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Les mots de Trump aux Proud Boys leur donnent des ailes, selon des experts

Des manifestants brandissent une pancarte portant le slogan « Make Canada great again ».

Les propos décomplexés du président américain et son refus de condamner les mouvements suprémacistes blancs et les milices confortent la crédibilité de ces organisations autant au Canada qu'aux États-Unis, selon les experts.

Photo : The Canadian Press / Christopher Katsarov

Radio-Canada

D'après des analystes, la remarque adressée par le président américain au mouvement des Proud Boys de « reculer et de se tenir prêts », lors du premier débat présidentiel, renforce la crédibilité de ce groupe militant d’extrême droite cofondé par le Canadien Gavin McInnes en 2016.

C'est la meilleure chose qui aurait pu arriver aux Proud Boys et au mouvement de la suprématie blanche en un demi-siècle probablement.

Une citation de :Bernie Farber, président du Réseau canadien anti-haine

D'après des experts des groupes extrémistes, le fait de s’être adressé directement aux Proud Boys pendant cet exercice politique vu par des centaines de millions de personnes a offert une publicité sans pareille au mouvement, autant au Canada qu'aux États-Unis.

Composée essentiellement d’hommes, l’organisation qui s'est donné pour mission de défendre l'Occident est reconnue pour ses manifestations et ses confrontations parfois violentes avec les mouvements antifascistes. Bien qu'ils désavouent officiellement le racisme, les Proud Boys ont souvent été accusés d'entretenir des liens avec les suprémacistes blancs et les néonazis.

Selon leur site Internet, les Proud Boys réclament la fermeture des frontières, ils glorifient le principe de la femme au foyer, et réclament un gouvernement minimal et une totale liberté d’expression.

Trois membres canadiens des Proud Boys, vêtus de polo noir et jaune, discutent en tenant le Red Insign canadien, ancêtre du drapeau officiel.

Des membres canadiens des Proud Boys lors d'une manifestation contre le 150e anniversaire du Canada à Halifax, en 2017.

Photo : CBC / Anjuli Patil

Ils ont tout un historique ici au Canada. Certains diront qu’ils sont encore plus nationalistes blancs ici qu’aux États-Unis, souligne Bernie Farber, président du Réseau canadien anti-haine.

Par contre, au Canada, le groupe rassemble moins de membres et semble moins prompt à s’engager dans des actes violents que chez leurs confrères américains, estime-t-il.

Le principal fait d’armes des Proud Boys au Canada est survenu en 2017, lorsque des membres de l’organisation, dont plusieurs étaient des militaires canadiens, ont perturbé une cérémonie micmaque lors de la fête du Canada à Halifax.

Aux États-Unis, il n’est pas rare cependant de les voir se présenter lourdement armés dans des manifestations de la gauche radicale, affichant une attitude provocatrice et se disant prêts à en découdre avec les manifestants.

Des hommes armés lèvent les bras au ciel.

Des membres des Proud Boys saluent leurs confrères lors d'une manifestation à Portland, en Oregon, le 26 septembre 2020.

Photo : AP / John Locher

Prenez du recul et tenez-vous prêts

Au cours du débat de mardi soir, le modérateur Chris Wallace de Fox News a demandé à Donald Trump s'il serait prêt ce soir à condamner les tenants de la suprématie blanche et les milices et à exiger qu'ils se retirent pour ne pas attiser la violence qui a éclaté dans de nombreuses villes aux États-Unis ces dernières semaines.

Le président a répondu bien sûr, sans toutefois prononcer un mot contre ces groupes, se contentant d'imputer la responsabilité de la violence aux radicaux de gauche, tels que les partisans d'Antifa.

Devant l’insistance du modérateur, le président sortant a demandé candidement qui il devrait condamner, le candidat démocrate Joe Biden a suggéré les Proud Boys. Proud Boys, prenez du recul et tenez-vous prêts, a alors rétorqué M. Trump.

Donald Trump et Joe Biden font face au modérateur Chris Wallace.

Les échanges ont été particulièrement vigoureux entre Donald Trump et Joe Biden, mardi soir à Cleveland, en Ohio.

Photo : Getty Images / Pool

Il n’en fallait pas plus pour provoquer une poussée d’enthousiasme et de fierté chez des Proud Boys, qui ont fait des paroles présidentielles un slogan sur les médias sociaux : Stand back and Stand By.

Aussitôt, les offres de chandails, de kangourous et d’accessoires portant le message Proud Boys stand by se sont multipliées sur les réseaux sociaux, rapportait le Washington Post.

Mercredi après-midi, le président Trump a tenté de clarifier ses propos en affirmant qu'il ne savait pas qui étaient les Proud Boys, mais qui qu'ils soient, ils doivent se retirer et laisser les forces de l'ordre faire leur travail.

Tango à trois temps

Un homme chante la main sur le coeur.

Un homme fait serment d'allégeance lors d'une manifestation des Proud Boys à Portland, en Oregon, le 26 septembre dernier.

Photo : AP / Allison Dinner

Selon David Neiwert, auteur du livre Alt-America: la montée de la droite radicale à l'ère de Trump, Donald Trump a un long historique de ce qu’il appelle le tango à trois temps.

Il [Donald Trump] commence par faire une déclaration qui encourage clairement les nationalistes blancs et les extrémistes de droite. Puis il revient sur ses pas. Puis quelques jours plus tard, il reviendra pour émettre un commentaire favorable à leur sujet, a expliqué M. Neiwert au micro de l’émission The Current, sur les ondes de CBC.

Pour les nationalistes blancs, c’est la première déclaration qui est importante, note l’auteur. Les désaveux... ils ne les prennent pas au sérieux. En fait, aucun d'entre eux n'y croit. Ils disent : "Oh, il fait juste ce qu'il faut pour maintenir sa viabilité politique".

Pour Barbara Perry, directrice du Centre sur la haine, les préjugés et l'extrémisme de l'Ontario Tech University d'Oshawa, le mal est fait.

C'est clairement un coup de pouce à leur ego et à leur confiance.

Une citation de :Barbara Perry, directrice du Centre sur la haine, les préjugés et l'extrémisme de l'Ontario Tech University d'Oshawa

Selon Mme Perry, bien qu'il soit difficile de déterminer leur nombre exact, les Proud Boys seraient présents dans toutes les grandes villes canadiennes ainsi que dans plusieurs petites communautés.

Les Proud Boys ont été expulsés de certains réseaux sociaux, dont Facebook, Twitter et Instagram. Cette semaine encore, le fabricant britannique de vêtements Fred Perry a fait savoir qu'il retirait des marchés américain et canadien son polo noir aux bordures de col et de manche jaunes, adopté comme uniforme par les Proud Boys.

Avec les informations de Mark Gollom

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