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Une ferme maraîchère, en plein cœur d’un quartier industriel de Yellowknife

France Benoit devant sa ferme urbaine.

Ce petit lopin de terre fertile, c'est le projet que s'est donné la productrice maraîchère France Benoit cet été.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Quand on pense à l’agriculture urbaine, on s’imagine les plates-bandes sur les toits des grandes villes ou des serres 2.0 transformées en laboratoires de nourriture. On est toutefois bien loin de penser au sol rocailleux d’un quartier industriel de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. Et pourtant.

C’est sur un ancien stationnement entre la forêt, le roc, et deux ou trois entreprises de construction que poussent les légumes de la ferme Le Refuge au coeur de la capitale ténoise.

Cette lanière de terre de près de 465 mètres carrés, où règnent carottes, pommes de terre, choux-fleurs et betteraves, est la plus récente réalisation de France Benoit dans sa quête vers la souveraineté alimentaire.

« On souffre énormément d'insécurité alimentaire dans le Nord. La nourriture est importée à des coûts faramineux. Mais, si on fait pousser notre propre bouffe, ce pouvoir-là nous revient. »

— Une citation de  France Benoit, propriétaire de la ferme le Refuge
La ferme le Refuge dans le quartier Kam Lake.

D’un côté, le roc et la forêt boréale, de l’autre, une cour à bois appartenant à une entreprise de construction.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

La productrice maraîchère est déjà bien connue dans le monde du jardinage de Yellowknife pour avoir participé à la mise sur pied du Marché fermier, en 2013, et pour avoir transformé le jardin de sa maison à l’extérieur de la ville en une véritable petite ferme, qu’elle a vendue l’an dernier.

Cette année, France Benoit a emménagé au centre-ville, a entouré sa nouvelle maison de serres et de plates-bandes et a passé son printemps et son été à donner vie aux 20 à 30 tonnes de terre qu’elle s’était fait livrer sur un terrain loué du quartier de Kam Lake.

Le tout en passant par l'ensemble des tests et des formalités administratives nécessaires à la production maraîchère commerciale.

Un camion nivelle le terrain.

« Essentiellement, c’était un ancien terrain de stationnement, il y avait des conteneurs et des choses comme ça, explique France Benoit. On a amené entre 20 et 30 tonnes de terre. J'ai mis du fumier de Hay River par-dessus ça et puis on a planté au tout début de juillet. »

Photo : Ferme le Refuge

Pommes de terre, carottes, choux, choux-fleurs, choux frisés, bette à carde, betteraves, radis, courgettes, courges et petits pois poussent allègrement en pleine ville, même au nord du 60e parallèle.

France Benoit dit avoir choisi ses légumes à planter en voulant tester sa nouvelle terre, mais aussi en sachant qu’elle plantait vers la fin du mois de juillet. Les calories apportées par ces aliments ont aussi leur importance.

Le nombre de calories m’intéresse énormément. Je pourrais peut-être faire plus d’argent en vendant uniquement de beaux sacs de laitue aux restos et aux hôtels, mais ce n’est pas vraiment ce qui m'intéresse, dit-elle. Ce que je veux vraiment, c’est de nourrir mon monde. Alors les légumes racines et les patates, c’est ce qui m'intéresse.

France Benoit arrive à la ferme en vélo.

« Pour moi, au fil des années, le jardinage est devenu une solution à nos problèmes environnementaux », explique France Benoit, qui fait les déplacements entre sa maison, la ferme et le Marché fermier à vélo.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Aux Territoires du Nord-Ouest, l’agriculture, la foresterie, la chasse et la pêche représentent moins de 1 % du produit intérieur brut.

Malgré une certaine volonté des gouvernements de promouvoir ces secteurs au cours de la dernière décennie, les résultats se font attendre.

En 2019, l’industrie a rapporté 9,9 millions de dollars au territoire. C'est à peine 200 000 $ de plus qu’en 1999, selon le Bureau de la statistique des Territoires du Nord-Ouest.

