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Port du masque à l’école : vers un équilibre raisonnable

Un enfant en pantalon court porte un masque sur le visage. Il marche et a un sac à dos.

Certains parents demandent des exemptions pour que leurs enfants ne portent pas le masque à l'école.

Photo : Reuters / Leonhard Foeger

Radio-Canada

Certains parents demandent que leurs enfants ne portent pas le masque à l’école. Le gouvernement manitobain l’impose pour les élèves de la 4e à la 12e année. Pour certains professionnels de la santé, du droit et de l’éthique, cette question du port du masque doit être évaluée dans le respect des uns et des autres.

La question de l'exemption du masque est complexe. Le microbiologiste Philippe Lagacé-Wiens rappelle que, pour la justifier, les maladies respiratoires doivent être aiguës ou graves . Les personnes asthmatiques, par exemple, ne sont pas nécessairement incluses dans cette catégorie.

Le spécialiste donne un exemple concret, celui d'une personne qui ne peut pas se servir d’un bras ou de ses deux bras en raison d’un accident vasculaire ou d’une paralysie. Ce genre de situation peut permettre de mener à une exemption assez facilement.

L'âge en question

Une autre des caractéristiques évaluées, selon le Collège des physiciens et chirurgiens du Manitoba, est celle de l’âge. Les enfants de moins de 5 ans peuvent parfois faire l’objet d’une exemption du port du masque.

Selon les lignes directrices de la province, les divisions scolaires peuvent accorder des exceptions au port obligatoire du masque pour certaines circonstances exceptionnelles.

Parmi les circonstances exceptionnelles acceptées par la province :

  • les enfants de moins de 2 ans;
  • les personnes, en particulier les enfants, souffrant de troubles sensoriels;
  • les personnes présentant des déformations faciales incompatibles avec le port du masque
  • les personnes atteintes de troubles de stress post-traumatique;
  • un stress incontrôlable est déclenché par le port du masque.

Philippe Lagacé-Wiens tente donc de clarifier les recommandations pour les enfants entre 2 et 5 ans. Selon lui, un médecin doit évaluer les capacités cognitives et intellectuelles de l’enfant dans cette tranche d’âge.

Malgré les recommandations, plusieurs zones demeurent nébuleuses, selon Philippe Lagacé-Wiens. Le problème des crises de panique associées au port du masque en fait partie.

Il existe certainement un problème de subjectivité, car chaque médecin n’aura pas la même interprétation des conditions du patient et des recommandations de la province.

Phlippe Lagacé-Wiens, microbiologiste

Selon la province, le port d’un masque non médical est une routine que les jeunes pourraient pratiquer à la maison.

Combien d'exemptions dans les écoles?

Radio-Canada a tenté d’obtenir le nombre d’exemptions du port du masque dans les écoles auprès de la Manitoba School board Association, qui n'a pas divulgué ces informations.

Radio-Canada a donc effectué un échantillonnage auprès de quatre divisions scolaires de la province au sujet du nombre d’exemptions du port du masque. Toutes ont répondu avoir eu des demandes d’exemption et en avoir accepté certaines.

Quelques exemptions

  • Division scolaire de Southwest Horizon (13 écoles) : 1 élève exempté
  • Division scolaire de Beautiful Plains (15 écoles) : 15 élèves exemptés
  • Division scolaire de Pine Creek (14 écoles) : 2 élèves exemptés
  • Division scolaire franco-manitobaine (24 écoles) : 7 élèves exemptés

Selon Jason Young, superintendant de la division scolaire de Beautiful Plains, ces demandes d’exemption ne sont pas une surprise.

Nous sommes une petite division scolaire, avec 2000 élèves, et donc, nous connaissons bien nos familles, explique-t-il. Nous avons travaillé avec ces 15 élèves pour trouver des arrangements et assurer la sécurité de tout le monde.

Si dans certains cas, exemptions et arrangements sont permis et mis en place, ce n’est pas toujours le cas.

Jusqu’où pour la liberté?

Au début du mois de septembre, un parent d’élèves de la DSFM s’est vu refuser par la division scolaire que ses enfants obtiennent le droit de fréquenter l’école sans masque. Celui-ci s’est alors tourné vers la justice, mais a finalement été débouté.

L’avocate Nicole Deniset rappelle que l’obligation d'adaptation, imposée aux fournisseurs de services par le code manitobain des droits de la personne, n’est pas toujours possible si elle comporte des risques sur le plan de la santé.

Par ailleurs, elle rappelle que les libertés individuelles sont garanties par la Charte canadienne des droits et des libertés.

C’est vrai qu’elle nous offre certaines libertés individuelles comme celle d’exception ou liberté de conscience… Cependant, ces libertés ne sont pas sans limites.

Nicole Deniset, avocate

L’avocate souligne que ces libertés peuvent aussi être restreintes dans certaines circonstances.

Par exemple, il se pourrait que les risques posés par une pandémie justifient une atteinte minimale à nos droits individuels pour atteindre un objectif commun et important pour la société : celui d’aplatir la courbe, précise-t-elle.

Des exemptions raisonnables

La possibilité d'une atteinte minimale à nos droits individuels, c’est aussi ce à quoi croit Arthur Schafer, professeur et directeur du centre d'éthique appliquée et professionnelle, spécialiste de la bioéthique.

Selon lui, la liberté collective prévaut sur la liberté individuelle et si, par exemple, dans le cas où le respect de la distanciation physique est impossible, il est normal que le gouvernement restreigne les libertés. Cependant, il ajoute que des exemptions doivent aussi avoir lieu.

Si nous voulons avoir le plus possible d’enfants en classe, il est raisonnable de mettre en place quelques exemptions à condition que ce ne soit pas pour la seule préférence des parents, explique le professeur avant de rappeler que, chaque fois qu’une exemption est validée, le risque de contamination augmente.

Selon Nicole Deniset, la question du port du masque à l’école représente un véritable défi pour le gouvernement et les divisions scolaires, qui doivent tenter de trouver un équilibre raisonnable entre nos protections individuelles et nos objectifs collectifs en tant que société .

Avec les informations de Zoé Le Gallic-Massie

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