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Anxiété et surmenage pour une majorité de parents au terme du confinement

Un enfant avec un masque regarde par la fenêtre avec son toutou.

Le confinement a été dur pour les parents, selon les conclusions d'une étude.

Photo : getty images/istockphoto / Gargonia

Le confinement imposé par les autorités de santé publique a eu d'importantes conséquences pour les parents ontariens, selon les conclusions d'une nouvelle étude.

Près de 60 % des parents qui ont participé à cette étude ont présenté certains symptômes de dépression clinique pendant le confinement du printemps dernier, notamment une perte de sommeil et le sentiment d’être dépassé par les événements.

Ces résultats font partie d’un sondage publié par Offord Center for Child Studies de l'Université McMaster à Hamilton au début du mois de septembre.

Les chercheurs ont sondé 7434 aidants et parents, qui s'occupent de 14 000 enfants partout en Ontario, du 5 mai au 19 juin.

L'équipe de recherche a envoyé ce sondage en ligne aux parents d'enfants âgés de 0 à 17 ans par l'intermédiaire des bureaux de santé publique, d'agences de santé mentale, de centres de petite enfance et de conseils scolaires, ainsi que par les médias sociaux.

Les réponses ont révélé que les troubles de l'humeur étaient multipliés par 10 par rapport à l'année précédente et qu'un tiers des aidants ressentent une anxiété allant de modérée à sévère. Parmi ceux-ci, 32,6 % ont décrit leur anxiété comme légère et 12,3 % ont dit qu'elle était sévère.

Sondage fait par Offord Center for Child Studies de l'Université McMasterAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sondage fait par Offord Center for Child Studies de l'Université McMaster

Photo : Radio-Canada / CAMILE GAUTHIER

Nous posions des questions sur les différents types de symptômes liés à la dépression, soit 10 symptômes, que les gens avaient pu ressentir au cours des deux dernières semaines [durant la période de confinement], explique la co-auteure de cette étude et professeure adjointe de psychiatrie et de neurosciences comportementales à l’Université McMaster, Andrea Gonzalez. Elle ajoute que son équipe a utilisé une grille de questions utilisée dans les études épidémiologiques.

Il ne s'agit pas de savoir si quelqu'un souffre ou non d'un trouble dépressif majeur, ce n'est pas un outil diagnostic. L'idée, c'était vraiment de voir les niveaux de symptômes dépressifs que les gens peuvent ressentir durant cette période.

Andrea Gonzalez, professeure adjointe de psychiatrie à l'Université McMaster

Ces résultats ont surpris la chercheuse, même si son équipe s'attendait à ce que les familles aient rencontré des difficultés. Mais près de 60 % répondaient aux critères de dépression clinique, alors que dans une population, en général, on tourne plutôt autour de 20-25 % si on fait ce genre de sondage, dit-elle.

Parmi ces symptômes : la fatigue chronique, le manque d'énergie ou au contraire une grande agitation, des problèmes de sommeil, une diminution ou une augmentation de l'appétit, un sentiment de culpabilité persistant et une inquiétude constante.

Sondage fait par Offord Center for Child Studies de l'Université McMasterAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sondage fait par Offord Center for Child Studies de l'Université McMaster

Photo : Radio-Canada / CAMILE GAUTHIER

Un sentiment de surmenage

Ce sentiment de surmenage et cette anxiété permanente, Julie Lupetu, mère monoparentale de trois enfants à Windsor, l'a bien sentie.

C'était très stressant, seule avec mes trois enfants, il fallait s'occuper de tout : l'éducation, les surveiller, car ils sont jeunes, les tâches quotidiennes, le travail... C'est... inimaginable!, se rappelle-t-elle.

La mère de famille raconte qu'elle tentait de garder son calme, mais que parfois je commençais à crier, je me suis vue comme ça, à bout. Elle s'inquiétait particulièrement du fait que ses enfants ne prennent pas de retard en classe.

Julie Lupetu vit au Canada avec ses trois enfants depuis août 2018.

Julie Lupetu vit au Canada avec ses trois enfants depuis août 2018.

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Quand je suis stressée, cela s'exprime par la prise de poids, même si je ne mange pas, et des troubles de l'humeur, je m'irrite facilement. Tu es préoccupée, tu as ce sentiment qu'il y a tellement de choses à faire et tout t'énerve. C'est comme ça que je sais quand je suis anxieuse.

