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Ce que la mort de Joyce Echaquan nous apprend sur les préjugés dans le milieu de la santé

Photo générique d'un travailleur de la santé, les bras croisés, tenant un stéthoscope.

Un travailleur de la santé tenant un stéthoscope.

Photo : iStock

La mort dans des circonstances nébuleuses de Joyce Echaquan, une femme Atikamekw de Manawan, met en lumière les préjugés raciaux qui affectent des travailleurs de la santé comme le reste de la population.

La femme de 37 ans a diffusé en direct une vidéo dans laquelle elle réclame de l’aide. Elle y soutient avoir reçu une trop forte dose de médicaments. On y entend une infirmière et une préposée aux bénéficiaires tenir des propos racistes à son endroit.

Une enquête du coroner est en cours et ces deux membres du personnel ont été congédiés.

Cette situation illustre bien ce que les études démontrent déjà autour des préjugés auxquels font face les patients autochtones dans le système de santé, selon la professeure adjointe au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval, Dre Marie-Claude Tremblay.

Ce qu’on a rapporté dans la littérature, c’est qu’il y a certaines croyances qui sont spécifiques aux patients autochtones, qui concernent par exemple leur capacité d’autonomie. On peut avoir une croyance que les patients autochtones ne peuvent pas se prendre en charge par eux-mêmes, explique Dre Tremblay.

Selon elle, les études démontrent que des professionnels de la santé estiment aussi que ces patients sont les seuls responsables de leur état de santé. Ils seraient un peu punis pour leurs comportements , continue-t-elle.

Il y a aussi la perception que les patients autochtones seraient plus difficiles à traiter et respecteraient moins les directives des professionnels de la santé.

D’ailleurs, la Dre Tremblay a effectué une étude en 2017 et 2018 avec la communauté de Manawan, de laquelle était originaire Joyce Echaquan. L'étude était aussi réalisée avec le centre d’amitié autochtone et un centre de soins, tous deux situés à Joliette.

Les patients ont mentionné dans l’étude qu’ils étaient souvent victimes de préjugés et un de ces préjugés, c’est qu’ils se présentent en clinique seulement pour obtenir des antidouleurs, souligne la chercheuse.

Selon elle, cela a pour conséquence qu’ils ont tendance à sous-rapporter leurs symptômes en raison d’incidents racistes dans le système de santé. Ils évitent aussi de consulter autant que possible. Ça a des conséquences énormes, parce que ça peut augmenter la gravité de leur état, explique-t-elle.

La spécialiste estime qu’il n’y a pas suffisamment de formation offerte aux spécialistes de la santé pour les aider à comprendre les réalités autochtones.

Souvent, les cours sont autour de la diversité culturelle en général. [...] Ça prend des changements de structure pour mettre en place des environnements de soins qui sont sécuritaires culturellement pour les patients , conclut-elle.

Le biais cognitif et les pronostics

La Dre Amaryllis Ferrand, pédiatre et néonatologiste, et candidate au doctorat en éthique pragmatique en santé, s’intéresse à l’incidence des biais cognitifs inconscients sur les décisions cliniques des pronostics.

Elle étudie donc l’impact que les préjugés des docteurs auront sur la prise de décisions pour la santé du patient. Le pronostic, c’est l’évaluation de l'évolution d'une maladie et donc, le type de traitement que la personne doit recevoir.

On sait que les biais qui sont présents chez les professionnels de la santé impactent beaucoup les décisions médicales. Les études montrent par exemple que ça va avoir une incidence sur le diagnostic en tant que tel, indique la chercheuse. Et donc, sur la santé, voir la survie du patient.

La plupart des études réalisées jusqu’ici au sujet des biais cognitifs concernent les populations afro-américaines et hispaniques aux États-Unis. Dre Ferrand estime qu’un rapprochement peut être fait entre la situation là-bas et le biais envers les populations autochtones d'ici.

Par exemple, quelqu’un à la peau foncée, les médecins vont croire que le patient a moins de douleur que ce qu’il en a vraiment, explique-t-elle. L’évaluation de la douleur aura un impact sur le diagnostic, puis, sur le pronostic.

D’autres biais viennent aussi influencer les médecins, comme les biais sexistes et de visions négatives envers certaines maladies.

Selon la chercheuse, la question est encore très taboue au sein du milieu médical. Pourtant, le fait d’être conscient de ses préjugés aide à prendre de meilleures décisions pour la santé du patient.

Une des solutions porte sur l'éducation, à l'école, mais aussi dans la formation continue. Je crois que c'est deux voies pour travailler à la reconnaissance et à la diminution de ces biais, conclut Dre Ferrand.

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