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Un manque de personnel pourrait forcer la fermeture d’écoles en Outaouais

Une classe avec des pupitres séparés par des lignes de ruban adhésif sur le sol.

Les banques d’enseignants fondent, selon les directions d'écoles en Outaouais. (archives)

Photo : Facebook/ Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais

Les cas de COVID-19 sont en hausse dans les écoles de l’Outaouais et la demande des enseignants pour un dépistage accéléré dans le milieu de l’éducation gagne du terrain. L’attente des résultats est longue et des directions d’école craignent qu’un manque de personnel provoque la fermeture d’établissements.

On appréhende ça à court terme, prévient la présidente de l’Association des directions d’établissement d’enseignement de l’Outaouais québécois (ADEOQ).

Des dizaines d'employés des écoles de l’Outaouais sont présentement dans l’attente d’un résultat. Dans certains cas, c’est 15 jours, lance Nancy Lamothe.

Le Centre intégré de santé et services sociaux (CISSS) a indiqué mercredi que le délai actuel moyen d’attente de résultats est de 7 jours. Le nouvel appareil de laboratoire sera sous peu en fonction et nous pourrons ainsi diminuer le temps d’attente.

Le hic, c’est que l’attente de résultats est beaucoup trop longue pour effectuer un exercice de traçage efficace, selon la pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, Dre Caroline Quach.

C’est absolument préoccupant. Pour moi, un résultat devrait être disponible dans les 48 heures maximum.

Dre Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine

Que ce soit dans le milieu de l’éducation ou ailleurs, quand quelqu’un se fait tester, c’est hyper important de lui dire s’il est un cas ou non, parce qu’on n’est pas capable, pendant ce temps, de retracer les contacts, explique-t-elle.

Des membres « à bout de souffle »

Mme Lamothe sourit devant un mur de briques.

Nancy Lamothe, présidente de l'ADEOQ

Photo : Radio-Canada

La présidente de l’ADEOQ raconte que ses membres sont à bout de souffle, sont carrément épuisés depuis la rentrée. Selon elle, la pression mise par le ministère de l’Éducation et les centres de services pour atteindre les nouvelles normes sanitaires est difficile pour ces dirigeants.

Qui plus est, le moindre symptôme ampute le corps professoral. Les banques d’enseignants fondent, soutient Nancy Lamothe, et certaines écoles pourraient bien ne plus offrir l’enseignement en classe dans les prochains mois.

Quand l’influenza va se mêler à tout ça, c’est clair que les écoles vont être vides, tranche-t-elle.

Si les profs partent à tour de rôle, ma grande préoccupation c’est combien de temps ils seront partis? La personne qui les remplacera sera-t-elle en mesure d’amener les élèves là où on veut les amener?

Nancy Lamothe, présidente de l’Association des directions d’établissement d’enseignement de l’Outaouais québécois

Les écoles ne fermeront pas en raison des foyers d’éclosion, dit-elle, mais bien parce qu’il n’y aura pas suffisamment de personnel pour les remplir.

Du côté de l’Ontario, la situation est à ce point précaire que le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est a demandé aux membres de la communauté scolaire qui souhaitent prêter main-forte de se manifester. Le manque de personnel a d’ailleurs mené à la fermeture temporaire du pavillon qui accueille les élèves de 7e et 8e années à l’école secondaire Franco-Cité, à Ottawa.

Le stress en hausse chez les enseignants

Suzanne Tremblay porte des boucles d'oreille et un collier

Suzanne Tremblay est la présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Dans les derniers jours, l’inquiétude a grimpé d’un cran dans bon nombre d’établissements de l’Outaouais.

Un sondage interne mené auprès de 720 membres du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais (SEO), dont Radio-Canada a obtenu copie, dresse un portrait sombre. En tout, 69 % des répondants disent observer une dégradation de leur état psychologique en raison d’une hausse du stress, notamment. Qui plus est, 78 % des répondants observent une dégradation de l’état psychologique de leurs collègues.

Chaque fois qu’on apprend qu’il y a une situation dans une école, le niveau de stress augmente. C’est clair, on n’est pas dans une situation normale, affirme la présidente du SEO, Suzanne Tremblay.

Même si elle considère qu'il n’y a pas le feu en ce moment, la directrice générale du Centre de services scolaire des Draveurs (CSSD) se dit préoccupée par les prochains mois. Manon Dufour a toutefois prévu le coup en recrutant 600 candidats pour des suppléances.

Actuellement, on se prépare à ne pas vivre cette situation-là. On ne veut pas être en réaction, on veut être en prévention. Ce qui est extrêmement important, c’est que la qualité du service éducatif soit donnée, explique Mme Dufour.

On a des embûches. On a un contexte particulier qui fait en sorte qu’on peut vivre des inquiétudes. Je les entends.

