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Le Sénat américain unanime sur l'importance d'une transition pacifique du pouvoir

Le président américain Donald Trump en gros plan.

Le président Trump a refusé de promettre un transfert pacifique du pouvoir.

Photo : Associated Press / Alex Brandon

Au lendemain du refus du président Trump de s'engager en faveur d'une « transition pacifique du pouvoir », les sénateurs américains des deux camps se sont montrés exceptionnellement unis, jeudi, consentant à l'unanimité à une résolution, présentée par un élu démocrate, rappelant l'importance de ce fondement de la démocratie américaine.

Malgré la formulation évoquant le président, la résolution, non contraignante, a pu être adoptée sans qu'aucun élu ne s'y oppose.

Le texte en appelle notamment à la sécurité nationale, aux droits civiques et au droit des électeurs américains à élire ceux qui les représentent.

Le Sénat réaffirme son engagement au transfert pacifique et ordonné du pouvoir prévu dans la Constitution des États-Unis et entend à ce qu'il n'y ait aucune perturbation de la part du président ou de toute personne au pouvoir pour renverser la volonté du peuple des États-Unis.

Extrait de la résolution

C'est honteux, que nous devions venir réaffirmer notre engagement envers notre pays, notre Constitution et qui nous sommes en tant que peuple, a lancé dans l'enceinte du Sénat l'auteur de la résolution, le sénateur de la Virginie-Occidentale Joe Manchin, dans sa défense d'un des piliers de la démocratie américaine et de la volonté des électeurs.

La veille, le président Trump avait refusé de s'engager en faveur d’une transition pacifique du pouvoir lors de sa réponse à un journaliste qui le questionnait en ce sens. Eh bien, nous allons voir ce qui va se passer, avait-il laissé tomber, mettant en doute la légitimité des résultats du scrutin du 3 novembre.

Joe Manchin, parmi les plus conservateurs du camp démocrate, n'a pas mâché ses mots pour critiquer les propos du président, qu'il n'a pas l'habitude d'attaquer avec virulence.

Que le leader du monde libre parle comme si nous étions dans une autocratie autoritaire, et non dans une démocratie, m'alarme et alarme plusieurs de mes collègues des deux côtés [du Sénat]. Même si certains gardent le silence, je sais qu'ils sont alarmés.

Joe Manchin, sénateur de la Virginie-Occidentale

Ce n'est pas une question de politique, ce n'est pas une question démocrate ou républicaine; c'est essentiellement [...] une question de maintenir la démocratie, a martelé le sénateur.

Dans sa réponse, Donald Trump avait aussi appelé à ne pas compter tous les votes, faisant vraisemblablement référence au vote par correspondance, qu'il dénigre depuis des mois. Vous savez que je me plains avec vigueur des bulletins de vote, a-t-il déclaré. Les bulletins de vote sont un désastre. [...] Si nous nous débarrassons des bulletins de vote, il n'y aura pas de transition. Ce sera une continuation.

Ce n'est pas la première fois que ses propos sur les élections suscitent un tollé. Dans les dernières semaines, il a par exemple suggéré aux électeurs de la Caroline du Nord de voter deux fois pour tester le système de vérification électorale et évoqué un report de l'élection.

Au cours d'une entrevue avec l'animateur de Fox News Chris Wallace cet été, il a mentionné la possibilité de ne pas reconnaître le résultat de l'élection, reprenant un message qu'il avait tenu en 2016, lors de sa lutte avec la démocrate Hillary Clinton.

Les républicains rassurants…

Dans la matinée, certains élus républicains, dont le leader de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, se sont tournés vers Twitter pour défendre le principe de transition pacifique du pouvoir, sans toutefois faire de lien direct avec le président.

Le vainqueur de l'élection du 3 novembre sera investi le 20 janvier comme prévu, a tweeté M. McConnell. Il y aura une transition en bon ordre comme tous les quatre ans depuis 1792, date de la deuxième élection présidentielle des États-Unis avec un mandat de quatre ans.

Le transfert pacifique du pouvoir est inscrit dans notre Constitution et essentiel à la survie de notre république, a de son côté tweeté Liz Cheney, l'une des leaders de la minorité républicaine à la Chambre des représentants et la fille de l'ancien vice-président américain Dick Cheney.

Le sénateur Mitt Romney, qui affiche régulièrement des divergences avec le président, avait réagi dès mercredi soir. Le transfert pacifique du pouvoir est fondamental pour notre démocratie; sans cela, c'est le Bélarus. Toute suggestion selon laquelle un président pourrait ne pas respecter cette garantie constitutionnelle est à la fois impensable et inacceptable, a-t-il écrit sur Twitter.

