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Projet de GNL Québec : Pêches et Océans Canada craint pour le béluga du Saint-Laurent

Deux bélugas

Une femelle béluga nage en compagnie d'un veau.

Photo : Radio-Canada / Jean François Bouthillette

Le passage de grands navires marchands dans l’estuaire du Saint-Laurent et dans l’embouchure du Saguenay nuit considérablement à la communication et aux activités du béluga.

C’est ce qu’a confirmé une chercheuse de Pêches et Océans Canada, vendredi matin, devant les membres de la commission d’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur GNL Québec.

Véronique Lesage, chercheuse scientifique à la Direction régionale des sciences chez Pêches et Océans Canada, a fait savoir que la préoccupation du bruit  est bien réelle  et qu’il  est faux de dire  que cet enjeu n’a pas d’impact sur l’espèce et sur la communication entre les animaux.

 Les dernières estimations de la population de bélugas montraient qu’elle est en déclin à un taux d’environ 1 % par année. Les données démontrent que beaucoup plus de femelles meurent en couche, et il y a plus de jeunes qui continuent de mourir à la naissance , a mis en contexte la Dre Lesage.

La spécialiste participait aux audiences par vidéoconférence depuis les bureaux de Pêches et Océans Canada à Mont-Joli. Cette séance n’était pas prévue au calendrier initial des audiences, mais la commission a ajouté une plage horaire afin de permettre à Pêches et Océans Canada de prendre part aux discussions et de répondre aux moult questions des participants en lien avec les impacts du projet sur les mammifères marins.

L’enjeu des répercussions du transport maritime sur les espèces marines a été soulevé à plusieurs reprises depuis le début des travaux de la Commission, lundi.

Deux bateaux sur le Saguenay.

Si les projets industriels se concrétisent tous, le trafic maritime dans le fjord du Saguenay et l’estuaire du Saint-Laurent va augmenter considérablement.

Photo : Radio-Canada

Une grande préoccupation

L’experte de Pêches et Océans Canada a fait valoir que la différence de bruit généré par un grand navire marchand comparativement à celui provoqué par un petit bateau est de 20 décibels. Concrètement, c’est donc dire que le bruit généré par un méthanier, par exemple, est environ 100 fois supérieur en termes de puissance acoustique qu’un navire de petite taille.

 Tout le monde s’entend pour dire que l’embouchure du Saguenay est le point névralgique du point de vue du bruit pour le béluga du Saint-Laurent , a relevé Véronique Lesage.

La chercheuse ajoute que l’augmentation de 10 % du trafic maritime en un seul projet, ce qu’engendrerait la construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel au port de Grande-Anse, n’a rien de banal.

Selon ce qu’a expliqué Véronique Lesage, la hausse de la fréquence de passage n’est pas à négliger non plus pour l’espèce, dont le bien-être dépend d’écarts silencieux.

Pêches et Océans Canada planche sur un programme de recherche de cinq ans qui permettra de mieux comprendre les impacts des navires marchands et la réaction des bélugas de façon à mieux les aider à gérer la menace.

Quant aux risques de collision entre bélugas et navires, Véronique Lesage a confirmé que ce facteur n’a pas été retenu comme un élément préoccupant par son ministère dans le cadre de l’étude d’impact du projet de GNL Québec.

Le sort du béluga inquiète aussi Parcs Canada

Pierre Beaufils était délégué à la commission du BAPE par son ministère, Parcs Canada. Il a expliqué que la Loi sur les espèces en péril fait en sorte que  tous les citoyens ont des responsabilités à cet égard .

Une participante s'adresse aux experts du BAPE dans une salle.

La séance du BAPE de vendredi matin a été l'occasion d'aborder les sujets du transport maritime et de la faune aquatique.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Le béluga du Saint-Laurent est sous la juridiction de Pêches et Océans Canada, mais 77 % du parc marin du Saguenay représente l’habitat essentiel du béluga et 37 % de la superficie du parc relève de Parcs Canada.

Une citoyenne a voulu savoir si d’autres espèces marines et terrestres font l’objet de préoccupations dans le cadre des études d’impact environnemental liées au projet industriel de GNL Québec.

Une soixantaine d’espèces présentes dans le Saguenay, dont certaines au statut précaire, seraient touchées.