Manon Dufour, directrice générale du Centre de services scolaires des Draveurs

Je me demande si j’ai propagé la COVID-19

Nathalie Boisvert est debout devant sa maison et porte un masque et des verres fumés.

Nathalie Boisvert a attendu pendant plus d'une semaine le résultat de son test de dépistage.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Derrière chaque test de dépistage dont le résultat tarde à être divulgué, il y a l’humain dans l’attente. L’enseignante d’anglais langue seconde Nathalie Boisvert a vécu dans l’angoisse ces derniers jours.

Lorsque nous l’avons rencontrée le 29 septembre en début d’après-midi, elle attendait toujours le résultat de son test effectué le 21 septembre. Elle manquait un septième jour consécutif de travail.

Même si elle a suivi toutes les consignes de santé publique, Nathalie Boisvert craignait d’avoir potentiellement transmis le virus à ses quelque 500 élèves.

Je suis très étonnée de ça et frustrée aussi. Mes élèves m’attendent, je suis enseignante de tout coeur et j’ai hâte de retourner au travail.

Nathalie Boisvert, enseignante d’anglais langue seconde à l’École des Cavaliers

On s’expose et on peut exposer les élèves aussi à ce danger, dit-elle.

Quelques minutes après l’entrevue, Mme Boisvert reçoit son résultat : négatif. Elle pourra rentrer au travail, dès le jour suivant. 

Au Centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSSPO), la nouvelle est accueillie avec un vent de fraîcheur. Mais, l’attente de sept jours ouvrables est pesante, notamment pour trouver un remplaçant. Ces jours-ci, le personnel disponible se fait de plus en plus rare pour les centres de services scolaires de la région.

Si on pouvait avoir une ligne plus rapide, des tests plus rapides, des résultats plus rapides, ça nous aiderait grandement dans les écoles, soutient la directrice générale Nadine Peterson.

Au Québec, le gouvernement priorise le dépistage et le dévoilement des résultats pour certaines personnes, dont celles qui travaillent dans le milieu de la santé. Le domaine de l’éducation, lui, n’est pas considéré prioritaire.

Je ne veux pas qu’on se compare avec le milieu de la santé. Le risque de propagation y est beaucoup plus grand. Mais je préférerais avoir un accès plus rapide pour nos gens.

Nadine Peterson, directrice générale du CSSPO

Les propos de Mme Peterson font écho à ceux du syndicat de l’enseignement et de la Fédération autonome de l’enseignement du Québec, qui le chapeaute. La fédération a récemment intenté une poursuite contre le gouvernement du Québec pour le forcer à mettre en place un processus accéléré pour le dépistage en milieu scolaire.

Lors du dépôt de la poursuite le 14 septembre, le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé a indiqué ne pas vouloir se prononcer sur les démarches judiciaires.

Dans le milieu de l’éducation, la possibilité de voir des cliniques de dépistage mobiles réservées aux écoles en fait rêver plus d’un.

Le CISSS de l’Outaouais ne les envisage cependant pas à court terme. Bien que nous n'ayons jamais écarté cette option, le personnel actuellement disponible n'est pas en quantité suffisante pour permettre des cliniques mobiles dans les milieux scolaires, a-t-on indiqué par courriel.

Éviter les foyers d’éclosion à tout prix

Un homme en veston et chemise se tient debout dans un corridor d'école devant un ruban jaune.

Michel Letang, directeur de l'École secondaire de l'Île

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

L’École secondaire de l’Île, à Gatineau, est l’un des trois établissements scolaires de l’Outaouais à afficher quatre cas cumulatifs de COVID-19 depuis la rentrée. Si son directeur dit vivre des moments difficiles depuis la rentrée, il est somme toute épargné en termes d’absences d’enseignants.

En entrevue à Radio-Canada, Michel Letang précise que tout est mis en place pour éviter que son école devienne un foyer d’éclosion. On a mis beaucoup de personnes sur le terrain. Sur les heures de dîner et les pauses, on a au-delà de 48 personnes qui surveillent les élèves, soutient le directeur.

La tâche est titanesque pour son équipe. Dimanche, M. Letang a appris en fin de journée qu’un élève avait été déclaré positif à la COVID-19. Trois heures plus tard, tous les parents de ce groupe d’élèves avaient été informés par l’école, puis un message a été transmis à l’ensemble du personnel et des parents.

On a un plan B si le jeune doit rester à la maison pour qu’il puisse poursuivre ses apprentissages.

Michel Letang, directeur de l’École secondaire de l’Île

Tous les élèves du groupe sont en retrait préventif jusqu’au 5 octobre. Les neuf enseignants du groupe devront offrir leur classe en ligne.

Avec 3 de ses 165 employés à l’écart en attente d’un résultat, Michel Letang se croise les doigts. Il espère qu’ils seront épargnés, qu’ils pourront reprendre là où ils avaient laissé, et surtout, que la deuxième vague épargnera son école.

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