D'autres, comme Lindsay Graham ou Ted Cruz, ont martelé l'importance de nommer un successeur à Ruth Bader Ginsburg, la juge de la Cour suprême morte vendredi dernier, pour résoudre rapidement toute contestation possible. Lorsque le choix de M. Trump sera confirmé, ce qui semble une formalité, le plus haut tribunal du pays aura une majorité de six juges nommés par des républicains sur un total de neuf.

Interrogés par les journalistes, plusieurs sénateurs républicains ont pour leur part renvoyé la balle dans le camp démocrate, appelant par exemple les deux côtés à reconnaître les résultats du scrutin.

La semaine dernière, le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, avait déjà affirmé, lors d'une assemblée citoyenne diffusée sur CNN, qu'il accepterait le résultat. Certainement, les résultats intégraux. Comptons chaque vote, a-t-il dit.

...les démocrates outrés

Nancy Pelosi parle dans un micro.

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

Les démocrates, eux, ont été moins circonspects que leurs adversaires.

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, s'est ouvertement scandalisée.

Il faut lui rappeler : "Vous n'êtes pas en Corée du Nord, vous n'êtes pas en Turquie, vous n'êtes pas en Russie, M. le président. Et d'ailleurs, vous n'êtes pas en Arabie saoudite. Vous êtes aux États-Unis d'Amérique".

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

Nous sommes une démocratie, a-t-elle fait valoir en conférence de presse.

Joe Biden avait réagi dès mercredi soir aux propos du milliardaire républicain.

Dans quel pays vivons-nous? Je plaisante à peine. Je veux dire, dans quel pays sommes-nous? Il dit les choses les plus irrationnelles, je ne sais pas quoi dire, avait déclaré l'ancien vice-président.

Hillary Clinton a dénoncé, sur Twitter, le comportement digne d'un aspirant dictateur désespéré. C'est pathétique. Mais parce qu'il est président, nous devrions prendre sa menace au sérieux.

Fondement de la démocratie américaine, les transferts de pouvoir donnent traditionnellement lieu à des échanges courtois, parfois touchants et empreints de dignité même entre partis rivaux, comme lorsque le démocrate Bill Clinton avait laissé une lettre à son successeur républicain George W. Bush, en 2001, ou que ce dernier avait lui-même laissé une lettre à Barack Obama, huit ans plus tard.

Trump en remet sur le vote postal

En retard dans les sondages, y compris dans la majorité des États clés, même s'il a réduit l'écart, le président républicain se plaint régulièrement du vote par correspondance, brandissant, sans preuves, la menace d'une fraude électorale sans précédent.

Il n'a pas fait exception jeudi.

Nous voulons nous assurer que l'élection est honnête, et je ne suis pas sûr qu'elle puisse l'être. Nous devons donc être très prudents avec les bulletins de vote. Les bulletins de vote [par la poste], vous savez, c'est une grosse arnaque.

Donald Trump

Quelques heures plus tôt, il a cependant appelé, sur Twitter, ses partisans résidant en Floride à se prévaloir de leur droit de voter par correspondance. Lui-même ainsi que des membres de sa famille ou de son administration ont par ailleurs déjà voté par la poste.

En matinée, sur les ondes de la radio de Fox News, Donald Trump a affirmé qu'il serait d'accord avec la Cour suprême si celle-ci décidait, advenant une course très serrée, que Joe Biden avait gagné. Mais je pense que nous en sommes encore loin. Ces bulletins de vote sont un film d'horreur, a-t-il dit.

Le directeur du FBI, Christopher Wray, a pourtant réaffirmé jeudi matin que ses services n'avaient jamais constaté, dans l'histoire, de tentative coordonnée à l'échelle nationale de fraude électorale pour une élection majeure, que ce soit par courrier ou autre.

Pour toutes les élections américaines tenues de 2000 à 2012, il y a eu moins de 500 cas de fraude liés au vote par correspondance, selon une analyse du Brennan Center for Justice, un organisme non partisan.

En tout, une quarantaine d'États, démocrates et républicains, ont adopté des mesures visant à faciliter le vote par correspondance, certains dans la foulée de la pandémie. Selon une évaluation du Washington Post, au moins 84 % des électeurs pourraient, s'ils le voulaient, voter par la poste.

Avec les informations de Washington Post, et Agence France-Presse

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