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Un été sans pareil : les éleveurs de bovins durement touchés par la COVID-19

Tyler Fulton marche dans un champ, avec son garçon, sa fille et son chien à sa droite, entouré de vaches brunes.

Tyler Fulton et ses enfants à leur ferme de Birtle, au Manitoba

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

L’arrêt quasi total de la transformation du bœuf a coûté cher aux éleveurs de bovins, qui craignent que les prix ne restent bas encore longtemps. Portrait d’une famille manitobaine qui refuse de perdre espoir.

Tyler et Dorelle Fulton élèvent des veaux dans le sud-ouest du Manitoba depuis une dizaine d’années.

Leurs vaches mettent bas au printemps. Les veaux sont nourris pendant quelques mois, puis vendus à un parc d’engraissement, où ils prennent du poids avant d’être livrés à l’abattoir.

En 2019, les Fulton achètent le troupeau du père de Tyler, doublant ainsi la taille de leur ferme. Une expansion majeure, au dire de Tyler Fulton : Nous avons maintenant 600 vaches. C’est de loin le plus gros investissement que nous ayons fait.

Ils sont loin de se douter que l'industrie bovine est sur le point de vivre une crise sans précédent.

Vue aérienne d'un troupeau de bovins sur une route l'été, avec les bâtiments d'une ferme à l'arrière-plan.

Troupeau de bovins à la ferme de Tyler et Dorelle Fulton, à Birtle, au Manitoba

Photo : Ron Samchuk

Hiver 2020, la pandémie éclate. L'économie de la planète est ébranlée; tous les secteurs d'activités sont touchés.

Comme le Canada exporte 45 % de son bœuf, les producteurs de bovins craignent une dégringolade des prix.

Notre industrie dépend beaucoup des exportations, et j’ai réalisé que l’impact sur nos activités pourrait être majeur.

Tyler Fulton, éleveur de bovins
Plusieurs veaux et plusieurs vachent broutent dans un champ l'été sous un ciel bleu.

Veaux avec leur mère à la ferme des Fulton, à Birtle, au Manitoba

Photo : Radio-Canada / Marc-Yvan Hébert

Au printemps, Tyler a 200 génisses à vendre. Et, comme il l'avait pressenti, le prix du bœuf est en chute libre.

Tyler trouvera enfin à les vendre en avril. Mais il encaisse une perte de 20 %, un manque à gagner difficile à gérer, explique-t-il : La vente des veaux, au printemps, représente environ 85 % de notre revenu annuel, donc nous avons une seule occasion qu’il ne faut pas rater.

Et le pire reste à venir.

Une usine de bœuf en Alberta.

L'usine de Cargill à High River, en Alberta, est fermée en raison d'une éclosion de COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

À la fin avril, l’abattoir de Cargill, à High River, en Alberta, est aux prises avec la COVID-19 : 950 cas positifs y sont dénombrés, ce qui en fait le plus important foyer d’éclosion au pays.

L’usine cesse complètement ses opérations pendant deux semaines.

Entre-temps, à l’abattoir de JBS, à Brooks, 650 employés sont atteints de la COVID-19. L’usine réduit ses opérations de 60 %.

À eux seuls, ces deux abattoirs transforment près des trois quarts du bœuf produit au Canada, soit plus de 8000 bêtes par jour.

Greg Schmidt marche vers nous en regardant des vaches qui mangent dans un enclos, à sa droite.

Greg Schmidt dans son parc d'engraissement, à Barrhead, en Alberta

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

Greg Schmidt, un éleveur de bovins de Barrhead, en Alberta, est parmi les premiers à subir les contrecoups de ces fermetures.

Dans son parc d’engraissement, 12 000 bovins sont prêts à être livrés à l’abattoir. Mais à la fin avril, impossible de faire abattre ses bêtes.

Ses revenus chutent, dit-il, alors que ses dépenses pour maintenir ses animaux en vie ne cessent d’augmenter.

Il faut garder les bovins 60 ou 70 jours de plus. Pour nous, ça peut représenter 200 à 300 $ de plus en moulée pour chaque animal, explique-t-il.

Vue aérienne de plusieurs centaines de vaches dans quelques enclos, avec des bâtiments agricoles au loin, sous un ciel bleu.

