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Nagorny-Karabakh : la Turquie accusée d'avoir abattu un avion militaire arménien

Cinq hommes en treillis militaire sont assis dans la boîte d'un camion.

Des soldats du Nagorny-Karabakh s'entassent dans la boîte d'un camion dans la ville de Martakert.

Photo : Getty Images / AFP/NAREK ALEKSANYAN

Agence France-Presse

L'Arménie a affirmé mardi qu'un chasseur bombardier turc soutenant l'Azerbaïdjan avait abattu un de ses avions militaires, ce qu'ont aussitôt démenti Ankara et Bakou, au troisième jour de combats meurtriers dans la région disputée du Nagorny-Karabakh.

Une intervention militaire directe turque marquerait un tournant majeur après des combats qui ont fait près de 100 morts et qui se poursuivent malgré les appels au calme de la communauté internationale.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir en urgence mardi soir à 17 h (HAE) pour tenter d'éviter une guerre ouverte entre Erevan et Bakou qui risquerait de déstabiliser le Caucase du Sud et d'y entraîner les puissances régionales, la Turquie et la Russie.

L'Arménie a déclaré mardi avoir perdu un avion de combat SU-25 et son pilote, abattus par un F-16 turc.

L'avion turc a décollé d'un aéroport dans la ville azerbaïdjanaise de Ganja et soutenait l'aviation et les drones azerbaïdjanais qui bombardaient des villages civils à Vardenis, Mers Masrik et Sotk en Arménie, a précisé une porte-parole de l'armée arménienne.

De son côté, le directeur de la communication de la présidence turque, Fahrettin Altun, a immédiatement qualifié cette annonce de complètement fausse, appelant Erevan à se retirer des territoires occupés.

Cette information est un mensonge de plus de la propagande arménienne, a affirmé le porte-parole du ministère de la Défense azerbaïdjanais, Vagif Dyargahly.

Plusieurs hommes s'affairent autour d'un soldat sur une civière.

Un soldat blessé au combat a été transporté par hélicoptère vers un hôpital d'Erevan.

Photo : Reuters / Hakob Margaryan/Photolur

Les combats les plus meurtriers depuis 2016

Depuis dimanche, les forces de l'enclave séparatiste du Nagorny-Karabakh, soutenue politiquement, militairement et économiquement par l'Arménie, et celles de l'Azerbaïdjan s'affrontent dans les combats les plus meurtriers depuis 2016.

Le Kremlin a appelé mardi la Turquie, qui soutient Bakou, à oeuvrer pour la paix au Nagorny-Karabakh et mis en garde contre toutes sortes de déclarations sur un soutien ou une activité militaire qui ne font sans doute que mettre de l'huile sur le feu.

La veille, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait promis qu'Ankara resterait aux côtés de Bakou par tous les moyens.

Le bilan officiel s'établissait à 96 morts mardi, dont 80 soldats séparatistes et 16 civils : 11 en Azerbaïdjan et 5 du côté arménien. Mais les deux camps affirment chacun avoir tué des centaines de militaires ennemis.

Remerciant les pays frères, la Turquie et le Pakistan, pour leur soutien, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a affirmé que si la communauté internationale n'est pas capable d'arrêter le dictateur irresponsable d'Arménie, alors l'Azerbaïdjan le fera et restaurera son intégrité territoriale.

Comme le président Aliev, le premier ministre arménien Nikol Pachinian a appelé mardi à poursuivre les combats.

Le ministre de la Défense arménien a déclaré que les séparatistes avaient détruit 49 drones, 6 hélicoptères, 80 tanks, un avion militaire et 82 véhicules militaires azerbaïdjanais depuis dimanche.

Les autorités du Nagorny-Karabakh disent également avoir regagné des positions perdues la veille, ce que Bakou dément, affirmant avoir encore progressé.

Des femmes et des adolescentes portant des sacs et des valises attendent à l'extérieur.

À Stepanakaert, capitale et principale ville du Nagorny-Karabakh, des femmes et des enfants sont rassemblés dans l'espoir de trouver un moyen de s'enfuir vers Erevan, en Arménie.

Photo : Getty Images / Brendan Hoffman

Un conflit qui couve depuis près de 30 ans

L'Azerbaïdjan, pays turcophone à majorité chiite, réclame le retour sous son contrôle du Nagorny-Karabakh, peuplé majoritairement d'Arméniens, des chrétiens, dont la sécession en 1991 n'a pas été reconnue par la communauté internationale.

Après des semaines de rhétorique guerrière, l'Azerbaïdjan a annoncé avoir lancé dimanche une contre-offensive en réponse à une agression arménienne, usant de son artillerie, de blindés et de bombardements aériens sur la province qui lui échappe depuis la chute de l'URSS et une guerre qui a fait 30 000 morts.

Ces nouveaux combats ont suscité un certain élan patriotique dans ces ex-républiques soviétiques. Chaddin Roustamov, un conscrit azerbaïdjanais de 25 ans, a ainsi affirmé à l'AFP qu'il était fier de servir son pays.

La reconquête du Nagorny-Karabakh est quelque chose que l'on attendait depuis 25 ans, et j'espère que ce sera la dernière année, a-t-il affirmé, avant de partir suivre un entraînement militaire à Bakou.

La Russie, la France et les États-Unis – médiateurs du conflit au sein du Groupe de Minsk – ont appelé sans succès à un cessez-le-feu et à des négociations.

Mardi, la chancelière allemande Angela Merkel a fait savoir qu'un cessez-le-feu immédiat et un retour à la table des négociations étaient urgents.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a lui aussi appelé à mettre fin aux violences et à reprendre les négociations le plus vite possible.

La Russie entretient de bonnes relations avec les deux belligérants et se veut le grand arbitre régional. Elle reste cependant plus proche de l'Arménie, qui appartient à une alliance militaire dominée par Moscou.

Les efforts de médiation depuis près de 30 ans ont échoué à régler ce conflit et le Nagorny-Karabakh est régulièrement secoué par des flambées de violence.

Les deux États ont décrété la loi martiale dimanche et l'Arménie a décrété la mobilisation générale.

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