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Des médecins mettent en garde contre les retards du dépistage en Ontario

Une file d'attente à l'extérieur d'un centre de dépistage de Toronto.

Le système de traitement des tests de dépistage accuse un arriéré de plus de 50 000 tests. Plus de la moitié des résultats sont communiqués aux clients plus de 48 heures après leur venue aux centres de dépistage.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Radio-Canada

Au milieu d'une recrudescence de la transmission du coronavirus en Ontario, des médecins préviennent que le plan de la province visant à intensifier les efforts pour prévenir de nouvelles infections échouera à moins que d'autres mesures ne soient prises pour freiner la propagation dans la communauté.

L'Ontario a signalé lundi 700 nouveaux cas, soit le total le plus élevé en une journée depuis le début de la pandémie.

L'augmentation continue en septembre intervient alors que le gouvernement du premier ministre Doug Ford déploie un plan pour augmenter la capacité provinciale à 50 000 dépistages quotidiens, tout en recrutant 1000 employés supplémentaires pour gérer les cas et retrouver les personnes qui sont entrées en contact avec les personnes déclarées positives.

Au cours de l'été, lorsque le nombre de cas était faible, nous avons eu l'occasion de vraiment peaufiner notre système pour tester, tracer et isoler, déclare la Dre Tara Kiran, chercheuse et médecin de famille basée à Toronto.

Je pense que la récente augmentation du nombre montre que nous n'étions pas prêts, estime-t-elle.

À Toronto, épicentre de la deuxième vague de cas en Ontario, les efforts de dépistage et de recherche des contacts accusent déjà un retard sur plusieurs fronts.

Appel à des restrictions sociales

Plus de la moitié des personnes testées ne connaissent pas leur résultat avant 48 heures ou plus, tandis que près de la moitié des Ontariens qui finissent par être déclarés positifs ne sont pas joints par les équipes de recherche de contacts dans les 24 heures, selon les dernières données de Santé publique Toronto.

Compte tenu des défis, divers médecins, de même que l'Association des hôpitaux de l'Ontario, poussent la province à revenir à l'étape 2 du plan de déconfinement, qui impose des restrictions aux bars et aux salles à manger des restaurants , aux gymnases, aux lieux de culte, aux cinémas et à d'autres entreprises non essentielles.

Alors que les responsables ontariens s'efforcent d'éviter des fermetures généralisées ou un nouveau confinement en privilégiant des restrictions ciblées, la Dre Kiran estime qu'une pause plus importante est cruciale pour réduire la propagation du virus, donnant au système de dépistage et de traçage une chance de rattraper son retard.

Nous devons faire quelque chose pour réduire le nombre de contacts sociaux maintenant, avant qu'il n'atteigne un niveau ingérable, même si les équipes de recherche de contacts sont renforcées, affirme-t-elle.

Je crains que nous arrivions à ce niveau avec une augmentation explosive des taux de transmission.

Des files d'attente de plusieurs heures

Un épidémiologiste prévient que l'Ontario a déjà atteint ce point de basculement. Le Dr David Fisman, professeur à l’école de santé publique Dalla Lana, à l'Université de Toronto, souligne que, compte tenu du nombre de cas et des délais de traitement actuels, il est probable que les personnes contaminées par une personne actuellement recherchée infectent déjà un troisième cercle de contacts.

Quand nous sommes au-dessus de 500 cas par jour, vous ne pouvez pas vraiment trouver de contact.

Le Dr David Fisman, épidémiologiste

Les responsables provinciaux, cependant, soutiennent qu'ils répondent à la demande croissante.

La province prévoit recruter 500 employés de Statistique Canada pour aider à la gestion des contacts tout en embauchant 500 chercheurs de contacts supplémentaires, ce qui portera à terme l'effectif total de 2750 à 3750.

Une capacité supplémentaire permettra de garantir que les cas et les contacts continueront d'être joints rapidement, déclare la porte-parole du ministère de la Santé, Miriam Mohamadi, dans un communiqué.

Plusieurs personnes masquées se promènent à l'extérieur.

La vitesse de propagation communautaire de la COVID-19 a une longueur d'avance sur la détection des cas et la recherche des contacts.

Photo : Radio-Canada / Rob Kruk

Atteindre ce stade du processus prend déjà du temps, étant donné les difficultés auxquelles de nombreux Ontariens font face pour se faire dépister - avec des files d'attente longue de plusieurs heures dans divers centres de dépistage au cours des dernières semaines.

Pour lutter contre ce goulot d'étranglement, le gouvernement Ford propose des tests dans les pharmacies, tente de dissuader les personnes sans symptômes ni facteurs de risque de se faire tester et a annoncé que trois hôpitaux ontariens commencent à mettre en place la collecte de salive, avec plus de centres dépistage offrant cette option dans les prochaines semaines.

Mais la capacité de traiter ces tests reste limitée. Alors que les laboratoires effectuent maintenant plus de 40 000 tests par jour, le gouvernement vise à augmenter la capacité de la province de 10 000.

Surmenage dans le traitement des dépistages

Mais il y a aussi un arriéré de près de 50 000 tests en attente, ce qui se traduit par de longs délais de traitement avant de pouvoir obtenir un résultat.

Il ne semble pas que la province ait assez de capacité pour garder une longueur d'avance sur la propagation, déclare le Dr Irfan Dhalla, vice-président de Unity Health Toronto et professeur à l'Université de Toronto.

Il nous faudra plus de temps pour savoir qui est positif, pour identifier les contacter, puis pour contacter leurs contacts, renchérit la Dre Kiran. C'est une chaîne d'événements.

Plus de 48 h avant d'obtenir un résultat

En moyenne, seulement 20 % des nouveaux tests de COVID-19 à Toronto sont actuellement traités en moins de 24 heures, selon les données de Santé publique Toronto, tandis qu'environ 44 % ont un délai de 48 heures, laissant plus de la moitié des personnes dépistées attendre leurs résultats encore plus longtemps.

Cet embouteillage dans le traitement des dépistages dépasse le seuil critique du système de traçage de la COVID-19 de la Ville.

Les responsables de la santé publique ont également du mal à contacter ces cas confirmés en temps opportun.

Les derniers chiffres montrent que seulement 55 % des personnes qui ont récemment été déclarées positives sont prévenues dans les 24 heures, laissant 45 % attendre plus longtemps.

Parfois, nous sommes incapables de joindre un patient malgré de nombreuses tentatives, reconnaît la Dre Vinita Dubey, médecin hygiéniste adjointe de Toronto, dans un communiqué.

Cela peut être dû au fait qu'ils n'ont peut-être pas configuré de messagerie vocale sur leur téléphone ou que leur numéro n'est plus en service. Ces facteurs, combinés à la vie, au travail et à la situation sociale d'un cas, ainsi qu'au volume de cas, peuvent avoir un impact [sur notre] capacité à atteindre les nouveaux cas signalés dans les 24 heures.

La recherche de tous les contacts de ces cas nouvellement confirmés constitue la seule mesure qui fonctionne bien, avec 96 % des contacts joints avec succès en une journée.

Trop tard pour gérer efficacement la recherche de contacts?

Malgré les efforts récents pour renforcer les dépistages et le traçage, le Dr Fisman soutient qu'il est trop ​​tard.

Revenir à des restrictions plus larges de l’étape 2 est désormais crucial pour réduire la transmission, prévient-il.

Les chiffres sont trop élevés, dit-il. La recherche des contacts n'est donc pas un levier que vous pouvez utiliser de manière réaliste pour réduire ces chiffres.

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