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Manifestations racistes : un expert critique la réponse de Jason Kenney

Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, à Edmonton, le mercredi 7 août 2019.

Le premier ministre Jason Kenney n'a condamné la manifestation raciste qu'après avoir été interrogé par des journalistes.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Audrey Neveu

Les condamnations d’incidents racistes du premier ministre Jason Kenney ne sont que le « strict minimum », selon le Réseau canadien anti-haine. Aux yeux de son directeur, ses mots n’ont pas assez de force et ses actions sont inconséquentes avec ses déclarations.

Questionné sur un rassemblement organisé par des suprémacistes blancs mardi soir à Edmonton, Jason Kenney a répondu qu’il condamnait toute forme de haine.

Ce ne sont pas les valeurs canadiennes ou albertaines de promouvoir la haine sur la race, l’origine ethnique ou la nationalité. Nous sommes un pays fondé sur la dignité humaine et l’égalité devant la loi, a-t-il répondu.

Je crois que nous ne devons pas donner l’attention que ces petits groupes de haine cherchent. Ils sont fous, détestables. C’est exactement ce qu’a dit notre ministre de la Justice, Kaycee Madu, le premier ministre de la Justice d’origine africaine au Canada, a-t-il ajouté.

La police d’Edmonton mène une enquête sur cette manifestation, mais aucune accusation n’a été déposée.

C’est le troisième incident de nature raciste en trois semaines en Alberta, après ceux de Red Deer et de Ponoka.

Plusieurs hommes et femmes se lancent des insultes devant deux policiers impassibles.

Des manifestants anti-racistes et des contre-manifestants se sont affrontés verbalement sous le regard des policiers, le 20 septembre à Red Deer.

Photo : Pat King

Les politiciens doivent être plus fermes, selon un expert

Selon le directeur du Réseau canadien anti-haine, Evan Balgord, ces événements sont exactement le genre d’escalade de violence à laquelle on doit s’attendre si les politiciens ne sont pas assez fermes dans leurs condamnations.

Si les membres de ces groupes haineux ne reçoivent pas une condamnation très claire et directe, ils reviennent.

Evan Balgord, directeur du Réseau canadien anti-haine

Si c’est une déclaration un peu ambivalente ou qu’il n’y a pas de suivi par la suite, ils présument que c’est seulement une déclaration performative. Ils croient aussi que la police accepte tacitement ce qu’ils font, explique Evan Balgord.

Ignorer ces groupes, comme le suggère Jason Kenney, est la pire position à prendre, selon lui.

Quand on les ignore, ils continuent de s’organiser dans notre dos et ils deviennent plus forts. Ils se radicalisent et recrutent plus de partisans, affirme-t-il.

Nous devons les étouffer avant qu’ils n’atteignent une masse critique et qu’ils deviennent physiquement dangereux, ce qu’ils sont déjà en Alberta, ou qu’ils entrent dans le courant dominant de la politique, comme en France, mentionne-t-il.

Aux yeux d'Evan Balgord, les policiers sont les premiers responsables, car ils doivent surveiller les groupes haineux et réprimer toute expression haineuse, que ce soit sous forme de manifestation, de menace ou de message public.

Les politiciens doivent toutefois aussi renforcer cette position par la suite.

Il faut une déclaration sans équivoque en plus d’une menace d’action.

Evan Balgord, directeur du Réseau canadien anti-haine

Le meilleur message est : ''Nous ne voulons rien avoir à faire avec vous. Si vous continuez, nous allons nous assurer que la police enquête sur vous et vous accuse, car il n’y a pas de place pour ce genre d’action dans notre société.'', affirme Evan Balgord.

L'attachée de presse du premier ministre a refusé de répondre à ces critiques.

Les mesures tout aussi importantes que les mots

Questionné à ce sujet, le Nouveau Parti démocratique de l’Alberta ne croit pas que les gestes du premier ministre Jason Kenney sont conséquents avec ses déclarations.

La députée néo-démocrate Janis Irwin rappelle son refus de renvoyer ses collaborateurs Chris Champion et Paul Bunner, dont les écrits ont été accusés de racisme, notamment envers les Autochtones.

Notre chef Rachel Notley l’a bien dit : "Nus devons être des anti-racistes. Nous ne pouvons pas simplement condamner ces gestes avec des mots. Nous devons le montrer à travers nos actions", affirme Janis Irwin.

Evan Balgord croit aussi que les choix du premier ministre minent son message.

Nous voyons tout le temps des politiciens condamner le racisme et l'intolérance de manière abstraite, mais lorsqu’il faut passer aux actes, ils ne le font pas, déplore-t-il. Les groupes haineux présument alors qu’ils ont l’accord tacite des politiciens et cela les enhardit davantage. 

Audrey Neveu

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