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Le SOS du milieu culturel au gouvernement québécois

6 personnages 4 femmes et 2 hommes, dans un décor de forêt sombre et menaçante. Les femmes portent des robes noires, les hommes sont habillés en chevaliers style 16e siècle.

Une scène de l'opéra « Maria Stuarda » de Donizetti

Photo : Metropolitan Opera / Ken Howard

Radio-Canada

À la veille de la présentation de l’aide gouvernementale à la culture en raison de la fermeture des lieux culturels situés en zone rouge, les attentes et le mécontentement envers le gouvernement sont très forts dans le milieu culturel, qui a le sentiment d’être sacrifié avec ce reconfinement forcé.

Jeudi, environ 300 personnes du cinéma québécois ont interpellé le premier ministre François Legault dans une lettre pour faire part de leur consternation et pour exhorter le gouvernement à compenser très rapidement les salles de cinéma, les distributeurs et leurs partenaires pour les pertes [subies].

Un sentiment d’incompréhension qui ne s’estompe pas

Pourquoi sévir contre des citoyens corporatifs exemplaires qui ne contribuent pas à la propagation du virus?, demandent les signataires de la lettre. Quel message le gouvernement envoie-t-il en sévissant contre un secteur qui a su s'adapter rapidement et mettre en place des mesures efficaces, respectueuses et sécuritaires? [...] Les intervenants du secteur culturel ne doivent pas servir de bouc émissaire du gouvernement quand il cherche à envoyer un message à la population.

De leur côté, les conseils de la culture de Montréal, de Québec–Chaudière-Appalaches, de la Montérégie, de Laval, de Lanaudière et des Laurentides ont publié dans Le Devoir, jeudi, une lettre à l’attention du Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, pour exprimer leur incompréhension.

Si nous vous écrivons aujourd’hui, c’est parce que nous ne comprenons pas. C’est parce que nous n’avons pas d’explications rationnelles à fournir à ces créateurs, artistes, artisans, mais aussi à nos concitoyennes et concitoyens qui ont besoin de cette fréquentation culturelle pour garder le moral, dans une bataille qui risque d’être encore longue, ont-ils souligné.

Faire entendre un cri du cœur

Au-delà de cette incompréhension, le milieu artistique reste sous le choc et se sent mis de côté, mais aussi mal-aimé.

Nous sommes déchirés entre scepticisme et désespoir. L’inquiétude est vive, a déclaré Luc Fortin, président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ) dans un communiqué envoyé aux médias mercredi.

C’est plus dur que pour la première fois. On a mis six mois à se réorganiser complètement, avec créativité et prudence. [...] Le découragement est là, a confié, mercredi, Sylvain Bélanger, directeur artistique du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTDA), à Catherine Richer, chroniqueuse culturelle de l’émission Le 15-18.

Quand il y a des levées de boucliers dans le monde du sport, on dit qu’on ne peut pas enlever [le sport], car c’est important pour la santé physique, mentale et des communautés. Pourquoi n’est-on pas capable [de considérer] les arts en ces mêmes termes amoureux? C’est ce qui est blessant, a-t-il ajouté. 

Le très attendu soutien financier de Québec

Après un printemps passé en confinement et un été à l’activité très réduite, le milieu culturel québécois avait repris vie à la rentrée, avec le lancement de spectacles, de plusieurs saisons théâtrales et d’une campagne de promotion pour soutenir la sortie de différents films.

Toutefois, cette relance a été trop courte pour lui permettre de se refaire une santé. 

Plusieurs salles peinaient à survivre dans l’attente d’une reprise plus soutenue. Lorsque des salles devront fermer définitivement leurs portes, ce qui risque d’arriver à la suite de ces nouvelles mesures, ce sera une tragédie pour tout l’écosystème cinématographique québécois, ont souligné les signataires de la lettre rédigée par le secteur du cinéma. 

Depuis le début de la pandémie, le gouvernement a soutenu financièrement la culture, mais de manière insuffisante, selon le milieu culturel.

Au cours des derniers mois, les salles de cinéma se sont débrouillées pratiquement sans aide du gouvernement et ont dû assumer des coûts énormes, précise la lettre. 

Quant aux théâtres, dont plusieurs sont situés à Montréal et à Québec, ils ont pris de gros risques financiers en programmant des pièces cet automne afin de renouer avec le public et de se relancer, comme le souhaitait le gouvernement. Le fait que les représentations d’octobre ne peuvent pas avoir lieu les met donc en difficulté.

Le gouvernement nous demande de jouer dans son équipe, des fois, on aimerait qu’il joue dans la nôtre.

Une citation de :Sylvain Bélanger, directeur artistique, Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

De plus, cela fait des mois que les salles de spectacle et les théâtres réclament une mesure d’appariement à la billetterie, c’est-à-dire une compensation pour le nombre réduit de billets vendus afin de permettre le respect de la distanciation physique dans les salles. 

Or, cet argent tant attendu n'était toujours pas arrivé lorsque le reconfinement d’une partie du Québec a été annoncé lundi soir. Désormais, l’industrie culturelle doit également faire face à de nouvelles pertes dans les régions en zone rouge. Elle attend donc que le gouvernement apporte une solution à cette question de l’appariement à la billetterie et qu’il vienne compenser la fermeture des lieux culturels décrétée jusqu’au 28 octobre. 

Selon une source proche du cabinet de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, Québec a fait une proposition de mesure d’appariement à la billetterie à Ottawa il y a déjà plusieurs semaines. Toutefois, le fait que la diffusion de spectacles ait repris au Québec, contrairement au reste du Canada, a compliqué la tâche du ministère du Patrimoine canadien, soucieux de répondre aux différentes réalités vécues par les milieux culturels à travers le Canada. 

Il faut un engagement du provincial et du fédéral pour soutenir l’ensemble de l’écosystème, affirme Anne Trudel, présidente du Conseil québécois du théâtre. 

De l’aide pour les artistes réclamée

Si les organisations culturelles ont urgemment besoin d’aide, la fin de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) risque de plonger des artistes dans une situation financière difficile, la fermeture des lieux culturels réduisant leurs possibilités de travailler. 

La culture, c’est avant tout celles et ceux qui la font. Il n’y a pas de salles de spectacle, pas de théâtre, pas d’arts vivants sans artistes, interprètes, musiciens, créateurs, professionnels et artisans, s’est inquiétée Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes (UDA), dans un communiqué publié mercredi. 

La précarité qui nous afflige est en train d’assommer la force vive de la culture, c’est-à-dire les créateurs et les artistes.

Une citation de :Sophie Prégent, présidente de l’UDA

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