•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Archives

1970 : le Canada plongé dans la crise d’Octobre

L'annonceur Gaétan Montreuil lisant le Manifeste du PLQ le 8 octobre 1970.

Il y a 50 ans, la crise d'Octobre secouait le Québec et le Canada.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les événements qui ont débuté le 5 octobre 1970 se classent parmi les plus graves crises politiques que le Canada ait eu à affronter. Revoyons les principales étapes de cette crise grâce à nos archives.

Le Québec à l'aube d'octobre 1970 : une société en profonds changements

Au début de la décennie 1970, la société québécoise connaît de rapides et profonds changements.

Depuis 1960, la province se transforme et les Québécois francophones s’affirment au rythme des réformes apportées par la Révolution tranquille.

Mais en 1970, le Québec est en mauvaise posture économique. Le taux de chômage a doublé depuis 1966.

Par ailleurs,  les meilleurs emplois et le contrôle de l’économie du Québec appartiennent encore généralement à des membres de la communauté minoritaire anglophone.

Plusieurs Québécois francophones doivent travailler en parlant anglais.

Des conflits syndicaux, parfois violents, perturbent les relations de travail dans la province.

Dans ce contexte qu’ils estiment injuste, certains Québécois se radicalisent dans les années 1960.

C’est le cas notamment des membres du Front de libération du Québec (FLQ) fondé en 1963.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Format 60, 14 octobre 1970

Le 14 octobre 1970, dans le cadre de l’émission Format 60, le journaliste Louis Martin interviewe le rédacteur en chef de Québec-Presse Gérald Godin sur ce qu’est le FLQ.

Godin nous explique les principales motivations de ce réseau et les actions que certaines de ses cellules militantes ont entreprises entre 1963 et 1970.

Pendant cette période, plusieurs membres du FLQ sont arrêtés et emprisonnés.

En octobre 1970, le FLQ réclame depuis quelque temps déjà la libération de ces 23 prisonniers politiques.


5 octobre

Le 5 octobre 1970, la cellule Libération kidnappe James Cross, qui est attaché commercial au consulat du Royaume-Uni à Montréal.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le Canada en 1970, 29 décembre 1970

Comme le rappelle la revue de l'année Le Canada en 1970, animée et narrée par Jean-Claude Nolet et diffusée le 29 décembre 1970, ce jour-là, le diplomate britannique a été enlevé à sa résidence de Westmount.

Une vaste opération policière est déclenchée pour le retrouver.

L’événement crée la surprise et provoque une commotion au Canada.

En conférence de presse, le premier ministre du Québec Robert Bourassa exprime sa stupéfaction de voir qu’un tel geste est commis dans une société libre et démocratique comme le Québec.

Les ravisseurs de James Cross ont des exigences pour sa libération.

Ils demandent notamment la libération de 23 prisonniers politiques et un sauf-conduit pour quitter le Canada sans être inquiétés par la police.


8 octobre

Pour libérer James Cross, la cellule Libération exige que le Manifeste du FLQ soit lu sur les ondes de la télévision et de la radio de Radio-Canada.

Le 8 octobre, les autorités fédérales et provinciales acceptent cette condition. On croit que cela pourrait épargner la vie du diplomate britannique.

Lors d’une émission spéciale, l’animateur Gaétan Montreuil fait la lecture sur les ondes du Manifeste du FLQ alors qu'un grand nombre de Canadiens écoutent le bulletin de nouvelles.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Émission spéciale, 8 octobre 1970

Voici l’intégrale de cette lecture faite par Gaétan Montreuil.

Dans ce Manifeste, le FLQ réitère ses exigences pour libérer l'otage.

Le Manifeste condamne par ailleurs la société coloniale qu’impose au Québec le régime fédéral canadien. Il exhorte les Québécois à faire l’indépendance du Québec pour briser ce joug.

C’est aussi à une révolution de type socialiste pour rompre le carcan capitaliste dans lequel vit la société québécoise que le Manifeste appelle de ses souhaits.


10-11 octobre

Vers 18 heures, le 10 octobre, le ministre de la Justice du Québec, Jérôme Choquette, rejette la demande d’un sauf-conduit pour les membres de la cellule Libération.

Quelques minutes plus tard, la cellule Chénier enlève Pierre Laporte, ministre de l'Immigration, du Travail et de la Main-d'œuvre du Québec, à sa résidence de Saint-Lambert.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Adresse et enseigne de la résidence de Pierre Laporte « Pierre Laporte avocat ».

