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Analyse

Mais que fait la France face à la COVID-19?

La dernière série de restrictions imposées par le gouvernement pour lutter contre la COVID-19, comme la fermeture des bars et des restaurants, a été perçue comme une mesure trop stricte et injustifiée. Un autre épisode qui obscurcit davantage la stratégie française et contribue à la méfiance et à la défiance des citoyens.

Un graffiti représente une personne portant un masque.

La France compte présentement plus de 450 000 personnes infectées par la COVID-19, dont plus 30 000 en sont décédées.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

À Paris, les propriétaires de bar ont symboliquement jeté leurs clés sur le pavé. À Marseille, quelques centaines de restaurateurs ont manifesté en scandant « on reste ouvert! » À Nice, leurs confrères ont appelé « à la désobéissance totale ».

Un vent de colère et de contestation souffle sur la France. Un vent alimenté par les difficultés économiques, certes, mais aussi par l’attitude du gouvernement et ses décisions mal expliquées.

Cette semaine, les nouvelles consignes livrées par le ministre de la Santé ont surpris beaucoup de Français. Normal, puisqu’elles contrastent franchement avec l’attitude officielle des dernières semaines.

Mi-septembre, le président français a accompagné les cyclistes au Tour de France. L’épreuve s’est déroulée devant public et s’est terminée sans flambée épidémique.

Un bel exemple de la doctrine présidentielle, vivre avec le virus, avait alors expliqué Emmanuel Macron. Il faut se protéger, mais nuire le moins possible à l’économie nationale.

Autrement dit, la vie continue, mais avec un masque dans la rue et au bureau.

Le président Macron applaudit le cycliste au maillot jaune.

Le président Macron lors de la 17e étape du Tour de France.

Photo : Reuters / Thibault Camus

En l’espace de quelques semaines, la France a semblé suivre un chemin différent de celui de l’Espagne ou du Royaume-Uni, deux pays où la situation sanitaire est pourtant semblable.

Puis, il y a eu le coup de barre de cette semaine. Un changement de cap effectué au nom de la santé publique. Il faut dorénavant vaincre le virus, selon la formule du ministre de la Santé.

COVID-19             : ce qu'il faut savoir

Des ratés de communication

Le gouvernement justifie les mesures strictes en invoquant la transmission accrue du virus chez les aînés. Il s’inquiète aussi des risques de congestion dans les hôpitaux.

Mais bien des Français tentent de remettre ces risques en perspective. Certes, les contagions sont à la hausse, mais on est loin de la vitesse de circulation qui avait forcé le confinement au printemps.

Oui, les patients atteints de la COVID sont plus nombreux aux soins intensifs, mais la France est encore loin des sommets atteints lors du confinement.

Alors pourquoi des mesures si strictes? Pourquoi les bars et les restaurants, mais pas les théâtres et les cinémas?

Le gouvernement peine à expliquer pourquoi il impose ces mesures alors que, jusqu’à maintenant, il laissait aux dirigeants régionaux le soin d’ajuster les restrictions en fonction de la situation sanitaire sur leur territoire.

En fait, dans cette crise, le gouvernement a souvent eu du mal à bien communiquer. Point.

Jean Castex tenant un porte-document rouge.

Le premier ministre français Jean Castex.

Photo : Getty Images / GONZALO FUENTES

Prenez en exemple cette déclaration du premier ministre, Jean Castex, pour justifier les strictes mesures de cette semaine : Si nous n’agissons pas, on pourrait se retrouver dans une situation proche de celle qu’on a connue au printemps. Ça pourrait dire reconfinement.

Que comprendre d’une déclaration contenant autant de conditions et d’hypothèses?

Que comprendre quand ce même premier ministre admet, candidement, ne pas avoir installé l’application de traçage des contacts, dont il recommande pourtant l’usage?

Que comprendre, aussi, quand les zones où les Parisiens doivent porter un masque en public sont modifiées trois fois en l’espace de quelques semaines?

Médecin et sénateur, Bernard Jomier y voit un défaut de culture de santé publique. Une incapacité à faire face aux défis particuliers que pose ce genre de crise sanitaire.

Portrait de M. Jomier.

