne/John Lehmann

L’ancien premier ministre libéral Brian Gallant a toutefois rompu avec la prise de position de ses prédécesseurs. Il s’est dit pro-choix durant sa campagne pour devenir chef du parti, en 2012. Deux ans plus tard, les délégués libéraux rassemblés à l'occasion d'un congrès ont adopté une résolution pour mettre fin à l’exigence pour les femmes d’avoir la recommandation de deux médecins afin d'obtenir un avortement.

D’autres libéraux de l’époque McKenna se sont opposés à la nouvelle prise de position du parti, mais Brian Gallant a remporté ses élections et aboli cette exigence.

À ce moment, à l'Assemblée législative, le député progressiste-conservateur Blaine Higgs a dit que les six premiers ministres précédents ne croyaient pas, contrairement à M. Gallant, que cette exigence constituait une restriction à un droit reconnu en vertu de la Constitution.

Lorsqu’il est devenu chef de son parti deux ans plus tard, Blaine Higgs a promis de ne pas rétablir l’exigence de deux recommandations de médecins pour obtenir un avortement. De nos jours, les politiciens n’en parlent plus.

Brian Gallant s'adresse à des journalistes.

Le gouvernement de l'ancien premier ministre Brian Gallant a aboli l’exigence pour les femmes d’avoir la recommandation de deux médecins afin d'obtenir un avortement à l'hôpital (archives).

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Le gouvernement de Brian Gallant a aussi étendu la couverture de l’assurance maladie au médicament Mifegymiso, connu sous le nom de pilule abortive. Mais comme ses prédécesseurs il a refusé cette couverture aux avortements effectués dans la Clinique 554.

Cette prise de position n’a changé que tout récemment, durant la campagne électorale, quand Kevin Vickers a promis de couvrir avec l’assurance maladie l’avortement à la Clinique 554.

À l’heure actuelle, le premier ministre Blaine Higgs soutient que le financement public de l’avortement ne s’applique qu’à ceux effectués dans les hôpitaux. Son gouvernement, selon lui, a une base juridique solide pour refuser le financement public de l’avortement dans une clinique privée.

Le député Rob McKee dit avoir entendu peu de libéraux critiquer la nouvelle prise de position du parti durant la campagne électorale. Au contraire, dit-il, la majorité d’entre eux estiment que c’est une bonne chose à faire.

Sa collègue Lisa Harris estime que les élus doivent répondre aux préoccupations des jeunes Néo-Brunswickoises qui veulent un plus grand accès à la procédure.

Avec les renseignements de Jacques Poitras, de CBC

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