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Archives

Pensionnats autochtones : l’enfance déracinée

Photo de groupe d'enfants autochtones, avec des religieux et des sœurs autour d'eux.

On estime à 150 000 le nombre d’enfants ayant fréquenté les pensionnats indiens au Canada.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le gouvernement Trudeau annonçait dernièrement la désignation de sites commémoratifs officiels liés aux pensionnats autochtones : Portage la Prairie au Manitoba et Shubenacadie en Nouvelle-Écosse. Nos archives témoignent de cette sombre page de l’histoire du pays.

Une politique pour tuer l’Indien au cœur de l’enfant

Au milieu du 19 siècle, le gouvernement du Canada adopte une politique visant à assimiler les nations autochtones. L'éducation apparaît alors comme la solution privilégiée à ce que les fonctionnaires désignaient comme le problème indien.

En 1892, un partenariat se forme entre le gouvernement et les Églises qui administrent des écoles résidentielles. Le réseau de pensionnats devient la pierre angulaire du régime d'assimilation imposé aux Premières nations.

Ottawa y voyait là un moyen efficace d’empêcher ces jeunes d’être en contact avec leurs parents et avec leur culture. On retirait de leur famille des enfants qui avaient à peine six ans pour les envoyer au pensionnat.

Frederic Zalac, journaliste

En franchissant le seuil du pensionnat, les enfants devaient se départir de leurs croyances, de leur langue, de leurs habitudes et de leurs traditions afin de se fondre dans la culture eurocanadienne. Ils recevaient des vêtements occidentaux, se faisaient couper ou raser les cheveux.

Cette transformation physique était suivie par une transformation mentale visant à sortir l'Indien de son état primitif et faire de lui un honnête citoyen.

Dans cet extrait de Reportage du 26 décembre 1960, le journaliste Jacques Ouvrard s’entretient avec Sœur Émond sur l'enseignement donné aux élèves de l'école de Fort Smith, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Reportage, 26 décembre 1960

Le Père Mowka, des Oblats de Marie Immaculée, parle lui de l'hôtellerie de Fort Smith, qui accueille 200 pensionnaires pour la poursuite de leur éducation.

La raison d’être de l’école est d’assimiler l’enfant, "tuer l'Indien au cœur de l'enfant" comme le disait un fonctionnaire.

Jim Miller, historien, Université de la Saskatchewan

De 1831 à 1996, 150 000 enfants des Premières Nations, Inuits ou Métis sont placés dans plus de 130 pensionnats à travers le Canada. Environ 6000 enfants y trouveront la mort.

Le surpeuplement et l'insalubrité des bâtiments créent de véritables épidémies de tuberculose qui ravagent les pensionnats indiens au cours de leur histoire.

Le rapport Bryce déposé en 1907 révèle un taux de mortalité de 24 % dans les 15 pensionnats visités, ce taux atteignant jusqu'à 47 % à Old Sun's, en Alberta. 

Un reportage du journaliste Frederic Zalac présenté au Point le 5 février 1997 donne la parole aux pensionnaires autochtones et à des membres des communautés religieuses afin d'éclairer une situation complexe.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le Point, 5 février 1997

Missionnaire oblat à l'école de Lebret en Saskatchewan, le père Jean-Paul Isabelle explique que l'objectif de l'éducation était de permettre aux autochtones de s'intégrer à la société et de gagner leur vie. Mais il reconnaît que, ce faisant, on a totalement ignoré leur culture.

Durant toute l'existence du système, les administrateurs des écoles se butent au sous-financement chronique des pensionnats pour autochtones. Le budget alloué dépend du nombre d'élèves, c'est pourquoi les internats sont souvent surpeuplés.

Les conditions de vie déplorables qu'offrent ces établissements, l'éloignement et le racisme ambiant créent une situation propice à la négligence et aux sévices, y compris les abus sexuels.

Ceux qui s’enfuyaient de l’école étaient flagellés devant les autres. Je m’en souviens clairement. Après avoir assisté à une flagellation, je n’ai plus jamais voulu m’enfuir de l’école.

Vern Belgrade, ancien pensionnaire de Lebret

La philosophie éducative de l'époque sanctionne le recours aux châtiments corporels et la sévérité constitue la norme dans la plupart des internats. Toutefois, dans le cas des pensionnats indiens, les études révèlent que cette sévérité atteint un niveau qui frise l'intolérable.

Le rapport d'un commissaire en 1896 souligne à cet égard que ce genre de brutalité ne serait jamais toléré dans une école blanche, où qu'elle soit au Canada.

Des lieux commémoratifs pour ne jamais oublier

Le lieu sur lequel était érigé le pensionnat autochtone de Shubenacadie en Nouvelle-Écosse sera bientôt reconnu comme lieu de commémoration national.

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Téléjournal Atlantique, 11 juin 2008

Le 11 juin 2008, un reportage du journaliste Marc-Antoine Ruet présenté au Téléjournal Atlantique brosse un portrait du pensionnat de Shubenacadie. Le reportage est présenté le jour où le gouvernement de Stephen Harper présente des excuses officielles aux survivants des pensionnats autochtones.

C’est un génocide culturel, rien de moins. Ils voulaient nous enlever notre langue. Il était interdit de parler micmac.

Ancien pensionnaire de Shubenacadie

L’ancien pensionnat de Portage la Prairie, situé sur le territoire de la Première Nation Long Plain, sera lui aussi reconnu par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

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Téléjournal du Manitoba, 15 décembre 2015

Le 15 décembre 2015 au Téléjournal du Manitoba, la journaliste Katrine Deniset présente un reportage sur le pensionnat de Portage la Prairie, qui a fermé ses portes en 1975.

Portage la Prairie est un des rares bâtiments de pensionnat autochtone à avoir été conservé. Ernie Daniels se souvient de la froideur des lieux. Pour Ruth Roulette, qui a aussi vécu les années de pensionnat, Portage la Prairie devrait faire l’objet d’un musée.

Suite à la remise du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, elle souhaite faire de Portage la Prairie, un pensionnat qui a longtemps représenté l'abus et l'isolation, un symbole d'espoir.

Au Québec, les pensionnats indiens ont ouvert leurs portes plus tardivement que dans les autres provinces canadiennes. Seuls deux pensionnats ont été créés avant la Seconde Guerre mondiale et après la guerre s'ouvrent les pensionnats d'Amos, de Pointe-Bleue, de Sept-Îles et de La Tuque.

C'est en Alberta que le nombre de pensionnats est le plus élevé. On y compte 20 écoles résidentielles; vient ensuite la Colombie-Britannique, qui compte 16 pensionnats indiens en 1931.

Au début des années 1950, des études recommandent que les enfants indiens soient intégrés dans les écoles provinciales. En 1969, le gouvernement fédéral met fin à son partenariat avec les Églises et laïcise l'enseignement offert aux autochtones.

Dans la décennie suivante, les fermetures de pensionnats se succèdent. La gestion de certains pensionnats passe aux mains des Premières nations.

Selon le rapport de la Commission d'enquête sur les autochtones, la voie de la guérison passe par une prise de conscience de la part de l'ensemble des Canadiens de ce pan de leur histoire refoulé dans le tréfonds de la conscience nationale.

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