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New York tente de se remettre en marche

Épicentre américain de la pandémie de COVID-19 au printemps, la ville de New York a repris le contrôle, mais doit maintenant faire face à des défis économiques.

Une femme court dans le quartier de Brooklyn, à New York.

La vie reprend progressivement à New York, qui était l'épicentre de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis au printemps.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

« On est dans un quartier qui revient de loin », lance le Dr Julien Cavanagh.

Lors de notre première rencontre, en avril, la rue devant l’hôpital SUNY, à Brooklyn, était fermée à la circulation. Des tentes avaient été installées à l’extérieur pour dépister les dizaines de patients qui arrivaient chaque jour.

Derrière un autre centre hospitalier du quartier, des camions frigorifiques avaient été stationnés pour entreposer des corps.

Deux travailleurs de la santé marchent dans la rue.

Des travailleurs de la santé près de l'hôpital SUNY, à Brooklyn.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Aujourd’hui, le décor a radicalement changé. Les piétons circulent, masqués, dans la rue devant l’hôpital. À quelques centaines de mètres, on aperçoit des enfants jouer dans un parc qui était fermé à clé au printemps.

Si la vie reprend, même timidement, c’est que le portrait sanitaire s’est, lui aussi, transformé.

En avril, New York était l’épicentre de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis. Le virus a fait environ 20 000 victimes dans la métropole.

Au pire de la crise, on dépistait plus de 5000 nouveaux cas positifs chaque jour. À la mi-septembre, la moyenne quotidienne était de moins de 300 cas.

La population et les pouvoirs publics ont été tellement traumatisés par cette vague et ce nombre apocalyptiques de morts dans la ville et dans l’État que ce retour à la normale se fait très doucement.

Julien Cavanagh, médecin

Le médecin explique que beaucoup de New-Yorkais auraient déjà été exposés au virus. Les Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis (CDC) évoquent une proportion de 22 %.

Le médecin franco-américain Julien Cavanagh.

Le médecin Julien Cavanagh constate que le décor a changé autour de l'hôpital SUNY de Brooklyn.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Julien Cavanagh attribue surtout le faible taux d’infection aux mesures mises en place par les autorités, comme les opérations de traçage de contacts et un dépistage massif. Environ 30 000 tests sont menés chaque jour.

Les visiteurs venant d’États considérés comme étant à risque, compte tenu de leur taux d’infection, doivent également s’isoler à leur arrivée dans l’État de New York.

Dans la métropole, la reprise des activités se fait aussi de manière progressive. En fait, les salles à manger des restaurants sont toujours fermées. Elles ne pourront rouvrir leurs portes qu’à la fin du mois, et leur capacité devra être limitée à 25 %.

Une ville en adaptation

Les restrictions toujours en vigueur ont poussé résidents et entrepreneurs à s’ajuster. Les terrasses, qui étaient plutôt rares à New York, sont apparues un peu partout, empiétant sur les rues.

Une terrasse sur une avenue de Manhattan, à New York.

Des terrasses sont apparues un peu partout dans les rues de New York, comme ici à Manhattan.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Ça a poussé comme des champignons, lance Antoine Clément, qui vit dans la région new-yorkaise depuis près de huit ans.

S’il voit ces nouveaux espaces d’un bon œil, il constate que la ville est loin d’avoir retrouvé sa vigueur.

Les parcs et les avenues sont évidemment plus vivants que pendant les mesures de confinement du printemps. Mais la circulation demeure plutôt fluide par rapport aux importants bouchons qui caractérisent habituellement cette semaine d’Assemblée générale des Nations unies.

Comme bien des destinations touristiques à travers le monde, New York s’est vidée de ses visiteurs internationaux. Ces dernières semaines, les médias locaux ont également fait grand cas de résidents qui ont choisi de quitter la région.

Times Square, à New York.

L'activité est plus importante qu'en avril à Times Square, qui demeure déserté par les visiteurs internationaux.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

J’ai 15 unités sur mon étage. En l’espace de six mois, cinq familles ont déjà quitté, explique Antoine Clément.

Cet été, la firme Douglas Elliman a constaté un taux d'inoccupation historique dans certains quartiers de la ville et une baisse des loyers d’une ampleur jamais vue en neuf ans.

Antoine Clément souligne qu’avec l’incertitude, notamment quant à la reprise des activités culturelles qui demeurent suspendues, New York perd de son attractivité.

La vie coûte très cher, c’est très dense. On n'a pas de balcon, on n'a pas de cour. Mais ces sacrifices-là sont appliqués parce qu’il y a des bénéfices et là, soudainement, il y a des bénéfices qui ont disparu.

Antoine Clément

Certains commerces à la croisée des chemins

À New York, où le taux de chômage est de 12,5 %, cette incertitude s’accompagne de difficultés économiques.

Dans l’arrondissement de Brooklyn, la pâtisserie BCakeNY a dû revoir son modèle d’affaires. Le commerce se spécialisait dans les mariages et les grands événements, qui demeurent interdits. On y vend maintenant de petits gâteaux, ce qui a permis à la boutique de garder ses portes ouvertes.

Une cuisine dans laquelle on prépare des gâteaux, à New York.

Dara Roach et l'équipe de BCakeNY à Brooklyn ont réévalué leur modèle d'affaires pour s'ajuster à la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Mais dans le quartier, on aperçoit plusieurs locaux commerciaux vacants.

C’est une grande crainte, parce que si le bloc se vide, il y aura moins de trafic piétonnier, peut-être davantage de crimes, et plus personne ne voudra venir, lance la présidente-directrice générale de la pâtisserie, Dara Roach, qui demande plus de flexibilité à la ville en matière de réglementation.

Résilients, certains commerçants refusent d’abandonner. C’est le cas de Jimmy, rencontré non loin de la pâtisserie, qui s'affaire à adapter la terrasse de son restaurant pour l’hiver. Il s’attend à ce que les restrictions demeurent en vigueur pour un moment.

Un restaurateur en train de faire ses travaux sur la terrasse de son établissement.

Des restaurateurs comme Jimmy tendent d'adapter leur terrasse en vue de l'hiver, qui s'annonce difficile.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

La dernière chose que les New-Yorkais veulent, c’est une nouvelle vague de l’épidémie qui forcerait à tout fermer, parce que là, on sait que l’économie de la ville aurait vraiment du mal à s’en remettre, note le médecin Julien Cavanagh, expliquant le dilemme auquel sont confrontés les dirigeants et les résidents de la plus grande ville des États-Unis.

On espère finalement que contrôler l’épidémie, empêcher une deuxième vague, c’est ça, la leçon que New York doit enseigner aux États-Unis et au monde, conclut-il.

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