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Chronique

Marie-Mai aux Francos : nouvelles facettes, nouvelle réalité

Marie-Mai sur scène.

Marie-Mai a présenté le premier de ses trois concerts au MTelus à l'occasion des Francos.

Photo : Francos de Montréal - Frédérique Ménard-Aubin

Cela ne faisait pas cinq minutes que j’étais entré dans le MTelus en attente du concert de Marie-Mai, vendredi, que j’ai ressenti une sensation familière : la peur de l’avion.

Depuis un spectaculaire trou d’air au retour d’un vol Paris-Montréal à l’adolescence, en 1978, j’ai la trouille en plein ciel. Un sentiment que je suis parvenu à minimiser avec le temps, mais la crainte n’est jamais bien loin, surtout lors de fortes turbulences à 37 000 pieds (11 300 mètres) d’altitude.

Je n’avais évidemment pas à craindre une vrille avec les deux pieds sur le plancher des vaches, mais le sentiment d’insécurité, le petit malaise persistant, il était bien présent. Pourtant, je n’avais qu’à jeter un coup d’œil autour de moi pour me convaincre que tout allait bien se passer.

Rappel des consignes sanitaires à l’entrée, nettoyant antibactérien, corridors à respecter avec flèches au sol, sièges –généralement par deux – distancés de deux mètres... Non seulement tout avait été mis en place pour respecter les consignes sanitaires du gouvernement, mais tout le monde obtempérait : couples d’amies admiratrices de Marie-Mai, petites familles, duos mère-fille, etc. Le respect des mesures était rigoureux.

Cela dit, pour un habitué de ce lieu qui fut le Métropolis durant des décennies, le coup d’œil n’était pas loin d’être surréaliste. Même les sièges distancés n’arrivaient pas à remplir le vide très, très apparent. Le bruit de fond était presque inexistant en raison du nombre restreint de personnes dans la salle, désespérément déserte selon ses standards. On était loin de l’ambiance des grands soirs.

Des images de concerts légendaires (David Bowie, Prince, Sting, INXS, Indochine, Hole, Lady Gaga, Les Cowboys Fringants, Jean Leloup...) vus dans cette enceinte bondée à ras bord me revenaient en mémoire lorsque l’arrivée de Marie-Mai sur scène m’a arraché à mes pensées.

Le rêve tout éveillé

Il était huit heures et deux minutes. Il est vrai que lors de concerts présentés par les Francos de Montréal, comme c’était le cas, les artistes sont ponctuels. N’empêche. D’ordinaire, avec si peu de spectateurs et spectatrices dans la salle, tu sais que tu as le temps d’aller manger au Montréal Pool Room et de revenir avant que la tête d’affiche monte sur les planches.

Est-ce que c’est un rêve? Vous êtes là? a lancé la chanteuse d’entrée de jeu, comme si elle avait l’air d’être plus heureuse que quiconque dans la salle, ce qui était probablement le cas.

Accompagnée de Marie-Pierre Bellefeuille (piano, claviers), de Jean-Alexandre Beaudoin (guitares) et de Liu-Kong Ha (percussions), Marie-Mai a tout de suite pris place sur un tabouret, ce qui est plutôt antinomique en regard de ses habitudes.

C’est tellement juste les Francos qui pouvaient me permettre de présenter un show complètement différent, a-t-elle dit.

Pas de doute là-dessus. On était à des années-lumière de la Marie-Mai qui prenait d’assaut la scène au Centre Bell au sein de productions techniques étoffées et de spectaculaires jeux de lumière. Mais concert acoustique ne rime pas avec ennui non plus.

Marie-Mai sur scène.

C'est avec Marie-Mai que la salle de spectacle a rouvert ses portes fermées depuis le début de la pandémie.

Photo :  courtoisie / Francos de Montréal / Frédérique Ménard-Aubin

Dès Élever, les bracelets qui attendaient les spectateurs et spectatrices sur leurs sièges se sont mis à clignoter d’une lumière bleue, comme toutes les lumières qui surplombaient la scène et son escalier qui se rendait au parterre, où tout le monde restait sagement assis. Au gré des titres proposés, l’éclairage misait sur d’autres couleurs monochromes.

En dépit des restrictions, Emmène-moi a eu droit à une vague de bras vers le plafond de la salle. O.K., ça frappe moins l’imaginaire quand il y a une centaine de personnes au parterre plutôt que 500 ou 600, mais ça faisait drôlement plaisir de voir ça.

L’apport vocal, les applaudissements et les hurlements de la foule au terme de Je décolle ont ensuite ressemblé à un petit tremblement de terre.

Câline que je me suis ennuyée de ça! a crié Marie-Mai.

Nous aussi.

Répertoire revisité

Ce premier de trois concerts acoustiques a été l’occasion pour l’artiste de puiser des chansons dans son répertoire d’antan qu’elle n’avait jamais interprétées sur scène, comme Laissez-moi dormir, très jolie, qui cadrait parfaitement dans le contexte intimiste. Parfois, on avait l’impression d’être dans une soirée privée.

L’interprétation en succession d’Un pied dans la porte, écrite par Ingrid St-Pierre, et de La fin m’a soudainement fait réaliser à quel point le public était silencieux. On n’entendait parler personne! À cause de la formule acoustique, ou en raison de la pandémie et du port des masques? Je l’ignore, mais c’était génial.

Sur scène, Marie-Mai était en parfaite maîtrise de sa voix. Son style, plus réservé que naguère, et sa coupe de cheveux me faisaient penser à une Annie Lennox post-Eurythmics.

Marie-Mai sur scène.

Ce premier de trois concerts acoustiques a été l’occasion pour la chanteuse de revisiter son répertoire.

Photo : Courtoisie / Francos de Montréal - Frédérique Ménard-Aubin

De l’énergie

L’interprétation de Sans cri ni haine, dans une version un peu moins rutilante que l’originale, a incité la foule à battre la mesure pour la première fois de la soirée. Mentir, une solide chanson rock à l’origine, a eu beau être transformée en ballade, elle a affiché de l’intensité.

Les introductions de Si les mots et Différents (magnifique) ont permis à la chanteuse de faire connaître ses états d’âme sur la violence de notre société par l’entremise des réseaux sociaux et sur la beauté de la différence, des éléments incontournables du monde d’aujourd’hui.

Cette séquence bien sentie s’est poursuivie avec Je cours, cris, hurlements et battements de mains en prime; peut-être ce qui a ressemblé le plus, de la soirée, à une interprétation avant COVID-19.

J’étais tellement plongé dans le concert depuis un quart d’heure que je m’y suis laissé prendre. Ah bon? C’est de ça dont on est privés, essentiellement, depuis six mois? De ce moment de pur bonheur où l’on oublie son nom, sa famille et son travail, l’espace d’un instant? J’avais oublié. Je crois bien avoir versé une larme ou deux… Rien à perdre, pétaradante, a bouclé ce segment pas mal irrésistible.

Marie-Mai est ensuite revenue à son concept de base en enchaînant des chansons très personnelles, comme Exister, Ton histoire – dédiée à tous les parents – et L’arbre géant, écrite pour sa grand-mère et dédiée aux victimes du virus.

Un point d’orgue tout à fait indiqué pour ce concert atypique d’une artiste qui a permis à son public de découvrir de nouvelles facettes d’elle, et au critique de vivre la nouvelle réalité des concerts en temps de pandémie.

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