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Une administratrice de la page de dénonciations « Dis son nom » restera anonyme

Une femme dont on ne voit pas le visage pianote sur un clavier d'ordinateur portable.

Le juge Kalichman a accepté que la deuxième administratrice derrière « Dis son nom » demeure anonyme.

Photo : Getty Images / GrapeImages

Radio-Canada

L’une des deux personnes à l’origine de la page « Dis son nom », où se sont vite retrouvés les noms de dizaines de présumés agresseurs lors d’une nouvelle vague de dénonciations cet été, pourra avoir droit à l’anonymat, a tranché un juge, vendredi, au palais de justice de Montréal.

Si l'illustratrice Delphine Bergeron – la première administratrice de la page Facebook – est sortie de l’ombre en accordant une entrevue au journal Le Devoir il y a deux semaines, la seconde instigatrice, identifiée sous le nom de AA, préfère ne pas dévoiler son identité au public.

En tranchant en faveur de la requête de cette administratrice, le juge Peter Kalichman a ainsi fait preuve d'une sensibilité envers les victimes d’agressions sexuelles, estime l’avocate Virginie Dufresne-Lemire, qui représente les deux défenderesses dans ce dossier.

Cette décision envoie un message important, selon Me Dufresne-Lemire.

Ça démontre beaucoup d'empathie envers les victimes [...] et qu'on veut assurer leur sécurité.

Me Virginie Dufresne-Lemire

Le juge Kalichman a invoqué le fait que la défense prévoit présenter des arguments relatifs à la vie privée de AA, à savoir que celle-ci a elle-même été victime d’agression sexuelle.

Cet élément fera notamment partie de la défense, qui sera présentée dans 90 jours, et dans laquelle Me Dufresne-Lemire plaidera qu'exposer le véritable nom de AA pourrait nuire à son processus de guérison.

Lors du dépôt de la défense, une autre requête pour préserver l’anonymat de cette administratrice devra être présentée pour la suite des procédures.

L'auteur de la poursuite au civil, Jean-François Marquis, souhaite obtenir l'identité des créatrices de Dis son nom et la somme de 50 000 $ en dommages moraux et punitifs pour atteinte intentionnelle à ses droits après que son propre nom eut été ajouté à la liste des présumés agresseurs.

À notre sens, la façon dont on a fait les choses, c'est de se faire justice soi-même. On a présenté une liste d'agresseurs potentiels sans qu'il n'y ait eu aucune vérification qui soit faite, que la version des deux côtés soit entendue, soutient l'avocat de la poursuite Me Pierre-Hugues Miller.

On est dans un système de droit et quand on veut se créer notre propre système de justice parallèle, à mon sens, c'est le chaos.

Me Pierre-Hugues Miller, avocat du plaignant

L'avocate des deux accusées plaide l'intérêt public : En matière de diffamation, on a le droit de tenir des propos défavorables, mais véridiques, s'ils sont d'intérêt public. Nous avons l'intention de démontrer que c'est d'intérêt public ces dénonciations-là.

Les actes reprochés aux personnes qui figurent sur cette liste, qui a abondamment circulé sur les réseaux sociaux, n'étaient pas toujours indiqués. C'est le cas de ceux attribués à M. Marquis, qui souhaite également voir son nom disparaître de cette page.

Le plaignant est d'avis que sa réputation a été salie, sans que les personnes qui ont contribué à faire circuler son nom ne soient identifiées. En entrevue au journal Le Devoir, il a dit ne pas comprendre comment il a pu se retrouver sur cette liste.

La page Facebook Dis son nom, qui a dû migrer vers la plateforme Wordpress pendant que s'ajoutaient les noms de dizaines d'agresseurs allégués, est apparue dans la foulée de la dernière vague de dénonciations.

Au beau milieu de l'été, les réseaux sociaux ont été inondés de messages de femmes et d'hommes qui ont pris la parole, particulièrement sur Instagram, pour partager leur histoire et nommer ceux qu'ils présentaient comme des agresseurs. Les noms de personnes issues des domaines des arts de la scène, de la photographie et du tatouage ont ainsi été révélés.

C'est au milieu de ces centaines de témoignages alléguant diverses agressions et inconduites sexuelles qu'ont surgi les noms de personnalités connues, comme Maripier Morin et Julien Lacroix.

Le service de la clinique Juripop, qui offre un soutien juridique gratuit de façon confidentielle aux victimes, avait indiqué début juillet que sa ligne ne dérougissait pas. Il faut croire que la vague #MeToo n’était peut-être que la pointe de l’iceberg, avait alors déclaré sa directrice générale, Me Sophie Gagnon.

Avec les informations de Marie-Josée Paquette-Comeau

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