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Insultes et chaos marquent le premier duel Trump-Biden

Donald Trump et Joe Biden sur scène

Donald Trump et Joe Biden croisent le fer pour la première fois, à Cleveland, en Ohio.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Des insultes, des attaques personnelles, des interruptions, des rappels à l’ordre du président Donald Trump par le modérateur : ceux qui s’attendaient à un débat chaotique ont été servis lors de la première de trois joutes oratoires prévues entre les deux candidats à la présidence, mardi.

Dans une année marquée entre autres par une pandémie qui a tué plus de 205 000 Américains et fait perdre leur emploi à des millions d'autres, par des manifestations de grande ampleur contre la brutalité policière et par un décès venu modifier l'équilibre de la Cour suprême, les thèmes sur lesquels débattre ne manquaient pas.

Les échanges entre les deux septuagénaires s'annonçaient musclés, mais l'intensité de l'exercice, sans pause, le mépris qu'affichaient ouvertement les deux adversaires l'un pour l'autre ainsi que les interruptions constantes de Donald Trump ont largement éclipsé les enjeux.

Déraillement ferroviaire, désastre total, honte, merdier, chaos, pire débat présidentiel de l'histoire américaine : le verdict de commentateurs de plusieurs médias à l'issue du débat de 90 minutes qui se déroulait à Cleveland, en Ohio, à 34 jours de l'élection du 3 novembre, a été sans appel.

Je suis le modérateur de ce débat et j'aimerais que vous me laissiez poser mes questions, a dit Chris Wallace, avant même la 15e minute du débat, s'adressant à un Donald Trump qui contestait les questions et transgressait les règles. Je suis en train de débattre avec vous, mais c'est correct, je ne suis pas surpris, a lancé le candidat républicain.

Le plaidoyer du chef d'antenne de Fox News est resté vain. Monsieur le Président, s'il vous plaît, arrêtez, Monsieur le Président, laissez-le terminer, Monsieur le Président, pouvez-vous le laisser finir : dépassé et souvent exaspéré, le modérateur n'a pas réussi à maintenir l'ordre sur la scène, intervenant à répétition pour que celui-ci laisse répondre son adversaire démocrate.

M. Wallace, qu'a souvent critiqué le président au cours des dernières années, s'était pourtant attiré des louanges pour son entrevue avec le président, dont il avait contesté plusieurs affirmations, en juillet dernier.

Votre équipe a accepté les règles, a rappelé Chris Wallace vers la fin du débat, demandant au président s'il allait les suivre.

Le pays serait mieux servi si nous permettions aux deux personnes de parler avec moins d'interruptions. Je m'adresse à vous, Monsieur [le Président].

Chris Wallace, modérateur du débat
Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Les faits saillants du premier débat entre Donald Trump et Joe Biden

Les échanges ont aussi apporté leur lot d'insultes, Donald Trump ridiculisant par exemple la grandeur du masque que porte son rival en public ou encore la taille de ses rassemblements.

Au cours d'un échange pendant lequel Joe Biden disait que davantage d'Américains mourraient si le président n'agissait pas plus intelligemment, plus rapidement, le président a contre-attaqué.

Avez-vous utilisé le mot "intelligent"? [...] N'utilisez jamais le mot "intelligent" avec moi. Parce que vous savez quoi? Il n'y a rien d'intelligent chez vous.

Donald Trump

Alternant frustration et rires, l'ancien vice-président a lui aussi dérogé aux règles de la bienséance, qualifiant entre autres son opposant de raciste et de chiot de Poutine et lui demandant même d'arrêter de japper. Il est difficile de placer un mot avec ce clown, je veux dire cette personne, a-t-il laissé échapper, lui demandant même à deux reprises : Allez-vous vous taire?

Il l'a aussi accusé d'être le pire président de l'histoire des États-Unis. En 47 mois, j'en ai fait plus que vous en 47 ans, a répliqué Donald Trump.

Critiquant le président Trump, qui a selon la revue The Atlantic qualifié les militaires tombés au combat de perdants, Joe Biden a évoqué le service militaire de son fils Beau, mort d’un cancer il y a quelques années, et a défendu la mémoire des soldats tués.

Je ne connais pas Beau, je connais Hunter, a riposté Donald Trump, mettant en cause l'intégrité de son autre fils et évoquant ses problèmes passés de drogue.

Niant tout geste inapproprié de la part de son fils, Joe Biden a dit être fier qu'il ait réussi à régler son problème de toxicomanie, s'adressant ensuite directement aux Américains en regardant la caméra.

Les enjeux ne tournent pas autour de ma famille ou de sa famille, mais de votre famille. Le peuple américain.

