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Procès de Matthew Raymond : les policiers qui l'ont appréhendé témoignent

Les photos de quatre personnes.

Les victimes de la fusillade de Fredericton en 2018. De gauche à droite : Robb Costello, Sara Burns, Donnie Robichaud, Bobbie Lee Wright.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui ont arrêté Matthew Raymond après que quatre personnes eurent été tuées par balle à Fredericton en 2018 ont témoigné jeudi à son procès. Ils ont décrit l'attente devant son appartement, alors qu’ils se demandaient si Raymond allait faire feu sur eux à travers les murs et la porte.

Raymond, 50 ans, fait face à 4 accusations de meurtre au premier degré après avoir tiré sur Donnie Robichaud et Bobbie Lee Wright, puis sur les agents Sara Burns et Robb Costello, de la police de Fredericton. Les événements se sont déroulés dans un stationnement situé au 237, promenade Brookside, dans le nord de Fredericton, le 10 août 2018.

Raymond a reconnu avoir commis les meurtres, mais a plaidé non coupable, car ses avocats soutiennent qu'il n'était pas criminellement responsable au moment des faits.

Matthew Raymond est accompagné à l'extérieur d'un fourgon de police par deux agents.

Mathew Raymond (archives)

Photo : Radio-Canada / Hadeel Ibrahim

Le caporal Mark Simon, de la GRC, était à Fredericton avec d'autres membres de l'équipe d'intervention d'urgence pour une formation ce jour-là. Il déjeunait avec certains membres de l'équipe lorsqu'il a reçu un appel au sujet de la fusillade, peu après 7 h.

Le policier Simon a décrit en détail son arrivée sur les lieux et la montée des escaliers jusqu'à l'appartement de Raymond, situé dans le bâtiment C du complexe d’habitation. À ce moment-là, les quatre victimes de Raymond gisaient dans le stationnement derrière le bâtiment D. Elles étaient déjà mortes.

Raymond avait également déjà été atteint à l’abdomen par l'agent de police de Fredericton Brett Arbeau.

La scène de crime est alors passée d'une situation de tireur actif à une situation de personne barricadée, puisque Raymond s'était enfermé dans son appartement.

Une fenêtre avec des trous causés par une arme à feu.

Selon l'expert en armes à feu Jacques Rioux, le groupe de trous sur la droite, le petit trou du milieu et le trou le plus à gauche proviennent de balles tirées depuis l'intérieur de l'appartement de Raymond.

Photo : Gracieuseté de la Cour du Banc de la Reine

Des agents de la GRC ont dû scier la porte pour entrer et ont lancé des gaz lacrymogènes, ainsi qu'un éclaireur de reconnaissance, un robot sur roues avec des caméras. Le robot retransmettait un signal en direct. Grâce à cet appareil, les forces de l’ordre ont pu voir que Raymond avait toujours son arme et la pointait vers l'endroit où se trouvaient les agents.

Le caporal Simon a raconté qu'à travers le moniteur, il pouvait voir Raymond, allongé sur le dos, avec son fusil sur sa poitrine. Le policier a crié aussi fort qu'il le pouvait à Raymond de lâcher son arme et qu'il était en état d'arrestation.

Il pouvait voir les lèvres de Raymond bouger, mais il n’arrivait pas à déterminer s'il répondait ou parlait tout seul. L’alarme d’incendie sonnait, ce qui rendait difficile d'entendre quoi que ce soit, a témoigné le caporal Simon.

Il a alors vu Raymond lever son arme et commencer à viser la porte.

J'ai crié à la personne en face de moi : "Si tu peux le voir, tire, si tu peux le voir, tire, parce qu'il nous vise en ce moment", a témoigné le caporal.

Alors qu’il narrait les événements, le policier a haussé la voix et son débit s’est accéléré.

C'était une sensation surréaliste quand je le regardais sur le moniteur, et je savais qu'il était juste de l'autre côté du mur en train de pointer son arme, et c'était comme si ce mur n'était même pas là, a-t-il expliqué.

