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Des virus de plus en plus résistants dans les lacs

Une opération de nettoyage a été menée au lac Saint-Joseph le 13 août 2020.

Des virus pathogènes présents à la surface des lacs pourraient évoluer et devenir plus résistants.

Photo : Radio-Canada / Maxime Denis

Radio-Canada

Des virus pathogènes présents à la surface des lacs pourraient évoluer et devenir plus résistants en raison du réchauffement climatique, augmentant ainsi les risques de contamination, affirment des scientifiques suisses.

Les changements climatiques mènent à des pics et à des vagues de chaleur. L’été 2020 en est un parfait exemple avec, au Québec, pas moins de 25 journées où les températures dépassaient 30 °C. La moyenne habituelle pour la même période est de 9 journées.

Des chercheurs du Laboratoire de chimie environnementale (LCE) de l’École polytechnique fédérale de Lausanne se sont intéressés aux entérovirus humains issus des selles qui se retrouvent à la surface des lacs lorsqu’ils sont rejetés dans les eaux usées.

Ces virus peuvent causer des infections gastro-intestinales, des méningites et même des problèmes cardiaques.

Normalement, dans la nature, ces virus sont rendus inoffensifs par la lumière du soleil, la température ou les bactéries présentes dans l’eau.

Or, les travaux de la Pre Tamar Kohn et de ses collègues montrent que ces entérovirus peuvent s'adapter à la température de l’eau.

Plus résistants aux désinfectants

Pour le montrer, ces chercheurs ont créé quatre populations d’entérovirus en les incubant dans des fioles d’eau de lac à 10 et 30 °C et en les exposant ou non à la lumière du soleil.

Leurs données montrent que les virus ayant survécu dans l’eau chaude devenaient de plus en plus résistants à la température, contrairement à ceux incubés dans l’eau froide.

Nous avons ensuite exposé les virus survivants au chlore, et constaté qu’ils étaient aussi devenus plus résistants à la désinfection aux produits chlorés.

Pre Tamar Kohn

Cela veut dire que des virus capables de survivre sous de hautes températures seront aussi difficiles à tuer lors des processus de traitement des eaux, explique la professeure.

Un danger nommé mondialisation

Ces résultats sont importants dans la mesure où le déplacement des marchandises, comme des fruits et légumes potentiellement contaminés, lié à la mondialisation, renforce le risque que des virus résistants voyagent d’une région du monde à une autre.

Un agent pathogène adapté à la chaleur des eaux d’un pays équatorial se retrouvant en Suisse aura de bonnes chances d’y survivre plus longtemps, car il résistera bien à la température locale. Le risque qu’il transmette une maladie, qu’elle soit bénigne ou très grave, comme la poliomyélite, sera donc plus élevé, expliquent les chercheurs dans un communiqué.

L’autre implication de la découverte est que s’il fait plus chaud, nous pourrions avoir davantage de régions du monde où les virus ont cette caractéristique de persistance, ajoute Tamar Kohn.

Pas directement à cause du réchauffement climatique qui, même s’il atteint 3 ° de plus, ne suffira pas à faire une différence, mais plutôt en conséquence des longues vagues de chaleur extrême.

Pre Tamar Kohn

L’équipe de recherche veut maintenant mener des expériences sur le terrain pour valider les résultats qu’elle a obtenus en laboratoire.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Environmental Science and Technology (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

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