Parc d'engraissement Schmidt Livestock, à Barrhead, en Alberta

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

À la fin mai, 130 000 bêtes sont entassées dans les parcs d’engraissement. Toute la chaîne de production bovine est affectée.

Au Manitoba, Dorelle Fulton craint de subir une autre perte importante, cette fois avec les animaux qui viennent de naître.

On pensait que ce serait mieux, la prochaine fois qu’on vendrait nos animaux, dit-elle. Mais plus le temps se passe, plus on craint que ça puisse durer encore une année.

Malgré toute cette incertitude, il y a une lueur d’espoir pour les Fulton. Leur récolte de foin et de maïs est excellente cet été.

Selon Tyler Fulton, ça pourrait devenir leur planche de salut à l’automne. Avec une mauvaise récolte, j’aurais peut-être été forcé de vendre mes bêtes à un moment où les prix sont au plus bas. Là, nous avons plus de flexibilité.

Huit rangées de jeunes plants verts de maïs dans un champ, sous un ciel bleu.

Jeunes plants de maïs dans un champ, chez les Fulton

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Retour à la normale

En juin, les abattoirs Cargill et JBS reprennent enfin leur cadence normale de production.

Ils ajoutent même, à la fin de l’été, des quarts de travail la fin de semaine pour répondre à la demande. On abat entre 5 et 10 % plus de bêtes qu’en temps normal.

C’est une excellente nouvelle pour Greg Schmidt, qui réussit enfin à vendre ses bêtes. La demande est là. S’il n’y avait pas de débouchés pour les produits du bœuf, on ne ferait pas tant de transformation. C’est un très bon signe pour l’industrie bovine.

Malgré la demande, le prix du bœuf, à la fin de l’été, est environ 10 % inférieur à celui de l’an dernier.

On reçoit environ 10 $ de moins par 100 livres par rapport au prix habituel à ce temps-ci de l’année. Pour un animal de 1500 livres, ça représente 150 dollars.

Greg Schmidt, éleveur de bovins
Une vache tournée vers nous au milieu d'un enclos rempli de vaches noires.

Bovins dans le parc d'engraissement Schmidt Livestock.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

Selon certains, il faut repenser toute la chaîne de production bovine.

David Hall, professeur en économie de la santé animale à l’Université de Calgary, estime qu'il faut faciliter la mise sur pied de petits abattoirs spécialisés dans les coupes sur mesure, qui pourraient être sollicités en temps de crise.

Les petits abattoirs pourraient prendre la relève quand les grandes usines sont obligées de fermer, suggère-t-il. D’ailleurs, les bouchers locaux nous disent qu’ils ont fait un excellent été. Augmenter le nombre de petits abattoirs nous donnerait du jeu et améliorerait l’efficacité de tout le système.

David Hall, devant une clôture et tourné vers sa droite, regarde un enclos au loin où se trouve un cheval.

David Hall, professeur en économie de la santé animale à l'Université de Calgary

Photo : Radio-Canada / Justin Pennell

En septembre, nous sommes retournés chez les Fulton. Ils ont repris espoir à la suite de la réouverture des grands abattoirs.

On est aujourd’hui dans une bien meilleure position qu’on aurait pu le croire, annonce Tyler.

Il se demande tout de même si la pandémie ne changera pas, à long terme, les habitudes des consommateurs. Les steaks de qualité vendus dans les restaurants rapportent énormément à l’industrie bovine, mais là, on ne sait pas si les clients seront encore au rendez-vous.

Il est cependant persuadé que les prix rebondiront; même qu’il songe à agrandir de nouveau la ferme.

Une conséquence inattendue de la pandémie, admet-il : La pandémie a poussé quelques fermiers du coin à prendre une retraite anticipée. Nous comptons louer 200 hectares de plus l’an prochain, et peut-être acheter un nouveau terrain.

J’espère seulement que l’industrie bovine pourra se remettre de la crise, ajoute-t-il.

Dorelle Fulton, à gauche, et Tyler Fulton, à droite, regardent leur troupeau de vaches, à l'arrière-plan.

Tyler et Dorelle Fulton dans leur ferme de Birtle, au Manitoba

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

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