Chaque fois qu'il pointe son arme, vous avez tendance à vous recroqueviller un peu... C'est presque comme une réaction instinctive, comme si vous dérapiez dans un véhicule, sur le point de heurter le garde-fou, et que vous vous prépariez à l'impact. Vous avez l'impression que ça va venir, ça va être maintenant.

Le caporal Mark Simon
Un couteau, un cintre et des munitions sur le plancher.

Le caporal Jeremy Harding, de la GRC, a décrit Matthew Raymond en train d'attraper un grand couteau alors que la police essayait de lui passer les menottes.

Photo : Gracieuseté de la Cour du Banc de la Reine

Un autre officier de la GRC, le caporal Jeremy Harding, a déclaré qu'ils avaient décidé d'entrer dans l'appartement et d'arrêter Raymond dès que ses mains avaient quitté le fusil. Il a dit que Raymond était fixé sur le robot et qu'il avait essayé de le couvrir avec une serviette ou un t-shirt.

Dès que les mains de Raymond ont cessé d'être sur le fusil, la police a fait irruption par la porte.

Le policier Jean-François Comeau a été le premier à l'intérieur.

Nous savions tous que si le suspect décidait de recommencer à tirer, il aurait pu atteindre la plupart d’entre nous, a-t-il déclaré devant le tribunal. J'étais sûr que nous allions nous faire tirer dessus... que d'autres allaient se faire tirer dessus... C'est juste du plâtre et un petit couloir.

Il a expliqué qu'en entrant dans l'appartement, il ne pouvait pas voir Raymond à cause des gaz lacrymogènes, mais il a décelé le canon du fusil pointé droit sur lui, et des munitions éparpillées sur le sol.

Une photo montrant la chambre de Matthew Raymond après l'arrestation.

Une photo montrant la chambre de Matthew Raymond après l'arrestation

Photo : Cour du Banc de la Reine

J'étais sûr qu'il allait tirer avec ce fusil, a répété M. Comeau. Il s'est alors précipité sur le suspect et s'est jeté sur lui avec un bouclier.

Je pensais encore que l'un de nous allait se faire tirer dessus. J'ai commencé à le frapper à la tête. À ma grande surprise, il résistait encore en se battant.

Le caporal Harding a ajouté qu'il avait vu la main de Raymond s'approcher d'un grand couteau qu’il avait à sa taille.

En contre-interrogatoire, l'avocat de la défense, Nathan Gorham, a demandé au policier Comeau combien de fois il avait frappé Raymond à la tête. M. Comeau a répondu plusieurs fois.

L’avocat lui a demandé si cette force ne l’avait pas empêché de se débattre, mais le policier a répondu par la négative.

Debbie Stafford, qui a procédé à l’arrestation de Raymond, a aussi témoigné en cour jeudi. Elle lui a récité ses droits et lui a dit que tout ce qu'il disait pouvait être utilisé comme preuve au tribunal, ce que Raymond a compris, selon elle.

Raymond a ultimement été amené à l’Hôpital régional Dr Everett Chalmers. Melanie Harris y est infirmière depuis 14 ans et elle travaille aux soins intensifs. C’est notamment elle qui s’est occupée de Raymond. Elle a affirmé devant la cour qu’il était alerte et suivait les indications.

Elle a raconté que Raymond a tenté de lui parler vers 4 h du matin, mais il était intubé. Il lui a donc écrit une note sur laquelle elle a pu déchiffrer le mot avocat. L’infirmière lui a demandé s’il voulait parler à un avocat et Raymond a acquiescé.

Les policiers responsables ont décidé qu’il pourrait contacter un avocat une fois que ses tubes lui seraient retirés, ce qui est arrivé vers 7 h 30.

Un expert en armes à feu, plusieurs policiers qui ont répondu à l’appel ce matin-là et des résidents du complexe d'appartements ont déjà témoigné devant le tribunal.

Le procureur de la Couronne a déclaré plus tôt dans le procès qu'il appellerait 39 témoins.

Avec les informations de Hadeel Ibrahim et d'Elizabeth Fraser, de CBC

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