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Des entrepreneurs madelinots réclament de l’aide pour survivre à l'hiver

« Pour nous, les prochains mois s’annoncent très critiques et demandent une très bonne réflexion », affirme la directrice générale des Hôtels Accents.

La façade d'un hôtel avec une affiche où il est écrit "Auberge Madeli - Hôtels Accents".

« Il faut que les gouvernements nous aident pour qu’on puisse passer au travers. Les prochains mois s’annoncent critiques », mentionne la directrice générale des Hôtels Accents, Marie-Josée Miousse.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Plusieurs entreprises madeliniennes rapportent un manque à gagner dépassant les 50 % par rapport à 2019, après une saison estivale plombée par les restrictions d'accès en raison de la COVID-19. De nombreuses voix s'élèvent dans l'industrie touristique pour réclamer une aide gouvernementale spécifique aux Îles-de-la-Madeleine.

Pour le moment, on estime une perte d'environ 50 % à 70 % , affirme la directrice des Hôtels Accents, Marie-Josée Miousse. Le Château Madelinot, l'un des deux hôtels de l'entreprise a ouvert ses portes durant 11 semaines seulement, comparativement à 18 en temps normal.

On avait 87 réservations d’autobus, mais tout ça a été annulé en raison de la COVID et on a perdu six gros congrès et événements corporatifs, précise la gestionnaire de 176 unités d'hébergement.

Marie-Josée Miousse à la réception de l'hôtel

« On réalise que la situation est encore critique pour nous. On n’a pas de deuxième chance avant l’été prochain », affirme Marie-Josée Miousse.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les embûches liées à la COVID-19 ont été nombreuses pour les entreprises touristiques madeliniennes : confirmation tardive de la tenue d'une saison touristique en raison de la fermeture des frontières du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard, impossibilité de s’arrêter dormir dans ces deux provinces pour se rendre au traversier vers les Iles, limite de 35 000 visiteurs dans l'archipel et abandon de plusieurs liaisons aériennes d'Air Canada vers l'archipel.

L'été étant maintenant chose du passé, Marie-Josée Miousse appréhende les mois à venir. Sans aide gouvernementale, l’entreprise ne sait pas comment elle arrivera à débourser 80 000 $ par mois pour payer ses frais fixes.

On a de gros problèmes au niveau des dépenses fixes, admet-elle. On n’a pas encore de solution pour ça. On est vraiment en attente d’annonce, de programmes pour nous aider là-dedans du côté du provincial.

Ce n’est pas les quelques semaines qu’on a pu faire cet été qui vont nous permettre de passer à travers l’hiver.

Marie-Josée Miousse, directrice générale des Hôtels Accents

De son côté, Majorie Lapierre note une diminution d'au moins 50 % du nombre de nuitées dans son gîte de Bassin sur l'île du Havre Aubert.

Je trouve que les décisions ont été prises trop tard pour la saison touristique aux îles de la Madeleine, déplore Mme Lapierre. Il devrait y avoir de l’aide accordée aux gens qui ont perdu une bonne partie de leur saison touristique.

Majorie Lapierre devant son gîte en bardeaux gris

« Mon premier client est arrivé à la mi-juillet, indique Majorie Lapierre. J'ai seulement eu trois séjours en juillet comparativement à 20-30 séjours habituellement.»

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Québec a annoncé la réouverture des gîtes le 25 juin, une date tardive pour les visiteurs qui devaient avoir en main une preuve d’hébergement pour réserver à bord du traversier et traverser les Maritimes. Plusieurs ont donc préféré annuler leur voyage ou se tourner vers un autre type d’hébergement dont l'ouverture était déjà autorisée.

Je me suis retrouvée avec seulement trois réservations qui sont restées de l’hiver dernier, indique Majorie Lapierre, et pour le reste, j’ai dû recommencer à neuf avec des voyageurs de dernière minute.

J’ai presque perdu entièrement mon mois de juillet.

Majorie Lapierre, propriétaire du gîte chez Majo
Sonia Cormier devant la terrasse du restaurant Les Pas Perdus.

« On s’en sort, mais avec une diminution de chiffre d’affaires », affirme Nancy Cormier, copropriétaire des Pas Perdus.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Du côté de restaurant Les Pas Perdus, on estime que le manque à gagner s’élève à 70 % par rapport à l’été dernier.

On a de grosses baisses de chiffres d’affaires, admet la copropriétaire Nancy Cormier. Ça n’a rien à voir avec les années passées, mais on a un peu sauvé les meubles parce qu’on a réussi à garder au travail tous les employés qu’on a à l’année. C’est la subvention salariale qui a sauvé les emplois.

En raison de l’incertitude qui prévalait au printemps, l’entreprise a choisi de ne pas embaucher du personnel de l’extérieur des Îles, nécessaire pour servir des dîners et soupers sept jours sur sept, et d’ouvrir seulement cinq soirs par semaine. Moins de 20 employés étaient au travail cet été comparativement à une soixantaine au cours des derniers étés.

Des fermetures définitives appréhendées

Si Nancy Cormier croit que son entreprise saura se relever de la pandémie, elle s’inquiète pour d'autres joueurs de l'industrie touristique qui ont les reins moins solides.

Nous, ça fait 20 ans qu’on est là, dit-elle, mais beaucoup d’entreprises qui sont plus jeunes ne pourront pas passer à travers, parce que ça va en juin prochain avant d’avoir des entrées d’argent.

Je pense que l’aide va être essentielle si on veut sauver le plus d’entreprises possible. Plusieurs n’ont pas ouvert cette année, vont elles être capables de rouvrir l’année prochaine?

Nancy Cormier, copropriétaire Les Pas Perdus

Le comptable professionnel agréé Paul Boudreau partage cette inquiétude. Dans son bureau de Cap-aux-Meules, il constate déjà que les finances de plusieurs entreprises touristiques madeliniennes sont fragiles.

Il y a des entreprises qui vont avoir de la difficulté à passer au travers, souligne-t-il.

Ça n’a pas affecté toutes les entreprises touristiques de la même manière, précise M. Boudreau. Les entreprises de location qui louent des résidences se sont quand même assez bien tirées d’affaire. Par contre, les entreprises dans la restauration ont été grandement affectées. Il y en a qui n’ont pas ouvert du tout.

Le comptable s’attend à ce que l’offre de services s’amenuise en raison de la crise de la COVID-19.

On sait très bien qu’il y a peu de personnes qui vont investir pour prendre la relève dans le secteur touristique et de la restauration, c’est un problème. Ça va être difficile de remplacer ceux qui vont fermer.

Paul Boudreau, comptable professionnel agréé

Le député madelinot Joël Arseneau réclame depuis plusieurs semaines que Québec délie les cordons de la bourse pour venir en aide à l’industrie touristique madelinienne. Il attend toutefois le bilan officiel de Tourisme Îles de la Madeleine avant de chiffrer l'ampleur des besoins.

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