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Poursuite pour racisme contre le syndicat des enseignants franco-ontariens

Portrait de Rémi Sabourin à Queen's Park.

Rémi Sabourin, ex-président de l'AEFO

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Réprimandes publiques, enquête interne, sanctions : un administrateur à l’Association des enseignants franco-ontariens (AEFO) accuse de hauts dirigeants du syndicat de représailles et de discrimination raciale devant le Tribunal des droits de la personne.

Dans sa requête déposée le 22 juillet dernier, Abdelmajid Rahmouni, qui siège au conseil d’administration de l’AEFO, reproche à son syndicat de l’avoir sévèrement sanctionné en raison de motifs inavoués, notamment le fait qu’il soit le seul président d’unité locale sur 17 d’origine africaine et de confession musulmane.

Plus tôt cette année, le syndicat lui a imposé plusieurs mesures disciplinaires parce qu’il a divulgué à ses membres des informations concernant la grève du zèle de janvier dernier à la veille d’une conférence de presse officielle de l’AEFO sur le sujet.

Selon la requête, dont Radio-Canada a obtenu une copie, le syndicat maintient qu’il s’agissait d’informations confidentielles, ce que nie Abdelmajid Rahmouni. Ce dernier a fait l’objet d’une enquête interne, a été publiquement réprimandé dans un courriel envoyé aux 12 000 membres de l’AEFO et été banni des rencontres à huis clos du CA jusqu’au 31 décembre.

Deux hommes souriants

Abdelmajid Rahmouni, administrateur pour l’Unité 58, en compagnie de l'ancien président de l'AEFO, Rémi Sabourin, qui est aujourd'hui cadre au sein du syndicat.

Photo : Twitter/AEFO

La question qui tue est : "Pourquoi lui?" Pourquoi on le sanctionne aussi publiquement, alors qu’on n’a jamais sanctionné personne d’autre dans l’histoire du syndicat comme ça.

Pierre Lermusieaux, avocat de Abdelmajid Rahmouni

L’enseignant de Barrie dit faire l’objet de représailles et réclame 150 000 $ à l’AEFO et 150 000 $ au directeur général Pierre Léonard et à l’ex-président Rémi Sabourin, qui est désormais cadre à l'emploi du syndicat.

M. Rahmouni demande aussi des changements institutionnels au sein de l’AEFO et de son CA, notamment l’adoption d’une politique sur la discrimination, la création d’un poste rémunéré de commissaire à la diversité, et des formations annuelles pour les dirigeants.

L'AEFO confirme avoir été mis au courant du dépôt de la requête, mais refuse de commenter et a décliné notre demande d’entrevue par respect pour le processus du Tribunal et pour les parties nommées dans le dossier.

Ceci dit, il s’agit d’allégations et l’AEFO entend se défendre vigoureusement contre les allégations de M. Rahmouni, précise la porte-parole Marilyne Guèvremont par courriel.

Le syndicat fait déjà l’objet de requêtes pour discrimination raciale devant le même Tribunal en lien avec une autre controverse (non liée à celle de M. Rahmouni) sur la qualification des enseignants issus de l’immigration. Plus récemment, l’AEFO a aussi été critiqué pour le manque de diversité raciale au sein de son comité exécutif et son CA.

La requête de M. Rahmouni allègue d’ailleurs que les actions de l’AEFOperpétuent le stéréotype [...] selon lequel les enseignants issus de la diversité ethnoculturelle sont moins qualifiés et moins dignes de postes d’importance que leurs homologues blancsblancs, nés en Ontario, et/ou d’éducation catholique.

Détails de la requête

L’AEFO n’a jamais publiquement expliqué en détails pourquoi M. Rahmouni, qui préside son unité locale depuis 2017, avait été sanctionné de la sorte. Dans un bulletin d’information envoyé en mai à tous les membres et obtenu par Radio-Canada, le syndicat explique seulement qu’il a enfreint le Code de conduite pour les administrateurs de l’AEFO et détaille les sanctions imposées.

