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Opinions partagées autour du logement intercalaire à Winnipeg

La Ville de Winnipeg consulte la population au sujet de la construction de ces logements.

Roxanne Breton et ses trois enfants se trouvent sur le perron d'une maison intercalaire, plus haute que les bâtiments voisins.

Roxanne Breton et ses enfants habitent un logement en terrain intercalaire à Saint-Boniface depuis trois ans.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

La construction de logements intercalaires est une solution pour limiter l’étalement urbain, mais des Winnipégois craignent que ces maisons construites en hauteur ne menacent le caractère de leur quartier et pèsent sur la communauté. Comment concilier les deux approches?

Il y a 15 ans, Tiffany Grenkow a acheté la maison qu’elle pensait occuper toute sa vie dans le quartier Glenwood, à Winnipeg.

Depuis qu’elle a appris la démolition imminente du logement voisin, pour faire place à deux tours à étages, elle envisage de quitter le quartier. Dans la rue, la maison suivante a subi le même sort au printemps dernier, explique-t-elle.

C’est inévitable, cela va se produire en face de chez nous aussi à un certain point. Pouvez-vous imaginer ce que c’est d’avoir la vue de six bâtiments imposants autour de ma petite maison en pain d’épice?

Tiffany Glenkow devant le chantier de construction d'une maison intercalaire où des troncs d'arbres jonchent le sol.

Tiffany Grenkow déplore que des arbres ont été coupés pendant la construction du logement intercalaire à deux maisons de chez elle.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Dans ce quartier, au moins 25 lots où se trouvaient des maisons unifamiliales ont été divisés en deux depuis cinq ans, pour y permettre la construction de logements multifamiliaux plus étroits, mais plus hauts, explique Tiffany Grenkow.

On ne parle pas ici de remplacer une maison par une autre, mais de vrais développements immobiliers.

Tiffany Grenkow, résidente de Glenwood

Elle déplore l’impact de cette densification de population dans son quartier, par exemple la présence, sur le stationnement, de la quantité de déchets produits, la perte d’intimité et la disparition de nombreux arbres, coupés pendant la construction.

On a acheté notre maison pour son grand jardin, tous les arbres autour, l’humanité qui s’en dégageait, déplore-t-elle.

Sortir Winnipeg du mythe de l’automobile

Les logements intercalaires sont utiles dans le développement d’une ville, explique pour sa part le conseiller municipal de Saint-Boniface, Mathieu Allard.

Ils ont des avantages en termes de fiscalité, mais selon le conseiller municipal, ils aident surtout à protéger l’environnement, en densifiant la population.

Mathieu Allard souriant au soleil avec un vélo entre ses mains.

À Winnipeg, 50 % des gaz à effet de serre proviennent des véhicules, selon le conseiller municipal de Saint-Boniface, Mathieu Allard.

Photo : Radio-Canada / Zoé Le Gallic-Massie

Plus on est proche, moins on se déplace, moins on consomme du CO2, explique le conseiller municipal.

Ça va aider à rénover la ville pour la sortir de ce mythe de l’automobile, confirme l'urbaniste Marc Vachon, professeur associé de géographie à l’Université de Winnipeg.

Quelle que soit la ville, les logements intercalaires sont positifs s’ils sont bien établis, selon lui.

Choisir les bons quartiers

Il faut toutefois faire attention aux lieux où ces logements sont construits.

Le caractère des quartiers doit être respecté, et les résidents ont le droit de donner leur avis, d’où l’importance de tenir des consultations, dit Marc Vachon.

Le quartier d'Osborne où des bâtiments à étage sont construits sur le coin d'une rue.

Dans le village d’Osborne, Marc Vachon explique que les nouveaux bâtiments dont la hauteur détonne avec les autres ont été construits en coins de rue, pour éviter de faire de l’ombre aux maisons.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Ça va permettre une meilleure discussion sur les aspects positifs et négatifs. [Les logements intercalaires] marchent très bien dans certains quartiers, je pense, alors on va voir les défis dans ceux où ça marche moins bien.

Cela ne veut pas dire qu’il faut dire non aux logements intercalaires, mais il faut viser les bons quartiers pour cela, et reconnaître les erreurs du passé. Glenwood, c’est peut-être une erreur du passé qu’il va falloir rectifier, dit-il.

Des nouveaux propriétaires conquis?

Encourageons de nouvelles maisons, encourageons de nouvelles familles à venir ici au lieu d’aller en banlieue, lance de son côté Roxanne Breton, qui n'a jamais regretté d'avoir acheté un logement intercalaire à Saint-Boniface il y a trois ans.

Ce choix lui permettait d’avoir plus d’espace pour ses trois enfants, tout en restant dans le quartier où elle habite depuis plus de 10 ans.

On aurait pu dépenser le même montant, avoir une maison beaucoup plus grande en banlieue et passer notre journée en auto à faire la navette.

Roxanne Breton, propriétaire d'un logement intercalaire de Saint-Boniface

Roxanne Breton se considère comme chanceuse d'avoir eu des voisins conciliants, mais la famille fait tout de même parfois l'objet de remarques désobligeantes sur son choix de bâtiment. Malgré tout, elle encourage vivement ce type de logements.

On explique aux gens qu'on n’est pas d’accord avec eux et qu’on trouve ça bien de réaménager un terrain plutôt que de garder une maison condamnée ou un lot vide, indique-t-elle.

Révision des politiques en cours

Mathieu Allard, conseiller municipal de Saint-Boniface, soutient que la Ville souhaite entendre les résidents, qu’ils soient favorables ou non à ce type de logements.

En 2019, la Ville a lancé une première série de consultations publiques pour orienter les politiques en matière de construction sur des terrains intercalaires.

Cette semaine, des consultations portant en particulier sur les quartiers plus anciens, comme Saint-Boniface, étaient prévues. Elles ont dû être annulées à cause des nouvelles restrictions sanitaires, mais elles seront remplacées par trois rencontres virtuelles.

Une maison abandonnée devant laquelle deux avis au public sur des audiences d'appel ont été installés.

Tiffany Grenkow dit avoir envoyé une lettre de 18 pages à la Ville de Winnipeg au sujet de la démolition de la maison voisine pour construire un logement intercalaire, mais les plaintes des résidents n'ont pas réussi à arrêter le projet.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Selon Tiffany Grenkow, ces consultations sont un bon début, mais elles auraient dû être faites il y a des années, avant que les premiers logements intercalaires ne soient construits.

Elle ne sait pas jusqu’à quel point les résidents de ces quartiers seront écoutés, car elle considère que les plaintes de ceux de son quartier n’ont pas été prises en compte ces dernières années. Combien de plaintes devrait-il y avoir pour arrêter le projet?

La population de Winnipeg peut se prononcer en répondant à un sondage en ligne (Nouvelle fenêtre) jusqu’au 22 octobre et participer aux consultations publiques virtuelles à partir du 4 octobre.

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