Téléjournal, 10 octobre 1970 (audio)

Photo : Radio-Canada

L'annonce est confirmée en direct au Téléjournal du 10 octobre 1970 qu'anime Bernard Derome. Le journaliste René Mailhot détaille les événements entourant cet événement.

Seulement la bande son de cette émission est disponible.

La nouvelle, cinq jours après l’enlèvement de James Cross, provoque une commotion de même qu’une sérieuse escalade dans la crise d’Octobre.

Le 11 octobre, la station radiophonique CKAC de Montréal reçoit un communiqué émis par la cellule Chénier.

Ce dernier inclut une lettre qu’a écrite Pierre Laporte au premier ministre du Québec Robert Bourassa.

Dès que la nouvelle a été apprise, Radio-Canada présente un bulletin spécial avec l’animateur Bernard Derome et le journaliste Claude-Jean Devirieux.

En voici l’intégrale.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Bulletin spécial, 11 octobre 1970

Bernard Derome et Claude-Jean Devirieux expliquent les circonstances qui ont amené à la découverte du communiqué dans une poubelle du centre-ville de Montréal.

Puis Claude-Jean Devirieux détaille le contenu de la lettre de Pierre Laporte à Robert Bourassa que le ministre décrit comme étant la plus importante que j’écris de toute ma vie.

Le ministre de l'Immigration, du Travail et de la Main-d'œuvre du Québec demande au premier ministre du Québec d’agir pour libérer ceux que le FLQ appelle les prisonniers politiques.

Pierre Laporte exhorte aussi Robert Bourassa de faire cesser les recherches policières et que ces dernières ne reprennent pas sans qu’il le sache.

Le double enlèvement d’un diplomate étranger et d’un ministre du gouvernement du Québec secoue profondément les autorités.

Le 12 octobre, le gouvernement du Québec déménage à l’hôtel Reine Elizabeth de Montréal.

À Ottawa, l’armée garde certains édifices gouvernementaux de même que certaines personnalités politiques.

Le premier ministre canadien Pierre Elliot Trudeau prépare aussi sa réplique.


13-16 octobre

Le 13 octobre, un journaliste du réseau de la télévision anglaise de Radio-Canada interviewe devant le Parlement du Canada le premier ministre Pierre Elliott Trudeau sur la crise qui secoue le pays.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le Point, 3 octobre 1995

En voici un extrait sous-titré rediffusé par l'émission Le Point du 3 octobre 1995 qui a particulièrement fait sensation et fait partie dorénavant de l’histoire politique du Canada.

Au journaliste Tim Ralfe, le premier ministre canadien parle de la nécessité d'entreprendre des actions pour se protéger et ramener l'ordre au Québec.

Pierre Elliott Trudeau souligne son peu de considération pour les gens qui s’opposent à d’éventuelles mesures musclées avec lesquelles les forces de l’ordre pourraient intervenir.

Tim Ralfe lui demandant alors jusqu'où irait le premier ministre dans la suspension des libertés civiles pour maintenir l'ordre, Trudeau lui répond « Well, just watch me ». (Traduction libre :Regardez-moi aller)

Dans la nuit du 15 au 16 octobre, le gouvernement canadien adopte, en passant par-dessus la procédure parlementaire normale, la Loi sur les mesures de guerre.

L'application de la Loi sur les mesures de guerre est réclamée depuis quelque temps par les gouvernements du Québec et de la Ville de Montréal.

Les libertés fondamentales sont suspendues, l’armée se déploie dans les rues de Montréal et l'on procède à des centaines d’arrestations sans besoin d'avoir un mandat.

Dans le cadre de l'émission Télémag du 30 septembre 1980, le journaliste Marc Laurendeau interviewe Gérald Godin qui a été l'un de ceux qui ont été arrêtés et emprisonnés en utilisant la Loi des mesures de guerre.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Télémag, 30 septembre 1980

Le rédacteur en chef de Québec-Presse nous explique comment son arrestation s’est passée.

L’interview avec Gérald Godin est suivie d’une brève entrevue avec le policier Donald McLeery qui a participé aux arrestations.


17 octobre

Le lendemain de l’adoption de la Loi sur les mesures de guerre, la cellule Chénier nous apprend qu’elle a exécuté Pierre Laporte.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Voiture de police avec gyrophares en marche.

Annonce de la mort de Pierre Laporte, 17 octobre 1970 (audio)

Photo : Radio-Canada

Cette nouvelle est relayée par la radio de Radio-Canada le 17 octobre par l'animateur Bernard Derome et le journaliste René Mailhot.

