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Chronique

Dumas à La Tulipe : le cours des jours en confinement

Dumas, sur scène.

Dumas offrait, le 30 septembre 2020, le premier concert d'une série de 13 durant lesquels il allait interpréter son album « Le cours des jours » intégralement.

Photo : La Tribu / Isabelle Hamel Blouin

« Dumas, avec trois performances en septembre et en octobre, devrait confirmer ce qu’on a vu aux FrancoFolies, soit qu’il est devenu l’une des figures incontournables de la pop. »

Cette phrase, que j’ai écrite quand je n’avais pas de cheveux blancs, a été publiée le 13 septembre 2003, à l’approche de la rentrée montréalaise de Dumas dans la foulée de la parution de son album Le cours des jours.

Je suis tombé sur la découpure de presse en faisant du tri dans mes archives le mois dernier, deux jours après que Dumas eut annoncé… des concerts en septembre et octobre durant lesquels il allait interpréter Le cours des jours, intégralement et en séquence, 17 ans après la parution du disque. Beau hasard.

Déjà, à l’époque, la prestation aux FrancoFolies et l’écoute du disque m’avaient convaincu que le jeune auteur-compositeur et interprète venait de se catapulter parmi ceux que j’allais désigner comme étant les nouveaux rois du Québec (Les Cowboys Fringants, Pierre Lapointe, Ariane Moffatt, Loco Locass, etc.).

Et je n’étais pas le seul.

Le cimetière des CD

Mercredi soir, à La Tulipe qui affichait complet avec 166 personnes, la prestation a commencé avec des images d’antan de Dumas ainsi que la critique de 2003 de Claude Rajotte au Cimetière des CD, à MusiquePlus. Un 8 sur 10!

La mise en scène mettait joliment la table pour l’arrivée de Dumas et de Jocelyn Tellier (guitares), François Plante (basse), Vincent Réhel (claviers) et Jean-Phi Goncalves (batterie) de même que pour les premières notes d’Hélium.

Dumas a mis en marché Le cours des jours l’année de la crise du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) au Canada, qui a essentiellement touché la région de Toronto. Il propose l’intégrale de scène de l’album au moment où le SRAS-CoV-2, mieux connu sous l’appellation « COVID-19 », fait rage ici et ailleurs dans le monde.

Pure coïncidence, ça va de soi, même si certaines personnes vont y voir un complot… Il est toutefois étonnant de constater que des pans entiers de la chanson-titre décrivent à merveille la situation dans laquelle certaines personnes se sentent en période de pandémie. La mienne, en tout cas.

Je suis le cours des jours, à demi-éveillé / Je suis le cours des jours, à demi-éveillé / Les yeux ouverts jusqu’à l’aube / Je traîne jusqu’au matin, les heures sont sans réponse / Dernière mon bureau doucement, j’en oublie le reste du monde

Visionnaire ou prophète, Dumas? Probablement ni l’un ni l’autre, mais il faut admettre que certains écrits vieillissent mieux que d’autres et peuvent s’appliquer à plusieurs périodes ou générations.

Autre aspect qui n’a pas changé : le plaisir contagieux et la qualité de l’offrande musicale de Dumas, qu’elle soit antérieure ou actuelle. Dans le contexte que l’on vit, les spectateurs et spectatrices pourraient être en droit de s’attendre à des prestations moins soudées d’artistes un peu en panne par l’inactivité liée au confinement. Jouer de la gratte dans ton salon et te livrer sur une scène, ce n’est pas pareil. Rien de tout ça, hier soir.

La puissance de la scène

La ligne de basse de Vénus a frappé les gens dans le plexus, comme il se doit; bienheureuse sensation physique liée à l’art vivant de la musique qu’on avait presque oubliée. On galopait tous et toutes dans nos têtes à l’écoute de l’irrésistible rythmique de J’erre. Si, dans la foule, ça se mesurait par les têtes qui dodelinaient, sur scène, Dumas, ne se privait pas d’y aller de pas de danse.

Offrant les chansons liées l’une à l’autre, sans pause – comme c’est le cas sur le disque –, Dumas n’a pas causé, mais il s’est assuré d’avoir un contact visuel assidu, comme durant Je ne sais pas, installé à l’avant de la scène, bras tendus vers le ciel. Crucial, le contact visuel, quand on ne peut avoir de contact physique.

On a sorti la boule disco pour Le désir comme tel, tellement groovy et farcie de solos crasseux des musiciens qu’on avait tous envie de faire ce qu’on n’a pas le droit de faire : se coller les uns contre les autres. Remarquez, un petit couple à deux mètres de moi, bien dans sa bulle, ne s’est pas gêné pour le faire. Excellente initiative.

La dynamique Vol en éclats, l’intense Vision pornographique et une interprétation aux guitares tranchantes d’Avant l’aube ont fait vibrer les têtes et les cœurs. On pouvait tous redescendre sur terre pour la vaporeuse Linoléum et son leitmotiv : Rien ne sert de m’appeler, il n’y a plus personne. Tiens, ça rappelle certains épisodes de la pandémie, ça aussi.

Le rappel d’anthologie

Après les applaudissements, drôlement bruyants pour une foule de 166 personnes, Dumas a pris la parole pour dire à quel point il était « touché » de cet accueil, que cette soirée était très particulière pour « toutes les raisons que l’on sait » et, surtout, que lui et ses potes se retrouvaient tous sur la même scène pour une première fois depuis 15 ans. Et, donc, que le rappel allait être constitué de chansons de la période 2003-2006.

Oh la belle surprise! Des titres du microalbum de 2004, Ferme la radio et 80; le succès Tu m’aimes ou tu mens, du film Les aimants; ainsi que chansons extraites de l’album Fixer le temps (2006) : la chanson-titre, Alors alors, Au gré des saisons… Wow!

Ce rappel, rien de moins que jubilatoire, m’a rappelé que j’avais vu juste il y a 17 ans. Le grand moment qu’était l’interprétation du disque Le cours des jours a été jumelée à un enchaînement de chansons vintage. C’est un peu comme si Les Cowboys Fringants offraient un concert en 2020 avec des titres uniquement extraits de Motel Capri et de Break syndical. Le truc débile. À ce moment-là, j’avais oublié que chaque nouvelle interprétation nous rapprochait un peu plus de l’alerte rouge sanitaire.

Ce concert devait être le premier d’une formidable série de 13 pour Dumas. C’était le coup d’envoi, la première, le spectacle annonciateur de la fête à venir, le moment où critiques et le bouche-à-oreille allaient entreprendre leur entreprise de charme. Le moment, surtout, où les amants et amantes de la scène musicale allaient se dire que la petite flamme rallumée ces dernières semaines allait continuer de brûler.

Rien de tout ça ne va survenir. Pour toutes les raisons que l’on sait, à Montréal, à Québec et dans toutes les zones rouges, au moment où vous lisez ces lignes, le cours des jours – celui de Dumas, le mien, le vôtre – est de nouveau en confinement.

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