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Trump ne sera pas réélu, affirme un professeur qui a prédit les 9 dernières élections

Depuis 1984, l'historien de l'American University à Washington Allan Lichtman prédit avec succès quel candidat sera élu à la Maison-Blanche. Cette fois, il prédit la défaite du président Donald Trump. Comment est-il arrivé à cette conclusion?

Un homme parle.

Le professeur d'histoire Allan Lichtman en 2012.

Photo : Getty Images / PAUL J. RICHARDS

Allan Lichtman a répondu à nos questions.

Comment votre modèle vous permet-il de prédire la défaite de Donald Trump le 3 novembre prochain?

En tant qu’historien, j’ai appris qu’il faut étudier le passé avec impartialité. Mon modèle de prédiction prend en compte toutes les élections aux États-Unis depuis 1860.

C’est pourquoi grâce aux 13 clés de la Maison-Blanche, j’ai prédit avec succès les résultats de toutes les élections présidentielles américaines depuis que j'ai prédit la réélection de Ronald Reagan en avril 1982, soit deux ans et demi avant même le scrutin.

Mon modèle tient compte du fait que les Américains votent en fonction de la performance du parti au pouvoir.

On analyse 13 affirmations pour brosser le portrait. On regarde les résultats des élections de mi-mandat, les tiers partis, la situation économique à long et à court terme, les politiques adoptées, la présence de troubles sociaux, les scandales, et les succès et échecs de la politique étrangère.

Si les réponses à 6 de ces affirmations sont fausses, on peut prédire la défaite du parti au pouvoir.

Il y a un an, votre système prédisait que Donald Trump remporterait l’élection. Que s’est-il passé?

Donald Trump m’a félicité en 2016 pour avoir prédit son élection, mais il n'a pas compris la signification des clés, à savoir que c'est la gouvernance, et non la campagne électorale, qui a un impact sur l’élection. Et plutôt que de s'attaquer de manière substantielle aux défis, Donald Trump est revenu à son plan de match de 2016. Mais ça ne marchera pas. Lorsque vous êtes président, vous êtes jugé sur votre mandat.

En 2019, Trump ne possédait que quatre des clés, donc il était à deux clés d’une défaite. Et puis, bien sûr, tout a changé en Amérique en 2020, avec la pire pandémie en 100 ans, la mauvaise performance économique et les appels à la justice sociale et raciale. Trump est passé de quatre à sept fausses affirmations, ce qui est plus que les six clés nécessaires pour prédire une défaite.

Les troubles sociaux et la mauvaise performance économique vont brutalement l'entraîner vers cette défaite. Jamais dans l'histoire du pays, aucun autre parti n'a subi un renversement de fortune aussi soudain et dramatique en quelques mois seulement.

Trump deviendra donc le premier président au pouvoir depuis 1992 à ne pas être réélu. Et Trump n'a personne d'autre à blâmer que lui-même; pas Bob Woodward, pas Hillary Clinton, pas Barack Obama.

Dans votre analyse, vous estimez que Donald Trump n’est pas charismatique. Mais n’a-t-il pas de nombreux partisans qui diraient le contraire?

Je n’affirme pas que Trump était charismatique en 2016 et je ne le fais pas encore cette fois parce que même s’il est un bon showman, il n'est populaire qu'auprès d'une partie de la population. Plus de 60 % des Américains ne le croient pas honnête ou digne de confiance.

Pour remporter cette clé, vous devez être un candidat exceptionnel, un candidat qu’on ne voit qu’une fois par génération; un candidat inspirant comme Franklin Roosevelt.

Croyez-vous que votre prédiction peut changer d’ici le jour du scrutin?

Non, parce que les circonstances qui mènent à modifier l’une des affirmations ne changent pas rapidement. Celles-ci n'ont jamais changé à quelques semaines avant les élections.

Toutefois, il y a deux éléments qui sont hors de mon contrôle et qui m’empêchent de dormir parce qu’ils sont une menace très sérieuse pour la démocratie américaine.

L’un est la suppression des votes. Le Parti républicain compte sur le vote de vieux hommes blancs comme moi. Mais on ne vivra pas jusqu’à l’âge de 150 ans. Donc, ce qu’ils peuvent faire, c’est d’essayer de limiter le vote de la base démocrate, soit les minorités et les jeunes. Nous voyons que Donald Trump essaye férocement de supprimer le vote, il attaque le vote postal, une option essentielle pendant une pandémie. Il a même menacé d’envoyer des gens armés dans les bureaux de vote.

L’autre élément est l'intervention des Russes. Le FBI a affirmé que les Russes font de nouveau une campagne massive de désinformation contre Biden et pour aider Trump. Et nous savons que Donald Trump accepte et exploite l'intervention russe en son nom, tout comme il l'a fait en 2016.

Mais c’est très peu probable que ma prédiction change dans les prochaines semaines. Les gens ne votent pas en fonction des événements qui arrivent au jour le jour.

Donc, les gens ne sont pas influencés par les campagnes électorales, les sondages, les débats?

Non. Ça n’a aucune influence sur les résultats de l’élection. Selon les sondages, Hillary Clinton aurait dû gagner en 2016. J’ai prédit la victoire de George H.W. Bush en mai 1988, alors qu’il traînait de 17 points dans les sondages contre son opposant, Michael Dukakis.

On abuse des sondages pendant les campagnes électorales et pourtant ils ne peuvent pas prédire les résultats. Les sondages sont une image très précise à un moment très précis. Et ça peut changer du jour au lendemain.

Mais les sondeurs font d'énormes sommes d'argent grâce à l'analyse quotidienne des campagnes électorales. Il y a aussi les médias qui doivent couvrir les élections jour après jour; c'est là qu'ils gagnent leur argent. Ils ne peuvent tout simplement pas dire : Lichtman prédit la victoire de Biden. On se reparle dans trois mois!

Si les politiciens étudiaient et comprenaient mon modèle, ils mèneraient une campagne électorale très différente. Plutôt que de faire des campagnes négatives, pleines d’insultes, nous pourrions avoir des candidats qui nous disent quels projets de loi ils vont présenter au cours de leurs 100 premiers jours, quels décrets présidentiels ils vont signer, quel genre de personnes ils vont mettre dans leur Cabinet et à la cour.

Les éléments surprises, comme l'annonce d'un test positif à la COVID-19 pour Donald Trump, peuvent-ils changer votre prédiction?

Quelques jours après cette entrevue avec M. Lichtman, le président Trump a été déclaré positif à la COVID-19. Tous les événements de la campagne électorale de Donald Trump ont été reportés ou deviennent des événements virtuels. Nous avons demandé à M. Lichtman si un tel revirement pouvait influencer sa prédiction. « Non », a-t-il répondu catégoriquement, rappelant que son modèle ne change pas en fonction des soubresauts d'une campagne électorale - même s'ils peuvent sembler être des événements majeurs.

Enfin, croyez-vous que le système démocratique des États-Unis va survivre à cette élection tumultueuse?

Le système a tenu le coup jusqu’à maintenant, donc je pense que oui. Je ne suis pas de ceux qui croient que Donald Trump se barricadera dans la Maison-Blanche s’il perd et que nous aurons une crise constitutionnelle. Je crois qu’il va quitter avec rancune et qu’il va passer le reste de ses jours à dire qu’on lui a volé l’élection.

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