Je pense que la vision est là. Personne n’est contre [l'idée d']augmenter le secteur agroalimentaire, croit France Benoit. Mais il s'agit de le faire.

Plein de légumes étalés devant le jardin.

« Un des risques quand on pense à l'expansion de l’agriculture dans le Nord, c’est de se limiter et de se dire, on n’a pas de prairies, on n’a pas les grands champs et on n’aura jamais les fermes de 100 000 acres », explique la fermière.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Pendant ce temps, plus de 23 % des familles ténoises ont indiqué, dans un sondage de 2018, avoir craint de ne pas pouvoir payer leur facture d’épicerie au cours de la dernière année.

« La pandémie, je pense, a aidé à conscientiser [les gens à propos de l’insécurité alimentaire]. On a tous vu les tablettes vides dans les épiceries. »

— Une citation de  France Benoit, propriétaire de la ferme le Refuge
Le soleil perce à travers les légumes de la ferme.

Il fait peut-être froid et sombre l'hiver, mais, l'été, le soleil et la luminosité ne sont pas un problème à Yellowknife.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

France Benoit espère que des projets agricoles comme les siens permettront de donner l’exemple, autant à de futurs producteurs ténois qu'aux simples jardiniers amateurs, qui sont de plus en plus nombreux.

Cela semble déjà avoir fonctionné dans son entourage. Ses proches n'ont pas peur de se salir et viennent l’aider à récolter des pommes de terre.

Tout vient du Sud, s’exclame une amie, Louise Corminboeuf. On ne fera jamais pousser de pommes, ici, mais il y a des choses qui sont faisables. Les choux, les pommes de terre [et] les carottes [sont] un bel exemple.

Alex Lynch, à travers les légumes.

Avec l’aide de son assistant, Alex Lynch, et de beaucoup d'amis, France Benoit a passé l’été avec les mains dans la terre pour faire pousser ses légumes afin de les transformer en produits dérivés ou de les vendre tels quels, en ligne et au Marché fermier de Yellowknife, le mardi soir.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

C’est incroyable comment [l’arrivée de France en ville] a changé notre petite communauté, ajoute une voisine, Jen Walden, avant d’expliquer que c’est Mme Benoit qui l’a incitée à construire sa propre serre derrière sa maison.

Quand je pense à la sécurité alimentaire dans le Nord, je pense au monde qui va chasser, à la nourriture sauvage, mais là, de voir que c’est possible d’avoir une ferme et de faire pousser des choses… Je ne pensais pas que c’était possible, parce qu’on est juste tellement au Nord.

Jen Walden cueille des pommes de terre, une pelle à la main.

Les voisins de France Benoit, comme Jen Walden, et ses amis l'ont aidée tout l'été dans sa récolte.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Après avoir terminé la récolte à l’automne, France Benoit a annoncé, cette fin de semaine, la vente de sa ferme du quartier de Kam Lake à des amis, qui ont aussi acheté le terrain.

Les nouveaux propriétaires comptent reprendre le flambeau et poursuivre le rêve de la fondatrice avec leur propre entreprise agroalimentaire à Yellowknife.

Un panneau annonce la ferme le Refuge dans un quartier industriel.

De loin, la ferme peut être difficile à repérer entre les entreprises de construction et les amas de ferraille du quartier Kam Lake.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

J’ai toujours voulu inspirer une autre génération et là, de voir que ça se passe pour une deuxième fois, puisque j’ai vendu ma première ferme à quelqu'un qui la continue, c’est extraordinaire, explique la maraîchère.

Avec une ferme en moins, France Benoit assure qu’elle continuera son travail agricole en se concentrant sur la petite ferme autour de sa maison du centre-ville.

Un chou-fleur vert.

France Benoit espère que sa ferme pourra montrer aux Ténois qu’il existe plus d’une façon d’assurer sa souveraineté alimentaire dans le Nord, même sur le roc de Yellowknife.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

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