Selon Pierre Lermusieaux, l’avocat de M. Rahmouni, il s'agirait de la première fois de l’histoire du syndicat qu’un administrateur recevait une telle réprimande publique. L’AEFO n’a pas voulu confirmer ni infirmer cette allégation, mais une membre de l’unité locale de M. Rahmouni, Marie Daigneault, confirme qu’elle n’a jamais vu ça depuis qu’elle s'est joint au syndicat en 2001.

Selon la requête, M. Rahmouni aurait envoyé, la veille du point de presse du 14 janvier, un document de travail sur le déroulement de la grève à ses membres, qui étaient nombreux à lui demander des explications sur l’annonce du lendemain.

Deux dirigeants de l'Association des enseignants franco-ontariens assis à une table dans le cadre d'une conférence de presse.

Le directeur général Rémi Sabourin et le président sortant Pierre Léonard lors de la conférence de presse du 14 janvier sur la grève du zèle.

Photo : Radio-Canada

Vers 6 h 45 le jour de l’annonce, M. Rahmouni aurait reçu un courriel de l’ex-président Rémi Sabourin dans lequel ce dernier reprochait à M. Rahmouni d’avoir devancé la conférence de presse officielle. M. Rahmouni a alors rapidement envoyé une rétractation à ses membres, dont Radio-Canada a obtenu une copie, mais une enquête a tout de même été lancée.

La requête de M. Rahmouni comprend des extraits du rapport d’enquête, qui conclut que la situation aurait pu nuire de façon sérieuse à la réputation de l’AEFO aux yeux des membres de l'Unité 58 et possiblement du conseil scolaire, ce que réfute Me Lermusieaux. C’est essentiellement du vent ce qu'on allègue contre lui, dit l’avocat, qui se demande pourquoi Pierre Léonard et Rémi Sabourin ont chapeauté eux-mêmes l’enquête interne.

Les mesures disciplinaires auraient eu pour effet d’ostraciser M. Rahmouni et de provoquer chez lui une extrême humiliation et une détérioration psychologique résultant en un arrêt de travail autorisé par son médecin, selon la requête.

Des collègues outrées

Radio-Canada s’est entretenu avec trois enseignantes de l’unité locale de M. Rahmouni. Toutes s’entendent pour dire qu’il est un président compétent, honnête et dévoué, et dénoncent un manque d’informations divulguées aux membres par l’AEFO dans ce dossier.

L’enseignante Fatoumata Keita, qui est aussi vice-présidente de l’Unité 58, dit qu’elle a pris connaissance de la situation en même temps que tout le monde . Nos membres étaient complètement paniqués, ça a fait une folle rumeur, et l’AEFO n’a rien expliqué, allègue-t-elle.

S’il était, entre guillemets, blanc de souche, est-ce qu’il aurait reçu le même traitement? On n’a pas reçu de réponse satisfaisante, seulement quelques lignes laconiques, dit Fatoumata Keita.

Une femme parle via FaceTime

Fatoumata Keita, vice-présidente de l'unité 58 et enseignante à l'École élémentaire le Flambeau.

Photo : Radio-Canada / FaceTime

L’enseignante Nabila Lahoucine raconte que c’est grâce à M. Rahmouni qu’elle est devenue déléguée syndicale. Auparavant, l’AEFO, je n’y croyais pas beaucoup. C’est lui qui m’a fait connaître mes droits.

Mme Lahoucine dit avoir été très en colère lorsqu’elle a pris connaissance de la réprimande publique et est d’avis que son président est victime de discrimination raciale. C’est quelqu’un qui nous a vraiment épaulé pendant les journées de grève à -20, qui était toujours disponible. Il a été réprimandé sans explication, soutient-elle.

L’enseignante à l’école élémentaire Laure-Rièse, Marie Daigneault, qui est aussi déléguée syndicale, exige des excuses de la part de l’AEFO. Qu’est-ce qu’il a fait de si grave? Est-ce qu’il a mis en danger des gens? On a envoyé une lettre de 6 pages avec 50 questions [au syndicat], et on n’a pas eu d’explications.

Les trois enseignantes déplorent le manque de diversité raciale au sein des dirigeants de l’AEFO. Les gens au pouvoir dans l’AEFO ne nous ressemblent pas. C’est ça la réalité, lance Nabila Lahoucine d'un ton exaspéré.

L’AEFO a jusqu’au 19 octobre pour présenter une défense au Tribunal.

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