Entre autres, Pêches et Océans Canada a cité le flétan, qui risque d’être affecté par la construction du terminal méthanier. Le rorqual bleu et la baleine noire, dont la présence épisodique a été remarquée dans l’estuaire du Saint-Laurent, font aussi partie des espèces touchées.

La perte de qualité de l’habitat est au cœur des préoccupations des scientifiques qui se penchent sur les conséquences du projet.

Les effets de la lumière du complexe sur certaines espèces comme différents types de chauve-souris et certains oiseaux migrateurs interpellent aussi les experts. Pour ce qui est du milieu aquatique, la pérennité du bar rayé et de l’omble de fontaine anadrome suscite aussi des inquiétudes.

GNL Québec, par la voie de sa porte-parole Stéphanie Fortin, a fait valoir qu’elle déposerait, à la Commission, une capsule détaillant l’ensemble des mesures d’atténuation que l’entreprise entend mettre de l’avant si son projet voit le jour. La compagnie a aussi produit une charte pour la protection des mammifères marins.

La directrice principale des Affaires publiques de GNL Québec, Stéphanie Fortin

La directrice principale des Affaires publiques de GNL Québec, Stéphanie Fortin, répond aux questions qui lui sont posées par les participants aux audiences du BAPE.

Photo : Radio-Canada / Rémi Tremblay

Transport Canada consacre des fonds

Transport Canada, par l’entremise de deux de ses intervenants, a expliqué à la Commission et à la vingtaine de membres du public présents à l’hôtel Le Montagnais qu’environ 25 millions de dollars sont investis pour financer la recherche entourant l’impact du transport maritime sur les mammifères marins.

Une dizaine de projets de recherche sont en cours. À titre d’exemple, une experte de Transport Canada a cité une étude réalisée par Varn Marine, qui a bénéficié de financement public, pour se pencher sur les différentes technologies disponibles afin d’atténuer le bruit sur les navires.

Cette même étude a d’ailleurs été déposée par GNL Québec dans son étude d’impact présentée en 2019.

Espèces invasives

Les contrecoups possibles du délestage d’eau de mer dans les eaux du Saguenay et de l’implantation, par l’entremise de navires, d’espèces invasives envahissantes pouvant menacer l’écosystème sont aussi l’une des préoccupations soulevées par certains scientifiques lors des audiences.

Faune et Parcs a fait savoir que l’impact de l’eau prise en haute mer, beaucoup plus salée par rapport à celle du Saguenay, sera pris en compte par le ministère de l’Environnement pour ses attributs contaminants.

En revanche, l’apport de l’eau salée dans l’eau douce ne présente pas une menace significative aux yeux de Transports Canada, selon ce qu’a rapporté une de ses personnes-ressources.

Ancrage à L’Anse-Saint-Jean

La question de l’ancrage de méthaniers à différents endroits le long du Saguenay comme L’Anse-Saint-Jean fait réfléchir certains citoyens.

GNL a précisé que cet élément fait partie de son plan de mesures d’urgence, mais que le fait que chaque méthanier soit accompagné d’un remorqueur lui permettrait de revenir à quai.

La directrice des affaires corporatives et des communications de GNL, Stéphanie Fortin, a confirmé qu’il n’y aurait pas d’ancrage de prévu en période hivernale et qu’un bateau immobilisé serait  piqué dans la glace .

Fiscalité

Le porte-parole de la Coalition Fjord est assis à la table des questions. D'autres participants se retrouvent derrière lui.

Adrien Guibert-Barthez, porte-parole de la Coalition Fjord participe à la période de questions.

Photo : Radio-Canada / Romy Boutin St-Pierre

Enfin, le co-porte-parole de la Coalition Fjord, Adrien Guibert-Barthez, a posé une question sur la fiscalité, dans le contexte où l’entreprise est financée par des intérêts étrangers.

Le promoteur a répondu à la question en disant que GNL Québec est une entreprise basée au Québec, et que sa structure fiscale est transparente et vérifiée.

Tony Le Verger, vice-président développement et finances, a assuré que GNL va  s’affranchir de toutes ses obligations fiscales au Québec , notamment en matière de taxes et impôts.

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