Joe Biden

Trump refuse de condamner le suprémacisme blanc

Donald Trump, de profil

Donald Trump a souvent argumenté avec le modérateur.

Photo : Associated Press / Olivier Douliery

Au modérateur qui lui demandait s'il était prêt à condamner les suprémacistes blancs ainsi que les groupes d'extrême droite et à leur demander de se retirer des villes comme Kenosha et Portland pour ne pas ajouter à la violence, Donald Trump a répondu : Bien sûr, mais a rejeté immédiatement la responsabilité sur les groupes de gauche.

Appelant Chris Wallace à nommer un groupe qu'il aimerait qu'il dénonce, il a mentionné les Proud Boys, un regroupement d’hommes prônant la supériorité des Blancs que Joe Biden venait d'évoquer.

Proud Boys, reculez et tenez-vous prêts. Mais je vais vous dire, quelqu'un doit faire quelque chose à propos de l’Antifa et de la gauche parce que la droite n'est pas le problème.

Donald Trump

L’Antifa, a-t-il décrié, est un groupe radical dangereux.

Son propre directeur du FBI [Christopher Wray] a indiqué que la menace venait des suprémacistes blancs et que l’Antifa est une [idéologie], pas une organisation ou une milice, a souligné Joe Biden.

Vous devez blaguer. Vous savez quoi, il a tort, a rétorqué le président républicain.

Accusant son rival de s'opposer à la loi et l'ordre, le président Trump a par ailleurs affirmé que l'élection de Joe Biden mènerait à l'élimination des banlieues.

Dénonçant le racisme systémique, Joe Biden s'est dit pour la loi et l'ordre avec une justice qui traite les gens équitablement.

Son rival républicain a de son côté expliqué avoir mis un terme à la formation de sensibilité aux enjeux raciaux parce que c'est raciste.

Cour suprême et intégrité électorale

Il tient un crayon, de profil.

Joe Biden, répondant à Chris Wallace.

Photo : Associated Press / Olivier Douliery

La Cour suprême, propulsée dans le débat après la mort récente de la juge progressiste Ruth Bader Ginsburg, venue bouleverser l'équilibre précaire de l'institution, a aussi fait l'objet d'échanges musclés dès les premières minutes de la soirée.

Joe Biden a plaidé que le prochain juge devrait être nommé par le gagnant de l'élection. Le droit à l’avortement est sur les bulletins de vote, a-t-il soutenu. La santé des femmes et des personnes avec des conditions préexistantes est aussi en jeu, a-t-il ajouté, invoquant la décision prochaine de la Cour suprême sur l'Obamacare.

Nous avons remporté l'élection de 2016, et nous pouvons nommer un juge, a argué son rival.

L'ancien vice-président de Barack Obama a souligné que des dizaines de milliers d'électeurs avaient déjà commencé à voter.

Il a refusé de dire s'il élargirait la taille du plus haut tribunal du pays, où siègent trois juges progressistes et cinq magistrats conservateurs, en attendant l'arrivée d'une sixième juge conservatrice, Amy Coney Barrett, qui semble une formalité.

Reprenant ses attaques sur le vote postal, le président a de nouveau brandi le spectre d’une élection frauduleuse, même si les études montrent que le vote par correspondance ne mène pas à une fraude à grande échelle, ajoutant que les résultats ne pourraient être connus que dans des mois.

Ça ne va pas bien finir, a-t-il prédit.

Les deux candidats ont par ailleurs offert une réponse fort différente à une question sur le climat de tension que pourraient entraîner des résultats qui risquent de ne pas être annoncés avant des jours, voire des semaines.

Chris Wallace leur a demandé s'ils allaient se garder de déclarer victoire avant la certification des résultats et exhorter leurs partisans à maintenir la paix sociale.

Si Joe Biden a assuré qu'il le ferait, Donald Trump a plutôt exhorté ses partisans à se rendre dans les bureaux de vote pour surveiller la situation.

Le démocrate a en outre appelé ses partisans à aller voter, assurant que Donald Trump, qui, la semaine dernière, a refusé de s'engager à un transfert pacifique du pouvoir, ne pourrait rester en poste si les démocrates l'emportaient, peu importe ce qu'il disait.

L'enquête explosive du New York Times sur la situation fiscale de Donald Trump, publiée il y a deux jours, s'est aussi invitée dans le débat.

Le président a nié n'avoir versé au fisc que 750 $ en 2016 et la même somme en 2017. J'ai payé des millions de dollars en impôts, a-t-il assuré.