Le journaliste de CKAC Mychel Saint-Louis est celui qui a reçu le communiqué du FLQ annonçant l’exécution de Pierre Laporte.

Il est aussi l'une des premières personnes à avoir trouvé la voiture dans laquelle était dissimulé le cadavre du ministre de l'Immigration, du Travail et de la Main-d'oeuvre du Québec et à avoir vu sa dépouille.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Émission spéciale, 8 novembre 1970 (non-diffusée)

Dans cet extrait d'une émission spéciale, datée du 8 novembre 1970 mais jamais diffusée, Mychel Saint-Louis raconte ce qu’il a vu à l’aéroport de Saint-Hubert où l'on a trouvé le corps de Pierre Laporte.

La nouvelle de l’exécution choque profondément le monde politique et l’opinion publique canadienne et québécoise. C’est la réprobation générale.

Les premiers ministres Pierre Elliot Trudeau et Robert Bourassa dans leurs déclarations respectives expriment leur tristesse et leur dégoût.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Déclaration du premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau, 17 octobre 1970

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Déclaration du premier ministre Robert Bourassa, 17 octobre 1970

Cet assassinat est une attaque contre la démocratie. Les deux chefs de gouvernement demandent aux Canadiens et aux Québécois d’être unis dans cette épreuve.

La grande majorité des souverainistes québécois est également consternée.

La déclaration le 17 octobre du chef du Parti québécois, René Lévesque, est également sans équivoque.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Déclaration du chef du Parti québécois René Lévesque, 17 octobre 1970

Il condamne avec des mots très durs les assassins de Pierre Laporte.

Selon René Lévesque, l’acte est inhumain et ne correspond pas aux idéaux souverainistes.

On notera au passage que Louis Laberge, président de la principale centrale syndicale du Québec, est assis à côté de René Lévesque et semble approuver ses propos.

René Lévesque aborde cependant aussi un autre sujet dans sa déclaration.

La réplique des dirigeants face aux terroristes, particulièrement la Loi sur les mesures de guerre, se demande-t-il, a-t-elle été adéquate?

Le chef du Parti Québécois demande aux gouvernements d’y réfléchir.

Le 22 octobre, l’autopsie du corps de Pierre Laporte confirme qu’il est mort par étranglement.


2-3 et 28 décembre 1970

Les semaines qui suivirent l'assassinat de Pierre Laporte furent consacrées à la traque policière des membres des cellules Libération et Chénier.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le Canada en 1970, 29 décembre 1970

Les événements sont racontés dans La revue de l'année, Le Canada en 1970, du 29 décembre 1970 qu'anime et narre Jean-Paul Nolet.

La libération de James Cross fait aussi l’objet d’une émission spéciale le 3 décembre 1970.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Conférence de presse du ministre de la Justice du Québec Jérôme Choquette, 3 décembre 1970

Jérôme Choquette, le ministre de la Justice du Québec, y explique, accompagné par Bernard Derome et un diplomate britannique, comment se sont déroulées les négociations menant à la libération de James Cross.

Le 2 décembre 1970, Louise Lanctôt et Jacques Cossette-Trudel, deux des ravisseurs de James Cross, sont arrêtés.

Les policiers se rendent bientôt à Montréal-Nord, au 10945 rue des Récollets, pour y capturer les autres membres de la cellule Libération.

Le résultat des négociations est que les membres de la cellule Libération acceptent le sauf-conduit accordé le 16 octobre précédent pour qu'ils se réfugient à Cuba.

C’est sur l’emplacement du pavillon du Canada lors de l’exposition universelle Terre des hommes que James Cross est finalement libéré.

Les membres de la cellule Libération peuvent alors s’envoler vers Cuba.

Le ministre Choquette termine sa conférence de presse en soulignant que la priorité maintenant, c’était de retrouver les assassins de Pierre Laporte.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le Canada en 1970, 29 décembre 1970

Le 28 décembre 1970, les ravisseurs de Pierre Laporte, Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard, sont arrêtés par les policiers dans une maison de Saint-Luc, en Montérégie.

La revue de l'année Le Canada en 1970 du 29 décembre 1970, qu'anime et narre Jean-Paul Nolet, décrit la capture de la cellule Chénier.

Ils subiront leur procès et seront condamnés à de longues peines de prison.

Paul Rose sera le dernier des trois ravisseurs à obtenir une libération conditionnelle en 1982.

Encore plus de nos archives

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.