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En pleine pandémie, l'attente pour voir un psychologue est de 6 à 24 mois

Les psychologues du réseau public et Québec solidaire pressent le gouvernement Legault de remédier à la situation.

Plusieurs personnes, dont une porte un masque, marchent sur un trottoir.

Les Québécois doivent attendre jusqu'à deux ans pour obtenir des services psychologiques dans le réseau public.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Alors que la deuxième vague déferle sur le Québec et que les effets psychologiques de la pandémie de COVID-19 sont de plus en plus documentés, il faut toujours entre 6 et 24 mois d'attente pour obtenir des services psychologiques dans le réseau public québécois.

Le problème existait, dit-on, bien avant la pandémie. Pendant trop longtemps, la profession n'a pas été suffisamment valorisée par les gouvernements, dénonce la Coalition des psychologues du réseau public québécois.

La raison pour laquelle on a ces délais-là, c'est vraiment qu'on a un manque de psychologues dans le réseau public, affirme Catherine Serra Poirier, psychologue et porte-parole de la coalition.

Pourtant, poursuit-elle, le Québec ne manque pas de psychologues. Selon la coalition, il y en a quatre fois plus par habitant dans la province qu'en Ontario. Mais trop peu d'entre eux, soit 3000 sur 8000 psychologues, œuvrent dans le public.

Autrement dit, la pénurie est artificielle, selon Mme Serra Poirier. On pense que c'est dû au manque de reconnaissance, autant salariale que de l'autonomie professionnelle.

La coalition, se basant sur des projections du Conseil du trésor, estime qu'il faudra embaucher près de 900 psychologues dans le réseau public d'ici 2023, autant pour combler le rattrapage que les départs à la retraite.

Effets de la pandémie

On craint maintenant que les effets de la pandémie n'accentuent la demande et que les listes d'attente explosent. Une récente étude de l'Université de Sherbrooke a d'ailleurs montré que l'anxiété et la dépression affectaient plusieurs Québécois depuis la crise du coronavirus.

On y apprenait que 37 % des adultes de 18 à 24 ans rapportaient des symptômes anxieux ou dépressifs au début du mois de septembre. Dans le reste de la population, la proportion était d'une personne sur cinq.

Des répercussions de la deuxième vague et du confinement de 5 millions de Québécois pour 28 jours sont maintenant appréhendées. On voit une énorme augmentation de la détresse, affirme Catherine Serra Poirier.

Catherine Serra Poirier

Catherine Serra Poirier est psychologue et membre de la Coalition des psychologues du réseau public québécois

Photo : Radio-Canada

Mais avec six mois d'attente, une personne qui frappe à la porte du réseau pourrait attendre jusqu'en avril prochain avant de recevoir des soins professionnels. Et suivant la même logique, des personnes ayant demandé de l'aide lors de la première vague, en mars, commenceraient à peine leurs suivis actuellement.

Ces délais compliquent la tâche des psychologues, selon Catherine Serra Poirier, et surtout aggravent des problèmes parfois simples à régler s'ils sont pris en charge plus rapidement.

Les gens qui sont en attente, on observe une détérioration de leur état. Ça fait des cas qui sont plus complexes à traiter par la suite.

Catherine Serra Poirier, psychologue

Selon des données du ministère de la Santé et des Services sociaux, 20 610 Québécoises et Québécois étaient sur la liste d'attente au 31 mars 2020. Le nombre a baissé à 16 310 en juillet. Le chiffre demeure énorme, selon la coalition.

Iniquités sociales

Québec solidaire, qui appuie la Coalition dans ses demandes, déplore un système à deux vitesses et un accès aux services psychologiques inégal dans la population.

C'est un luxe, mais ça ne devrait pas être un luxe. Actuellement, quand on veut avoir des services rapidement, il faut payer 110 $ de l'heure [au privé], s'inquiète le député Sol Zanetti, porte-parole du parti en matière de santé et de services sociaux.

Les solidaires accusent au passage les libéraux d'avoir fait fuir au moins 450 psychologues, de 2008 à 2018.

Le député solidaire Sol Zanetti

Le député Sol Zanetti réclame un coup de barre pour renforcer les services psychologiques dans le réseau public.

Photo : Radio-Canada

Un réseau public fort et gratuit permettrait selon M. Zanetti de démocratiser les soins en santé mentale et d'éviter que certaines personnes ne reçoivent aucune aide. Il craint également que des personnes n'aient pas le réflexe de se tourner vers des ressources publiques, sachant que l'attente y est très longue.

Le député solidaire est aussi inquiet pour les étudiants. Lui-même enseignant de philosophie au cégep avant son saut en politique, M. Zanetti redoute les impacts de la formation à distance.

La détresse devient de plus en plus invisible à cause de la distanciation sociale. [...] On n'a pas le contact humain autant qu'on avait avant.

Sol Zanetti, porte-parole en matière de santé et de services sociaux, Québec solidaire

À son avis, le fait que les humains se côtoient moins risque de rendre les problèmes de santé mentale d'autant plus durs à déceler.

Il y voit une raison d'être d'autant plus vigilant et prévoyant.

Initiatives gouvernementales

Autant la Coalition des psychologues du réseau public que Québec solidaire ont salué de récentes initiatives du gouvernement Legault en matière de santé mentale.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a annoncé cette semaine l'envoi de brigades d'intervenants psychosociaux dans les écoles du Québec.

Une enveloppe de 31,1 millions de dollars a aussi été débloquée en mai dernier à cause de la pandémie. On juge toutefois que ces actions, bien que souhaitables, ne règleront pas le problème de fond, qui est de rendre le réseau public attractif.

À ce sujet, le cabinet du ministre Carmant affirme être bien au fait du problème. On y rappelle que des négociations sont en cours avec les psychologues du réseau public. On y voit une excellente opportunité de discuter avec les syndicats des enjeux d'attraction et de rétention des psychologues dans le réseau.

Diverses mesures de rétention et d'attractivité sont en place, ajoute-t-on au cabinet, comme des programmes de bourses et des primes d'éloignement.

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