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Les finances de Terre-Neuve s’écroulent, un déficit historique est-il au menu?

La province gère la pire crise financière vue en une génération. Mercredi, le gouvernement présentera son prochain budget — une occasion de faire état de la gravité de la situation.

Andrew Furey.

Le gouvernement libéral d'Andrew Furey présentera un nouveau budget mercredi. Un déficit monumental est envisageable.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

À l’avance de son prochain budget, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador s’efforce de gérer les attentes. Un plan détaillé pour redresser les finances de cette province fortement endettée devra attendre, répète depuis son assermentation le nouveau premier ministre, Andrew Furey.

Le prochain budget, qui sera présenté mercredi, sera néanmoins historique. Un déficit sans précédent est envisageable. Par ailleurs, et pour une première fois depuis le début de la pandémie, nous aurons une idée claire de l’ampleur des difficultés financières de la province, qui était au bord de la faillite en mars dernier.

Même avant la COVID-19, la dette nette par personne à Terre-Neuve-et-Labrador était déjà la plus élevée au pays. Ce bilan est grandement lié au mégaprojet hydroélectrique de Muskrat Falls – la pire erreur économique de l’histoire de la province, selon l’ancien premier ministre, Dwight Ball –, dont le coût a plus que doublé depuis 2010.

Cet endettement sévère est aussi dû à l’augmentation des dépenses, année après année, de la province.

Le gouvernement provincial gère une énorme masse salariale. La fonction publique, qui compte actuellement quelque 47 000 employés, est la plus importante au Canada par rapport à sa population. Environ un travailleur sur cinq à Terre-Neuve-et-Labrador est employé du gouvernement provincial.

Souvent, à Terre-Neuve, on a dit que le problème de la province n'était pas tant un manque de revenus, mais plutôt des dépenses trop élevées, souligne l’économiste, Richard Saillant. Les revenus [de pétrole] étaient très élevés, historiquement, et on a permis aux dépenses de suivre les revenus.

À Terre-Neuve, c’est un perfect storm

La pandémie n'a évidemment pas aidé. Le secteur pétrolier – qui représente environ un tiers de l’économie – a vu des vagues de licenciements.

Toutes les pétrolières réduisent ou suspendent leurs activités au large de l’île – un coup dur pour les coffres de la province. Au cours des dernières années, les redevances de pétrole représentaient au moins 10 % des revenus annuels du gouvernement.

Comme ailleurs, les dépenses en santé grimpent en flèche. Au total, 116 500 résidents de la province – presque la moitié de la population active — ont eu recours à la Prestation canadienne d’urgence.

Il y a des provinces qui font face à certains de ces facteurs-là, mais à Terre-Neuve, c’est un perfect storm, estime le professeur en économie à l’Université de Moncton, Pierre-Marcel Desjardins. Terre-Neuve est dans une situation qui n’existe pas ailleurs.

En plus, Terre-Neuve-et-Labrador ne reçoit pas de péréquation d’Ottawa en raison de la formule utilisée pour déterminer les paiements de transferts. Avec les autres provinces qui dépendent des revenus pétroliers, elle a déjà tenté d'obtenir des changements au Programme de stabilisation fiscale afin d'équilibrer ses finances.

Pierre-Marcel Desjardins.

Pierre-Marcel Desjardins, économiste

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Au bord du gouffre

Malgré un soutien temporaire de la Banque du Canada, le gouvernement provincial continue à faire face à une crise budgétaire indéniable. Une bouée de sauvetage d’Ottawa semble de plus en plus inévitable, selon les économistes consultés par Radio-Canada.

La fédération canadienne va, selon moi, ultimement venir en aide à Terre-Neuve-et-Labrador.

Une citation de :Pierre-Marcel Desjardins, économiste

Mais Richard Saillant ajoute qu'à peu près toutes les provinces crient famine ces jours-ci avec la crise de la COVID, mais aussi des dettes, des déficits majeurs.

On ne va pas leur donner carte blanche [à Terre-Neuve-et-Labrador] pour dépenser comme ils veulent sans qu’on fasse la même chose dans d’autres provinces, à moins que Terre-Neuve s’impose un remède de cheval – c’est-à-dire un programme rigoureux pour redresser les finances, qui pourrait comprendre des mesures telles que des compressions ou des réductions de salaire.

Le professeur Desjardins prévient également qu'une aide fédérale pourrait se faire au prix de mesures quand même assez draconiennes.

Un plan toujours en élaboration

La province est toujours en train de définir son plan d'action pour les années à venir, selon le premier ministre Furey. Mais Pierre-Marcel Desjardins espère que le budget de mercredi montrera au moins les premières étapes du processus.

Ce n'est pas les détails que je cherche, c'est la vision. De quelle manière il [le gouvernement] passe pour pouvoir s'en sortir? explique-t-il. Si, au fond, c'est le même discours qu'on avait sous Dwight Ball, pour moi, c'est problématique parce que malgré la pandémie, malgré la chute du baril du pétrole, il faut quand même qu’on commence à voir où on s'en va.

Richard Saillant indique que la nomination de l’ancienne présidente-directrice générale de Postes Canada, Moya Greene, à la tête d'un comité chargé d'élaborer un plan de restructuration pour la province, est déjà un pas dans la bonne direction. Mme Greene est connue pour avoir transformé les opérations de Bombardier en Europe et pour la privatisation de la poste royale britannique.

Mais M. Saillant soutient qu'il sera difficile d'obtenir un soutien fédéral si Terre-Neuve ne montre pas, ne fait pas d'effort majeur lui-même pour montrer qu’il prend la situation au sérieux, en ajoutant que le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau devra nécessairement justifier un programme d'aide pour Terre-Neuve-et-Labrador au reste des Canadiens.

Ce genre de remède de cheval s’impose pour que Terre-Neuve soit candidat pour recevoir de l'aide supplémentaire d'Ottawa – une aide qui va devoir être majeure pour éviter la faillite de la province.

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