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Construction : des chantiers d'Habitations Trigone imbibés d’eau

« C’est un fiasco ». Une méthode de construction dans deux projets des Habitations Trigone suscite l’indignation d’un expert, professeur en science du bâtiment à l'École de technologie supérieure.

Un immeuble résidentiel.

Le complexe Viva-Cité construit par les Habitations Trigone à Longueuil.

Photo : Radio-Canada

Ça commence en février dernier par un courriel d’un homme qui a eu accès à un chantier des Habitations Trigone. « J’aimerais bien jaser avec vous. J’ai plusieurs photos pour vous d'eau dans la bâtisse en construction. »

Il se présente le soir même dans les locaux de Radio-Canada, après sa journée de travail. Dans sa poche, son téléphone contient des images troublantes qui ont été captées durant l'été 2019. On y voit de l’eau de pluie qui pénètre abondamment dans un immeuble construit par les Habitations Trigone au 7195, rue de Lunan, à Brossard. L’eau ruisselle sur les murs couverts de laine isolante. On voit une main tordre la laine pour en faire sortir l'eau qui s’y est accumulée. Il monte les escaliers tout en continuant de filmer. L’eau est partout.

Une journée, il mouillait ça n’avait pas de bons sens, il y avait à peu près deux pouces sur la dalle, moi je n’avais jamais vu ça, le mur mitoyen qui avait été fait, l’eau pissait de la laine, ça dégoûtait comme ce n'est pas possible, nous dit l'homme, qui a requis l'anonymat par crainte de représailles.

Plan moyen de Wahid Maref, assis.

Wahid Maref, professeur en science du bâtiment.

Photo : Radio-Canada

Nous avons montré ces images au professeur en science du bâtiment Wahid Maref, du Département de génie de la construction à l’École de technologie supérieure (ETS). C’est un fiasco, nous a-t-il répété trois fois. C'est inacceptable, intolérable, inadmissible. On ne peut jamais tolérer ce genre de choses à l'intérieur d'une bâtisse en construction. Elle doit être protégée.

Viva-Cité de Longueuil

Vue extérieure d'un immeuble à logements en construction.

De l'eau serait restée emprisonnée à l'intérieur de murs du complexe Viva-Cité, selon Yanic Lafontaine, un ouvrier qui a travaillé sur le chantier.

Photo : Radio-Canada

On pourrait croire qu’il s'agit d’un chantier exceptionnel mené par des sous-traitants possiblement insouciants. Mais le même jour, un autre courriel nous est parvenu, envoyé par un ouvrier qui veut rester anonyme. Vous pensez avoir tout vu avec Habitations Trigone? Attendez de voir ce qui se cache derrière les murs, plafonds et planchers, nous écrit-il.

L'homme est un charpentier d’expérience. Il a travaillé en 2018 sur la phase 1 du complexe Viva-Cité de Longueuil, située au 245 rue Cuvillier Ouest, un ensemble qui comprend plusieurs bâtiments destinés à être loués. Ils ont commencé à finir les logements avant que la couverture soit faite, que ça soit étanche, alors il mouillait à l'intérieur, dit-il.

Il a fait part de son mécontentement au responsable du chantier auprès des Habitations Trigone. Moi, je l'ai dénoncé à un moment donné parce que ce bloc-là a été fait en deux phases. La première phase a été faite de cette façon-là. Ils ont voulu faire la deuxième phase de la même façon. Je leur ai dit que s'ils étaient pour faire la deuxième phase de cette façon-là, que j'étais pour sacrer mon camp.

L'ouvrier s'en veut de ne pas avoir dénoncé ce qu’il a vu à des instances supérieures, comme la Régie du bâtiment du Québec. C’est pour cela qu’il a finalement accepté de dévoiler son identité. Il se nomme Yanic Lafontaine, retraité depuis peu, qui a travaillé presque toute sa vie sur les chantiers des Habitations Trigone.

Tout comme la personne qui a filmé le chantier de Brossard, Yanic Lafontaine affirme que l’eau est restée emprisonnée dans les murs. Il a fallu enlever, couper le polythène, enlever la laine qui était mouillée. Puis la remplacer par une nouvelle laine, mais où il y avait du gypse de posé, on ne pouvait pas le faire. C'était déjà fermé. Il y a des murs mitoyens qui étaient déjà assemblés, ces murs-là on n'y avait pas accès. La laine, dit-il, est donc restée dedans, mouillée.

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Un ex-employé dénonce Habitations Trigone

Champignons et moisissures

Les effets de l’eau dans les murs sont évidents. Le Pr Wahid Maref explique que dans tous les cas, la présence d’eau est à éviter. On ne peut pas fermer les murs si l’isolant est mouillé ou s’il y a présence d’eau dans la cavité. Si vous fermez la cavité murale, vous allez enfermer cette eau-là à l’intérieur. Conséquence : tout ce qui est revêtement intermédiaire va être pourri et l'ossature métallique va être corrodée.

Plan moyen de Yanic Lafontaine, assis.

Yanic Lafontaine a travaillé presque toute sa carrière sur les chantiers d'Habitations Trigone.

Photo : Radio-Canada

Yanic Lafontaine n'a pas tardé à voir les effets de l'eau sur les murs lors de la construction du Viva-Cité de Longueuil. Un gypse, c'est blanc crème, pas blanc immaculé. Mais le gypse finissait noir comme mon manteau. Il devenait tellement plein de moisissures et de champignons que ça devenait noir. Ils nous ont fait vaporiser de l'eau de Javel pure là-dessus pour sûrement arrêter la moisissure.

Pour le Pr Maref, il n’y avait qu’une chose à faire dans ce chantier : Enlever le gypse. Carrément. C'est une construction neuve, pourquoi le nettoyer? Il faut enlever le gypse. On ne peut pas bricoler avec ça.

Le complexe Viva Cité de Longueuil est destiné aux personnes de 50 ans et plus. C'est ce que je trouve dommage, il y a du monde qui reste là-dedans, déplore Yanic Lafontaine, qui a pris sa retraite avant la construction des autres phases du complexe. Je me sens responsable. Moi, je pense que tous les corps de métier, tout le monde qui était au courant de ça, auraient dû dénoncer ces choses-là.

La réponse des Habitations Trigone

Les dirigeants des Habitations Trigone, Patrice St-Pierre et Serge Rouillard, n'ont pas voulu nous accorder une entrevue, mais dans un courriel, ils reconnaissent l'existence de ces infiltrations. Ils affirment que les problèmes ont été réglés au moment où ils sont survenus. Ils précisent que ces risques [d’infiltration d’eau] sont inhérents à des constructions qui prennent plusieurs mois à réaliser, compte tenu de la météo.

Ils ajoutent que les correctifs ont été réalisés selon les règles pour garantir la santé et la sécurité des travailleurs et des travailleuses ainsi que des futurs résidents et résidentes.

Les dirigeants des Habitations Trigone précisent que nos entreprises ont réalisé plus de 22 000 unités d'habitation en 30 ans afin d’offrir un milieu de vie accessible à tous et à toutes. Les Habitations Trigone ont présentement 60 projets en développement pour une valeur de 4 milliards de dollars.

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