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« On fonctionne à 1 % de nos capacités »

La Fédération des transporteurs par autobus du Québec demande 16 M$ à Ottawa pour passer à travers l’hiver, a appris Radio-Canada.

Des autocars stationnés.

À Alma, au Lac-Saint-Jean, le Groupe Autocar Jeannois compte 45 autobus nolisés, tous à l'arrêt depuis le mois de mars. Le propriétaire s'estime chanceux quand il arrive à en faire rouler un de temps en temps.

Photo : Radio-Canada / Lynda Paradis

2020 devait être une belle année pour Stéphane Lefebvre, une très belle année même. L’entrepreneur d’Alma possède le groupe Autocar Jeannois – une compagnie de transport touristique fondée par son père, il y a près de 50 ans. D’habitude, Stéphane emploie 75 chauffeurs, qui passent la belle saison à faire découvrir les régions du Québec aux touristes étrangers.

Vous savez, dit-il au bout du fil, le tourisme international était à son plus fort, avant qu’on tombe en pandémie.

Le 13 mars dernier, il a écouté comme tout le monde le fameux point de presse de François Legault et il a mis son entreprise sur pause.

Mais, contrairement à d’autres secteurs d’activité comme la restauration ou le commerce de détail – où il y a quand même eu une bonne reprise cet été –, son secteur à lui n’a jamais repris.

Dans ma flotte de 45 véhicules, il y a peut-être un véhicule de temps en temps qui sort.

Stéphane Lefebvre, propriétaire, Groupe Autocar Jeannois

On n'a aucune liquidité, aucun revenu qui rentre, ajoute Stéphane Lefebvre, qui préside aussi la Fédération des transporteurs par autobus du Québec. Les voyages scolaires et le transport des équipes de sport qui auraient pu assurer des rentrées d’argent minimales ont également été annulés à cause de la COVID-19.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Un mécanicien répare un autocar.

Le problème, c’est que, pendant ce temps-là, les coûts fixes, eux, restent substantiels. Stéphane a mis à pied 90 % de ses conducteurs, mais il doit dépenser des milliers de dollars par semaine pour entretenir ses autocars.

Juste entretenir un véhicule, c’est au minimum entre 3000 et 4000 $ par mois. [...] L’autocar brise presque plus quand il ne bouge pas.

Un coup de pouce de 16 millions

La Fédération des transporteurs par autobus demande, dans une lettre dont Radio-Canada a obtenu copie, 16 millions de dollars au gouvernement fédéral pour aider les 160 compagnies qu’elle représente à payer leurs coûts fixes.

Comme l’ensemble des entreprises canadiennes, on a eu accès à des subventions salariales [...]. Mais là, on a besoin d’une aide spécifique à notre secteur d’activité. Un peu comme l’aide au loyer que les commerçants ont obtenue, précise-t-il.

Stéphane Lefebvre est assis dans son bureau à Alma.

Stéphane Lefebvre dans son bureau à Alma. Il est conscient que la proximité qui règne dans un autobus rempli de passagers est incompatible avec la COVID-19, mais il veut que son industrie existe encore quand les activités touristiques pourront reprendre.

Photo : Radio-Canada / Lynda Paradis

Si les transporteurs ne reçoivent pas de coup de pouce, Stéphane craint que plusieurs ne passent pas à travers l’hiver : La crainte, c’est qu’on ait des entreprises qui disparaissent, des entreprises qui sont rattachées à des régions un peu partout au Québec. Environ 4000 emplois directs sont menacés.

Secteur touristique en difficulté

À l’Association hôtelière de la région de Québec, la directrice générale Marjolaine de Sa appuie la demande des compagnies d’autocars. Normalement, 25 % de notre clientèle dans nos hôtels vient du transport nolisé par autobus. C’est très important pour nous.

Le secteur touristique, qui représente 2 % du PIB au pays, a été durement touché depuis le début de la pandémie. Au début de l’été, l’organisme Destination Canada anticipait 27 à 48 milliards de dollars de pertes pour l’ensemble du milieu. Rien que pour le transport nolisé par autocar, 240 millions de dollars se sont envolés.

Du plexiglas a été installé autour des sièges, à l'intérieur de l'autobus.

Du plexiglas a été installé autour des sièges pour mieux protéger les passagers contre la COVID-19. À l'heure actuelle, quand les autocars transportent des travailleurs, ils ont le droit d'être remplis jusqu'à 50 %.

Photo : Radio-Canada / Lynda Paradis

On ne se le cachera pas : on pense que la reprise touristique complète, ce sera peut-être plus dans 3, 4 ou 5 ans.

Marjolaine de Sa, directrice générale, Association hôtelière de la région de Québec

Par contre, ajoute-t-elle, il est important que les entreprises touristiques soient encore là quand les frontières seront rouvertes. Sinon, on ne pourra pas compétitionner avec le reste du monde.

Un autocar coûte entre 700 000 et 1 million de dollars, précise-t-elle. Si les entrepreneurs font faillite, ils ne pourront pas s’acheter une nouvelle flotte d’autobus en claquant des doigts.

Une industrie durement touchée, reconnaît le ministère

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, n’était pas disponible pour nous accorder une entrevue. Par courriel, il reconnaît que le transport urbain par autocar a été lourdement touché par la pandémie et dit vouloir continuer ses discussions avec ses homologues des provinces afin de trouver des solutions.

Plan moyen de M. Garneau, qui gesticule en parlant.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau. La Fédération des transporteurs par autobus doit également bientôt rencontrer la ministre québécoise du tourisme, Caroline Proulx.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Dans le discours du Trône plus tôt cette semaine, le gouvernement Trudeau s’est d’ailleurs engagé à mettre en place des mesures d’aide pour les industries les plus durement touchées, notamment l’industrie du voyage et du tourisme.

Des mots qui encouragent Stéphane Lefebvre, de la Fédération des transporteurs par autobus, même s’il attend surtout des mesures concrètes : On veut être certain que cette aide ne tombe pas à côté de nous.

On veut juste être encore là quand les équipes sportives des écoles pourront recommencer à voyager et que les touristes vont revenir, conclut-il.

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