Je ne veux pas payer d'impôts, a-t-il cependant poursuivi, ajoutant que les particuliers comme lui, à moins d'être stupides, examinaient les lois fiscales pour verser le moins possible au gouvernement.

Montrez-nous vos déclarations de revenus, a lancé Joe Biden au seul candidat à la présidence à ne pas les avoir rendues publiques en quatre décennies.

Quelques heures avant le débat, le candidat démocrate à la présidence a pour sa part rendu publiques ses déclarations de revenus de 2019. Lui et sa femme ont payé près de 300 000 $ d'impôts.

Pandémie au menu

Regardant directement la caméra, Joe Biden a déploré les victimes de la pandémie.

Combien d'entre vous se sont levés ce matin pour faire face à une chaise vide à la table de la cuisine parce que quelqu'un est mort de la COVID? Combien d'entre vous avez perdu votre mère ou votre père sans même pouvoir leur parler?

Joe Biden

Donald Trump a pour sa part vanté sa gestion de la pandémie, affirmant qu'un plus grand nombre d'Américains seraient morts si Joe Biden avait été président, et a prédit un vaccin imminent.

Joe Biden s'est moqué de certaines déclarations du président, qui avait par exemple affirmé que la COVID disparaîtrait à Pâques, puis avec le temps chaud. Et, en passant, peut-être que vous pourriez vous injecter du javellisant dans le bras, a-t-il dit avec ironie, faisant allusion à une hypothèse lancée par le président pendant une conférence de presse au printemps.

C'était sarcastique, s'est défendu Donald Trump.

Il a en outre affirmé que la gauche radicale forcerait Joe Biden à mettre en place un régime de santé socialiste. Je suis le Parti démocrate maintenant, a riposté son interlocuteur, qui a fait valoir que c'est sa vision d'une extension de l'Obamacare qui avait été choisie et non le régime universel d’assurance maladie, prôné par Bernie Sanders et Elizabeth Warren.

Pressé par le modérateur de dévoiler son plan en santé, qui tarde encore après près de quatre ans, Donald Trump s’est contenté de dire que son administration avait réussi à se débarrasser, par le biais de la Cour suprême, du mandat individuel inclus dans l'Obamacare.

Pandémie oblige, le débat s'est déroulé devant un auditoire restreint. La COVID-19 a d’ailleurs fourni aux deux rivaux un prétexte pour ne pas se serrer la main. Ce qu'ils n'auraient pas nécessairement fait de toute façon.

À la traîne dans les intentions de vote, le président Trump devait à tout prix marquer des points auprès des électeurs hésitants à leur accorder leur appui, notamment les femmes indépendantes et républicaines des banlieues, champs de bataille électoraux qui se révéleront cruciaux pour la présidentielle.

La performance du porte-étendard du Parti républicain soulève des doutes importants sur sa capacité à rallier un électorat féminin refroidi par son tempérament. Un sondage récent du Washington Post et d'ABC News indique que Joe Biden jouit d'une avance de 31 points sur Donald Trump auprès des femmes.

Selon la moyenne des plus récents sondages compilés par le site FiveThirtyEight, le candidat démocrate mène par 7 points dans les intentions de vote à l’échelle nationale, mais surtout dans les principaux États clés, même s'il jouit d'une courte avance dans certains d’entre eux.

Le camp Trump crie faussement à la tricherie

Le président Trump insiste depuis des mois sur le supposé déclin cognitif de Joe Biden qui le rend, affirme-t-il, inapte à devenir président.

Après avoir ainsi involontairement diminué les attentes envers l'ancien vice-président lors des débats, la campagne de réélection de Donald Trump a passé les dernières semaines à l'accuser, sans preuve, de tricherie.

Depuis quelques semaines, Donald Trump affirme que son adversaire démocrate prend des drogues pour améliorer ses performances. Comme il l'avait fait avant son dernier duel avec Hillary Clinton, il a même réclamé que son adversaire et lui se soumettent à un test de dépistage avant le débat.

Pendant la journée, le camp Trump a de plus repris une théorie du complot circulant sur des sites de droite selon laquelle Joe Biden avait refusé une inspection auriculaire pour cacher une oreillette grâce à laquelle il se ferait souffler les réponses.

Au cours des derniers jours, le président Trump a déclaré que le débat serait injuste, affirmant, sur les ondes de la radio de Fox News, que Chris Wallace lui réserverait les questions les plus difficiles et poserait à son rival démocrate des questions plus faciles.

Sa campagne avait déjà prétendu que certains des modérateurs des débats étaient des adversaires évidents du président Trump qui agiraient pour Joe Biden comme des coéquipiers cherchant à l'aider à excuser le programme radical de gauche qu'il veut mettre en place.

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