Julie Lupetu, mère de trois enfants

Le sport devant l'ordinateur, danser dans le salon avec la musique à fond, faire des vidéos et parler aux proches ont été quelques unes des activités salvatrices pour l'équilibre émotionnel de la famille, raconte-t-elle.

Des sentiments normaux

Le psychologue clinicien Pierre Faubert rappelle toutefois que ces sentiments, même s'ils sont difficiles à vivre, sont normaux dans un tel contexte. Ces symptômes sont vraiment liés à (...) une situation, un contexte bien précis, dit-il.

C'est pour cela qu'il est important de faire des suivis ensuite, selon lui.

Il faut des nuances, ce qu'on appelle la comorbidité, ce sont d'autres facteurs qui contribuent à des symptômes de dépression : l'anxiété, des problèmes de santé initiaux, d'autres difficultés comme des problèmes conjugaux, rappelle-t-il.

Le psychologue Pierre Faubert au micro radio de Radio-Canada

Le psychologue Pierre Faubert

Photo : Radio-Canada

Là on parle d'un lien spécifique entre la Covid et la dépression alors il faut vraiment situer ça, mais ça n'exclut pas qu'il peut y avoir d'autres facteurs qui peuvent aussi y contribuer.

Pierre Faubert, psychologue clinicien

Avoir plus de ressources

Selon Mme Gonzalez, ces résultats montrent la nécessité de ne pas sous-estimer ce que les parents et les familles traversent pendant de telles périodes d'isolement social et de confinement.

L'équipe de recherche partage maintenant ses conclusions avec les partenaires clés de la santé publique et les organismes responsables du soutien à la santé mentale des enfants et des jeunes.

L'objectif : trouver des façons stratégiques de soutenir les familles à distance. Pour cela, l'équipe fera un suivi avec les familles interrogées au printemps dernier afin de voir comment elles se portent maintenant que certains enfants retournent à l'école, mais qu'on se prépare aussi à la deuxième vague.

Une femme brune aux cheveux bouclés sourit, elle a les yeux bruns, elle est dehors, elle porte un chandail bleu

Andrea Gonzalez, professeure adjointe de psychiatrie à l'Université McMaster

Photo : Photo remise par Andrea Gonzalez

L'idée principale, c'est de faire passer le message que les familles sont en difficulté. Beaucoup de parents ont signifié avoir besoin d'aide pour leur propre santé mentale, leur stress et leur humeur. Comment pouvons-nous maintenant leur donner des conseils et des stratégies pour les aider à mieux faire face?

Andrea Gonzalez, professeure adjointe de psychiatrie à l'Université McMaster

M. Faubert rappelle qu'avec l'hiver et la dépression saisonnière qui sont à nos portes, il va falloir redoubler de prudence quant à la santé mentale des gens.

C'est important de faire des bilans de ce qu'on a vécu, des personnes qui restent dans notre entourage et sur qui on peut compter. Il faut mettre l'accent sur ce qu'on a réussi à faire pendant cette épreuve, conseille-t-il.

Les enfants mis de l'avant

Environ 40 % des parents ont déclaré que le comportement ou l'humeur de leurs enfants s'était détérioré pendant la période de confinement.

Mme Lupetu se souvient aussi de situations plus explosives à la maison.

La dernière semaine, ma fille de 7 ans, c'était vraiment difficile de la garder dix minutes devant l'ordinateur, elle était fatiguée et ne pouvait plus se concentrer. Il fallait même s'asseoir à côté d'elle pour s'assurer qu'elle faisait quelque chose, se souvient-elle.

Quelques autres résultats :

  • 45,6 % des personnes interrogées n'ont déclaré aucun changement dans leur consommation d'alcool
  • 37,5 % buvaient davantage
  • Parmi ceux qui consomment du cannabis, 87,5 % en consommaient davantage
  • 21 % des parents ont eu de longues disputes avec leurs enfants sur des problèmes de comportement
  • 40 % des parents ont dit avoir été plus durs avec leurs enfants lorsqu'ils étaient stressés ou bouleversés
  • 49 % ont déclaré avoir davantage de conflits avec leur partenaire ou leur conjoint

Pour la suite des choses, l'équipe de chercheurs compte d'ailleurs prendre davantage la santé mentale des enfants en ligne en compte dans son suivi.

Il y aura sans doute beaucoup d'anxiété et il faudra voir comment les enfants vivent aussi avec tout ça, conclut Mme Gonzalez.

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