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Violents combats au Karabakh, où Macron dénonce l'envoi de « djihadistes »

Paris, Moscou et Washington appellent à la négociation, Ankara appelle au retrait des Arméniens.

Un soldat arménien près d'une pièce d'artillerie.

Un soldat arménien opère une pièce d'artillerie.

Photo : Reuters / Ministère arménien de la Défense

Agence France-Presse

Arméniens et Azerbaïdjanais restaient sourds jeudi à de nouveaux appels au cessez-le-feu et « intensifiaient » même leurs combats au Nagorny Karabakh, où des combattants « djihadistes » auraient été déployés selon Emmanuel Macron, laissant craindre une nouvelle escalade du conflit.

Le chef d'État français a assuré disposer d'informations de manière certaine sur le déploiement de combattants syriens de groupes djihadistes ayant transité par la Turquie, la plus fidèle alliée de l'Azerbaïdjan, pour rejoindre ce territoire séparatiste soutenu par Erevan.  

La Russie avait fait état d'informations similaires la veille.

C'est un fait très grave, nouveau, qui change la donne, a ajouté M. Macron, dont le pays fait partie avec la Russie et les États-Unis du groupe de Minsk, chargé d'une médiation dans ce conflit.

Les trois présidents des pays de ce groupe ont d'ailleurs demandé dans un communiqué commun la cessation immédiate des hostilités.

Le Nagorny Karabakh, en majorité peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30 000 morts. Le front est quasi gelé depuis malgré des heurts réguliers, notamment en 2016.

Au cinquième jour des affrontements, aucun camp ne semblait avoir un avantage décisif, Bakou et Erevan indiquant que les combats se poursuivaient.

Des militaires attendent assis sur des marches dehors en tenant leurs fusils.

Des volontaires, qui ont rejoint les forces arméniennes, ont reçu leur uniforme et leur mitraillette avant d'être déployés au front près de la localité de Hadrut.

Photo : Associated Press / Karen Mirzoyan

Moscou et Ankara, alliés et rivaux

De leur côté, le ministre russe des Affaires étrangères et son homologue turc ont convenu jeudi, lors d'une conversation téléphonique, que leurs pays étaient prêts à une coordination étroite pour stabiliser la situation au Nagorny Karabakh, selon Moscou.

Néanmoins, la Turquie n'a pas publié de communiqué sur les sujets évoqués pendant cet appel. Une source diplomatique turque a affirmé à l'AFP qu'il avait été question de l'agression arménienne, sans mentionner l'idée d'une coordination.

La Russie, qui entretient des relations cordiales avec les deux républiques ex-soviétiques, s'est montrée inquiète du rôle de la Turquie, rivale géopolitique, mais avec qui elle a des relations pragmatiques.

Deux journalistes du Monde gravement blessés

Deux journalistes français du quotidien Le Monde ont été blessés dans un bombardement contre la ville arménienne de Martuni mené par les forces azerbaïdjanaises, ont confirmé le quotidien et les autorités arméniennes.

Le ministère arménien des Affaires étrangères précise qu'ils ont été transportés vers un hôpital. Selon une source gouvernementale arménienne, ils sont dans un état grave.

Selon cette source, les deux reporters filmaient des civils lorsqu'ils ont été pris sous le bombardement à une trentaine de kilomètres de la frontière avec l'Azerbaïdjan.

Source : Reuters

Des centaines de morts et de blessés

Des militaires portent un cercueil dans une foule.

Enterrement d'un officier de l'armée de l'Azerbaïdjan, tué au Nagorny Karabakh

Photo : Reuters / AZIZ KARIMOV

Sur le terrain, la petite ville de Martuni, située à environ 25 kilomètres du front en territoire séparatiste, a été touchée jeudi par des tirs de roquettes d'une violence encore jamais vue depuis la reprise du conflit. 

Quatre civils ont été tués par ces tirs, selon les séparatistes, et 11 personnes ont été blessées, dont au moins deux journalistes français du quotidien Le Monde et deux autres Arméniens.

Les journalistes (dont une équipe de l'AFP qui n'a pas été blessée) accompagnaient les autorités locales pour interviewer la population et constater les dégâts quand la ville a été bombardée.

J'ai construit cette maison de mes propres mains. Je n'irai plus nulle part, a assuré à l'AFP Artak Aloïan, un travailleur de 54 ans ayant trouvé refuge dans une cave.

Depuis la reprise des hostilités, seuls des bilans partiels sont communiqués, faisant état de 136 morts au total. L'Arménie a annoncé que 104 soldats et 13 civils ont été tués. Bakou se refuse de son côté à communiquer des bilans militaires, mais a annoncé la mort de 19 civils.

Depuis dimanche, l'Arménie affirme que 1280 soldats azerbaïdjanais ont été tués, et 2700, blessés. Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a quant à lui déclaré que 1900 militaires arméniens étaient morts.

Une carte du Caucase mettant en évidence le Haut-Karabakh.

L'Arménie et l'Azerbaïdjan échangent des tirs dans la région du Haut-Karabakh.

Photo : Radio-Canada / Google

Nagorny-Karabakh, un autre champ de bataille verbal entre Paris et Ankara

Emmanuel Macron, Vladimir Poutine et Donald Trump ont encore appelé jeudi les dirigeants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan à s'engager sans délai à reprendre les négociations.

À l'inverse, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a estimé qu'un cessez-le-feu ne pouvait passer que par un retrait des forces arméniennes de l'enclave séparatiste.

Les accusations de M. Macron risquent d'envenimer un peu plus les relations entre Paris et Ankara, qui se sont considérablement détériorées ces dernières semaines, notamment en ce qui concerne le conflit gréco-turc en Méditerranée.

La Turquie a assuré Bakou de son soutien, mais l'ingérence militaire turque n'est pas établie. Seule l'Arménie l'affirme jusqu'ici, accusant Ankara d'avoir déployé ses avions F-16, de fournir des pilotes de drone et des spécialistes militaires.

Erevan a par ailleurs annoncé jeudi avoir rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv en raison de ventes d'armes israéliennes à l'Azerbaïdjan.

Une intervention directe turque constituerait un tournant majeur et mènerait à l'internationalisation du conflit.

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