•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’avenir du gaz naturel au cœur des audiences du BAPE

Denis Bergeron lors des audiences sur le projet Énergie Saguenay.

Le président du BAPE sur GNL Québec, Denis Bergeron.

Photo : Radio-Canada / Rémi Tremblay

Selon un expert du ministère de l'Environnement, dans un horizon de 10 à 30 ans, le gaz naturel ne sera probablement plus considéré comme une énergie de transition. Dans ce contexte, plus le temps avance, plus le projet de GNL Québec à La Baie pourrait avoir de la difficulté à trouver l’acceptabilité sociale.

En 2030, il va être moins [considéré comme une énergie de transition]. En 2040, encore moins. En 2050, encore moins , a tranché l’expert en émissions de gaz à effet de serre du ministère de l’Environnement du Québec, Sergio Cassanaz.

Du même souffle, le spécialiste a indiqué que si le Québec pouvait se débarrasser des hydrocarbures demain matin, il le ferait, mais qu'il faut admettre que la plupart des gens qui se sont déplacés pour regarder les audiences ne se sont pas déplacés en marchant ni en vélo.

Sergio Cassanaz répondait à Raymonde Tourigny, qui a posé une question par téléphone lors de la quatrième journée des audiences du BAPE sur le projet d’implantation d’un terminal méthanier à La Baie par l’entreprise GNL Québec. Le projet est évalué à 9 milliards de dollars.

Raymonde Tourigny estime que les délais s’accumulent pour GNL Québec et l’implantation de son usine .

On attend même un BAPE sur le gazoduc pour l’alimentation de l’usine. On attend une confirmation d’investissement parce que les finances sont fragilisées. Les designs pour les méthaniers ne sont pas encore faits. Il n’y a pas non plus de contrat d’achat , a mis en contexte la participante.

Elle a soulevé l’hypothèse voulant que le gaz naturel, aujourd’hui considéré comme une énergie de transition, ne sera plus perçu de la même façon dans 10 ans.

Comptabilisation des GES

Le dossier complexe de la comptabilisation des gaz à effet de serre (GES) et de leur attribution aux différents pays qui pourraient acheter le gaz naturel liquéfié produit par GNL Québec à Saguenay a fait l’objet de discussions étoffées.

L’un des deux commissaires, Laurent Pilotto, a fait savoir dès l’ouverture des audiences que cette question l’avait titillé la veille et qu’il souhaitait obtenir des précisions.

La nuit porte conseil. Nous avons tous poursuivi notre réflexion à la suite de la séance d’hier , a-t-il exposé en guise de prélude.

Laurent Pilotto a rappelé que le gaz naturel utilisé par GNL Québec proviendrait de l’Alberta et serait acheminé vers l’Ontario par l’entremise d’un gazoduc du réseau de TC énergie. Une nouvelle conduite annexée à l’actuel pipeline serait construite par l’entreprise Gazoduq, partenaire de GNL Québec. L’ajout s’échelonnerait sur environ 100 kilomètres en Ontario et sur 650 kilomètres sur le territoire du Québec.

Le gazoduc, du moins, la partie québécoise, sera assujetti à une reddition de compte québécoise. Qu’en est-il de l’autre partie? Comment les GES associés à ce gaz-là vont être comptabilisés? , a questionné le commissaire Pilotto.

Laurent Pilotto et Denis Bergeron dans la salle des audiences.

Les deux commissaires, Laurent Pilotto et Denis Bergeron.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Il a rappelé que le promoteur a soutenu que tous ses clients potentiels se trouvent dans des pays d’Europe et d’Asie qui ont signé l’Accord de Paris. L’entente vise la réduction des gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique.

À la lumière de cet engagement, comment les émissions de GES sur l’ensemble du cycle de vie, de l’extraction jusqu’à la combustion, devrait être comptabilisées? , a renchéri le commissaire.

S’en est suivi un long échange impliquant les représentants de GNL Québec et les personnes-ressources du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec.

Sergio Cassanaz est revenu à la charge pour expliquer que toutes les émissions sont imputables à la province qui les a émises.

Pour ce qui est du transport, les GES sont imputables aux provinces qu’il traverse donc aux provinces de l’ouest à l’Ontario et de l’Ontario au Québec. Pour ce qui est de l’usine de liquéfaction, ils sont imputables au Québec et au Canada , a mis en contexte le spécialiste.

Sergio Cassanaz a aussi déclaré que plusieurs méthodes sont utilisées pour comptabiliser les émissions et que la distribution est calculée à la fois en fonction des émetteurs et des consommateurs.

Chaque pays est obligé de faire des bilans rigoureux qui reflètent, dans le meilleur des connaissances techniques, les émissions de GES que chaque pays émet. Je n’ai pas de doute que dès le moment où le projet GNL Québec entrera en service, toutes les émissions vont être reflétées dans notre inventaire, du Québec et du Canada, et dans les bilans des pays qui sont acheteurs. Moi, je n’ai aucun doute là-dessus , a insisté l’expert.

Là où la situation se corse, a convenu Sergio Cassanaz, est le volet transport puisque le passages des navires dans les eaux internationales présente un aspect nébuleux et rend impossible l’attribution à un pays en particulier.

Par contre, ces émissions sont minimes par rapport aux émissions globales qui seraient générées par la mise en service de l’usine baieriveraine, a-t-il précisé.