Le sénateur français Bernard Jomier est également médecin.

Photo : Sénat français

Bernard Jomier est aussi responsable d’un comité qui étudie la gestion de la crise sanitaire au printemps. Ses travaux ne sont pas terminés, mais son jugement est déjà critique.

Nous n'étions pas prêts à gérer une épidémie et nous n'avons pas les bons réflexes. Et je dis nous, parce que c'est un phénomène qui touche collectivement notre pays.

Le sénateur rappelle que la France est un pays qui se veut extrêmement vertical, guidé par un président et son pouvoir central, basé à Paris.

La France fait-elle comme la Suède (sans le dire)?

Cette centralisation nuit aux concertations et aux décisions rapides. Elle explique aussi plusieurs des difficultés de la France dans cette crise sanitaire.

Et elle peut aussi expliquer la réaction épidermique des dirigeants à Marseille et les raisons pour lesquelles la stratégie française pour vivre avec le virus ne fonctionne pas.

À la fin du confinement, le gouvernement disait mettre en place des outils pour tester les Français à risque, retracer leurs contacts et isoler ceux qui sont contaminés.

Or le système de dépistage est engorgé au point d’être inefficace, les équipes de suivi des contacts sont débordées au point d’être absentes, les solutions pour isoler ceux qui en ont besoin semblent inexistantes.

Une femme portant un masque chirurgical regarde son téléphone sur lequel il est écrit COVID-19.

L'application StopCovid est utilisée en France depuis le début de juin.

Photo : iStock / kzenon

Les conséquences de ces manquements sont évidentes : la circulation du virus a repris rapidement, passant des jeunes adultes asymptomatiques aux aînés plus fragiles.

Cette reprise, combinée à l’allègement de certaines mesures à la fin de l’été, a laissé croire à plusieurs observateurs que la France avait choisi d’imiter la Suède, mais sans l’avouer.

La France a-t-elle choisi l’immunité collective sans le dire? A-t-elle décidé de laisser circuler le virus en tentant d’éviter le plus possible les décisions fâcheuses pour son économie?

Le sénateur Jomier pense plutôt que le gouvernement hésite entre cette façon de faire et un contrôle plus strict comme l’ont fait les Italiens ou les Chinois, par exemple.

Selon lui, c’est ce qui expliquerait les contradictions dans les propos et les gestes du gouvernement. Comme lorsque Emmanuel Macron a lancé la France en guerre contre le virus après avoir dit, quelques jours avant : "Il faut sortir, il faut aller au théâtre".

Risque de contagion

Il est bien sûr difficile de gérer la réponse à un virus inconnu, qui déjoue les prédictions et les scénarios anticipés. D’autant plus que cet ennemi invisible frappe les pays voisins à des rythmes différents et de manières diverses.

Difficile aussi de faire des suggestions aux dirigeants français. Le pays n’a pas vu l’émergence d’une figure respectée, hors du cadre politique, mais représentant une sorte de sage écouté de tous.

Tour à tour, le président, le premier ministre et les différents ministres ont tenté de guider les Français avant d'être contredits par un autre interlocuteur.

Et rien n’indique que la fronde des restaurateurs de Marseille va cesser avec la fermeture des bars et restaurants ce week-end.

Une foule de jeunes rassemblés, sans masque.

Après un concert à Nice en juin, la foule se réunit sans grand respect des gestes barrières.

Photo : AFP / Yann Coatsaliou

Le gouvernement a beau avoir lâché un peu de lest vendredi, plusieurs propriétaires marseillais ont signalé leur intention de désobéir aux injonctions venant de Paris.

Un vœu qui pourrait être facilité par les élus locaux. La ville de Marseille a laissé entendre que ses policiers pourraient refuser de faire respecter les ordres de fermeture.

Ce début de révolte sanitaire est de mauvais augure. Surtout si celle-ci est contagieuse. La méfiance des Français envers la capacité du gouvernement de gérer cette crise est déjà élevée.

Le risque que les citoyens « décrochent » et cessent de suivre les consignes est bien réel. Dans ces conditions, difficile de lutter contre un ennemi invisible, mais contagieux.

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