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Une designer non autochtone peut-elle tirer profit de l'art de cette communauté?

La designer Chloë Angus, qui est non Autochtone, s'attire des critiques dans le monde de la mode.

Erin Brillon.

La designer Erin Brillon en a assez que Chloë Angus s'approprie sa culture pour créer sa collection de vêtements.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Radio-Canada

L’une des designers de mode autochtone les plus en vue de la Colombie-Britannique, Chloë Angus, n’est pas Autochtone. Des artistes membres de Premières Nations se questionnent : qui a le droit de tirer profit de leur art?

Lors de leur visite royale dans la province en 2016, le duc et la duchesse de Cambridge ont été couverts de vêtements, de couvertures et d'autres cadeaux arborant les motifs distincts de l’art autochtone de la côte ouest.

Tous ont été conçus par la Vancouvéroise Chloë Angus, dont les articles se vendent sur les traversiers de BC Ferries et dans les principaux musées et galeries d'art du pays.

L’artiste apparaît souvent dans des articles de magazines mettant en valeur des boutiques de mode dont les propriétaires sont des Autochtones. Elle a demandé au moins une subvention destinée au soutien d’artistes autochtones et elle fait la promotion de son entreprise comme étant une copropriété entre elle et son mari, qui est Métis.

Toutefois, Chloë Angus n'est pas Autochtone, et les archives montrent qu'elle est la seule propriétaire de sa compagnie, Chloë Angus Design, depuis sa création, en 2004.

Une femme porte une robe de Dorothy Grant.

L'artiste Dorothy Grant conçoit des vêtements avec des motifs haïdas.

Photo : Facebook/Dorothy Grant

Indignation

Certains artistes autochtones, qui collaborent avec Mme Angus, dont Corrine Hunt et Steve Smith, affirment n’avoir aucun problème avec le fait qu’elle n'est pas elle-même membre de cette communauté.

Mais d’autres, comme la créatrice de mode Dorothy Grant, membre de la nation haïda, ont une tout autre perspective.

Il y a une longue histoire d'abus et de vol de tout ce qui appartient aux peuples autochtones, et en voilà un autre exemple.

Dorothy Grant, créatrice de mode haïda

Mme Angus n’est certes pas la seule femme d’affaires blanche à vivre de l'art autochtone, mais son importance dans l'industrie de la mode rend cette situation encore plus inacceptable, selon la designer haïda et crie Erin Brillon, de Totem Design House.

On ressent de l'indignation en voyant à quel point elle s’est insérée dans notre univers, dit-elle.

Une alliée

L’objectif de sa collection, appelée Spirit, a toujours été de créer un pont entre la population du Canada et les Autochtones, surtout en ces temps de tensions raciales, affirme Mme Angus.

Je suis une alliée dans ma volonté de soutenir les Autochtones et les entreprises autochtones depuis que je suis jeune.

Chloë Angus, designer de mode

Respecter les traditions

Les sœurs Aunalee Boyd-Good et Sophia Seward-Good, de The Good House of Design, veulent sensibiliser le public à une mode consciente culturellement qui respecte les traditions communautaires et soutient les entrepreneurs autochtones.

Nous exhortons le consommateur à repérer et à soutenir d'abord les fabricants et les entreprises autochtones authentiques, en particulier lorsque ceux-ci font des affaires dans un territoire non cédé, dit Mme Seward-Good.

Les designers veulent que Chloë Angus se retire et arrête d'utiliser des motifs autochtones dans son travail, ou, à tout le moins, qu'elle soit totalement transparente à propos de son entreprise.

Je pense que nous devons tracer la ligne quelque part, croit pour sa part Kwaguilth, une créatrice de mode squamish qui a créé des vêtements et des bijoux pendant 35 ans sous le nom de Pam Baker.

La Vancouvéroise Chloë Angus.

La Vancouvéroise Chloë Angus s'est récemment attiré les foudres d'internautes sur les médias sociaux lorsque le site web de mode éthique Attire Media a inclus sa collection dans une liste des huit marques autochtones durables.

Photo : Radio-Canada / Doug Kerr

Un art autochtone pour les femmes blanches moyennes

Dans une entrevue accordée en 2013, Mme Angus affirmait que les femmes non autochtones constituaient son marché cible depuis la fondation de son entreprise.

J'ai commencé à faire une mode contemporaine qui ne serait pas trop audacieuse à porter pour une femme blanche moyenne, a-t-elle dit à l'époque.

L’artiste Kwiaahwah Jones, d'origine haïda et nisga'a, qui a créé l'exposition Haida Now au Musée de Vancouver, s'insurge devant de tels propos.

L'art haïda est complexe. Je le considère comme une forme de géométrie sacrée que nos ancêtres ont perfectionnée sur une très longue période, explique-t-elle.

Cette complexité ne devrait être dénaturée par personne [...] et elle ne devrait pas être utilisée comme base pour s'adapter aux femmes blanches.

Chloë Angus ne renie pas les propos qu'elle a tenus en 2013. Aucun des artistes qui travaillent avec moi pour la création de la collection Spirit n'estime que son travail a été dilué , ajoute-t-elle toutefois.

Au contraire, nous l'avons rendu plus à la mode, conclut-elle.

Avec les informations de Bethany Lindsay

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