GNL Québec estime que son projet de complexe méthanier générera 421 000 tonnes de GES par année, ce qui selon elle, équivaut à presque 85 % de moins que des usines de gaz naturel liquéfié aux États-Unis. La compagnie s’est engagée à la carboneutralité.

Dominic Champagne

Le metteur en scène et militant écologiste Dominic Champagne a participé aux audiences pour une deuxième journée consécutive. Le porte-parole du Pacte pour la transition a rappelé que le but de ce projet-là, c’est d’extraire une bonne partie du gaz de l’Ouest, de venir le liquéfier ici et l’amener dans d’autres pays .

Dominic Champagne à l'entrée d'un hôtel.

Le militant écologiste Dominic Champagne assiste aux audiences du BAPE au sujet de GNL Québec à Chicoutimi.

Photo : Radio-Canada

Dans le contexte où il s’agit de l’un des projets les plus importants de l’histoire du Québec , il a réclamé que soit réalisée une étude indépendante permettant de valider les prétentions de GNL Québec au sujet de la carboneutralité du projet.

Le président de la commission, Denis Bergeron, a rabroué Dominic Champagne à plusieurs reprises au cours de son intervention et l’a imploré de venir à bout de son préambule et de cesser d’émettre des opinions.

Patrick Bonin, de Greenpeace Québec, a aussi été rappelé à l’ordre, alors que le président lui a demandé plusieurs fois : Il est où votre point d’interrogation? . Patrick Bonin a participé par vidéoconférence mardi, mais il était présent à l’hôtel Le Montagnais jeudi pour poser sa question.

Le promoteur table sur des hypothèses qui mènent vers un réchauffement planétaire supplémentaire plus élevé que deux degrés Celsius. Ce n’est pas un scénario aligné avec la cible de 1,5 degré Celsius (de l’Accord de Paris). Le promoteur peut-il arriver avec un scénario qui montrerait que ce projet s’insère dans ce que la science exige, soit la carboneutralité en 2050? , a-t-il questionné.

Patrick Bonin à l'extérieur de l'hôtel Le Montagnais.

Le responsable de la campagne climat-énergie chez Greenpeace, Patrick Bonin, a pris la parole lors des audiences.

Photo : Radio-Canada / Catherine Gignac

Les impacts sur le tourisme considérés par GNL Québec

Joseph Simard, qui s’est notamment défini comme un expert en comportement de touristes, est intervenu pour dire que le passage de navires dans le fjord n’était pas nécessairement mal vu par tout le monde.

En lien avec les impacts sur le tourisme, la porte-parole de GNL, Stéphanie Fortin, a affirmé que son entreprise a des préoccupations liées à l’industrie touristique régionale et qu’un comité consultatif a été mis en place pour se pencher sur la question des impacts du trafic maritime dans le fjord.

Le responsable du développement régional chez GNL Québec et ex-politicien Stéphan Tremblay a pris la parole pour rappeler qu’il est lui-même membre de l’Association touristique régionale et qu’il a à cœur cet enjeu fondamental pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Des inquiétudes, oui, il y en a. Peut-être parce qu’on ne connaît pas le type et la grosseur du navire [qui transporterait le gaz naturel liquéfié]. Sur cette base d’inquiétude, nous avons décidé de créer un groupe pour s’assurer de répondre aux plaintes et trouver une façon de déterminer quand les navires pourraient passer pour ceux qui ont des craintes , a énoncé Stéphan Tremblay.

Selon lui, ce qui pose le plus grand préjudice au tourisme en lien avec le projet de GNL Québec demeure le fait que des gens affirment que le fjord ne serait plus ce qu’il est avec le passage des méthaniers. Ce n’est pas le cas, croit Stéphan Tremblay.

GNL Québec estime qu’entre 150 et 200 bateaux de plus par année mouilleraient les eaux du Saguenay après la mise en service du complexe.

Des mesures prévues en cas de panne électrique

Les audiences de jeudi ont aussi permis d'apprendre que GNL Québec a élaboré des mesures précises en cas de panne d'électricité. Le projet est tributaire de l'implantation d'une ligne de 550 MW par Hydro-Québec, dont les coûts seraient entièrement assumés par GNL Québec. L'alimentation en hydroélectricité est l'un des éléments phares du projet de l'entreprise puisque GNL se targue d'utiliser de l'énergie propre pour liquéfier le gaz naturel.

Si le promoteur estime que le scénario d'une panne électrique est peu probable en raison de la fiabilité du réseau, son représentant, Denis Rivard, a précisé qu'un plan en trois séquences a tout de même été prévu.

Il a expliqué qu'après deux secondes, des équipements seraient fermés, dont le gazoduc. Après 30 secondes d'interruption, des générateurs de secours seraient déployés et des systèmes de sécurité mis en marche.

Après huit heures, on commencerait à dépressuriser les systèmes d'hydrocarbures.

Denis Rivard, GNL Québec

Ces précisions ont été apportées à la suite d'une question posée par le participant Jean Paradis.

Denis Rivard a ajouté que si l'usine était privée d'électricité pendant une longue période, un système de chauffage à l'azote serait mis à profit. L'azote proviendrait du complexe lui-même et pourrait aussi être acheminé par transport routier.

La centrale est conçue pour s’arrêter en toute sécurité. Nous pouvons rester en mode pause pendant quelques jours, a-t-il affirmé. Denis Rivard n'a cependant pas pu dire pendant combien de temps les installations pourraient être maintenues sans courant.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !