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« C'est sérieux! » : pas de visite à la maison, demande Legault aux Québécois

Gros plan de François Legault, assis durant un point de presse.

François Legault demande à la population de limiter le plus possible les contacts sociaux.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Radio-Canada

En entrevue avec Patrice Roy, le premier ministre du Québec réclame de la population qu'elle limite au maximum les contacts dans les semaines à venir. Et François Legault reproche à Justin Trudeau de vouloir s'immiscer dans les compétences des provinces, sans pour autant leur donner du financement récurrent en santé.

Hier, le premier ministre Trudeau a prononcé une allocution devant les Canadiens en heure de grande écoute, et essentiellement, son message était de dire que la deuxième vague pourrait être pire. Êtes-vous d’accord avec cette analyse?

Pour l’instant, ça ne s’annonce pas pour être pire quand on regarde les hospitalisations, puis les décès, et la préparation qu’on a, entre autres dans nos CHSLD.

Mais on ne sait pas ce qui va se passer dans un mois, dans deux mois... Donc, mieux vaut prévenir.

Vous voulez prévenir, mais est-ce que les Québécois sont encore à l’écoute? Ou est-ce qu'une lassitude s’est installée et que cela représente votre plus grand obstacle?

Effectivement, après six mois et demi, les Québécois, enfin certains Québécois, sont « tannés ». Il reste encore quelques sceptiques aussi, qui croient que le virus, ce n’est pas vrai. C’est pour ça qu’on a de la publicité avec des cas réels.

Le défi est de dire aux gens que c’est vraiment dans les maisons que se fait le maximum de la transmission. Selon la santé publique, ce n’est pas dans les bars, ni dans les restaurants, ni dans les rassemblements extérieurs.

Au-delà des couleurs et des chiffres, il faut dire aux gens : autant que possible, ne recevez pas d’invités. Si vous en recevez, recevez-en peu et, idéalement, pas plus de dix minutes, avec un masque et avec deux mètres de distance. Parce que c’est dans les maisons que ça se passe.

Il y a eu de la confusion quant au nombre maximal de personnes qu'on pouvait recevoir. Est-ce vous regardiez ça en vous disant que vous étiez en train de mêler les gens plus qu’autre chose?

Je comprends que le message transmis dépend des zones; il y a des zones où c’est six et d’autres zones où c’est dix… Effectivement, ça peut être compliqué. Mais le message, pourtant, est très simple : il faut qu’il y ait moins de contacts.

Donc, idéalement, restez avec votre famille. Pas de membres d’autres familles ou d’amis qui viennent vous visiter.

L’idée des codes de couleurs pouvait être attrayante, mais quand on arrive à l'orange, on dit : « on ne sera pas aussi sévères qu’on l’avait dit, on ne fermera pas les salles à manger ». On ajuste tant et si bien qu’au final, on ne sait plus à quoi s'en tenir.

Oui, mais il faut tenir compte de la réalité. On pourrait, demain matin, fermer tous les bars et tous les restaurants, sauf que le problème n’est pas là. Le problème est dans les maisons. Donc, il faut s’ajuster et avoir une certaine flexibilité.

Il ne faut pas, non plus, dire qu’il faut réduire encore plus le nombre dans les bars et les restaurants. Au-delà du nombre d’éclosions dans chaque région, il y a aussi la cause de ces éclosions. Et la cause, elle est dans les maisons.

Prenons l’affaire de la police et des résidences privées. M. Arruda [le Dr Horacio Arruda, directeur de la santé publique, NDLR] dit : « C’est imminent ». Deux heures après, on dit : « Non, non, non ». Puis, le lendemain… Avez-vous, disons, sifflé la fin de la récréation pour qu'enfin on clarifie le message?

Effectivement, on essaie d’être plus clairs dans notre message. On a des gens, comme le Dr Arruda, qui ne sont pas juristes et qui, peut-être, doivent ajuster les messages.

Mais il faut comprendre que ce n’est pas toujours simple. Notamment la partie légale… C’est beau, de dire qu’on ne peut être plus de six personnes dans une maison, mais comment fait-on pour donner des contraventions? On sait qu’un policier ne peut forcer une personne à ouvrir la porte, ça lui prend un mandat. Mais il peut quand même constater qu'il y a des infractions.

Et puis il y a les libertés civiles, il y a cet équilibre-là à maintenir…

Effectivement, on n’est pas pour commencer à avoir la police qui entre librement dans toutes les maisons. C’est un équilibre qui est fragile. C’est la raison pour laquelle j’ai besoin de la collaboration des Québécois.

C’est sérieux! Ma plus grande crainte est que les hospitalisations augmentent. On était environ à [un cumul] de 100 hospitalisations il y a un mois, on est rendus à 180. Donc, ça augmente lentement, mais sûrement. Si ça n’arrête pas d’augmenter, cela va nous amener à retarder des chirurgies qui peuvent être importantes, qui sont attendues par des patients.

Donc, je dis aux Québécois, incluant les jeunes : faites attention et, pendant quelques semaines, limitez vos contacts, surtout dans les maisons.

Cette semaine, mon collègue Davide Gentile citait un rapport de votre gouvernement, d’une sous-ministre à la Santé qui disait : « On estime à 5000 le nombre de Québécois qui n’ont pas été diagnostiqués du cancer alors qu’ils auraient dû l’être ». On fait moins de diagnostics; c’est dangereux. Et, pour citer de nouveau les mots de cette sous-ministre : « Une deuxième vague serait dramatique pour le traitement du cancer ». Avez-vous un plan pour rattraper ce retard?

Il faut être prudents avec ce qui s’est passé depuis six mois pour les personnes qui ont le cancer. Aucune chirurgie urgente, aucun traitement urgent, aucun test urgent n’ont été retardés.

Par contre, au printemps dernier, il y a eu des Québécois qui avaient peur d’aller à l’hôpital et qui, donc, n’ont pas demandé à subir des tests. Je tiens à être clair : les gens ne doivent pas avoir peur d’aller à l’hôpital.

On est capables de faire tous les tests et toutes les interventions pour les personnes qui pensent qu’elles ont le cancer ou qui ont le cancer.

Votre sous-ministre dit : une deuxième vague aurait un effet dramatique, non pas sur les patients atteints de cancer et déjà en traitement – vous avez raison, les gens sont traités –, mais plutôt sur les patients non diagnostiqués, puisqu’elle entraînerait de nouveau une perturbation.

Je veux être clair : ni pendant la vague du printemps, ni actuellement, on ne refuse des tests à des gens qui ont le cancer.

Par contre, faisons attention! Car si le nombre d’hospitalisations continue d’augmenter, cela pourrait mettre en péril ces services-là. Mais, actuellement, tous les services de diagnostic sont offerts.

La grosse crainte que vous devez avoir, et qu’on a tous, voyant le drame qui est arrivé dans les milieux de vie pour personnes âgées, c’est que ça y entre à nouveau. Cette semaine, le président de Groupe Santé Arbec a déclaré qu’il y a encore un roulement de personnel. Il a dit : « C’est impossible qu’il n’y ait pas de mobilité; moi, je fais appel encore à 30 % de personnel qui vient des agences ». On parle ici de CHSLD privés non conventionnés, et non pas publics. Qu’est-ce que vous allez faire pour empêcher ça?

Nous avons embauché puis formé plus de 7000 préposés. De ce côté, c’est pas mal sous contrôle.

Par contre, il faut se dire la vérité : beaucoup de postes d’infirmières et d’infirmières auxiliaires ne sont pas comblés.

Donc, il peut arriver qu’à l’occasion, des CHSLD soient obligés de faire circuler certaines infirmières entre les CHSLD, plutôt que de n’avoir personne pour servir les clients.

On n’est pas dans une situation idéale. Mais on a demandé aux PDG des CISSS de nous aviser, chaque fois que cela arrive. Il faut vraiment que cela soit exceptionnel, et seulement parce que nous manquons d’infirmières.

Je reviens au Groupe Santé Arbec, dont le président dit : « On a des employés qui travaillent dans plusieurs établissements pour arrondir leurs fins de mois [...] souvent, ils vont même travailler en hôtellerie ou en restauration [...] ». Donc, la porte tournante, cela existe encore dans son monde à lui?

Là, il y a des vacances du personnel jusqu’au 30 septembre. En vertu de la directive que nous avons envoyée, à partir du 30 septembre, ça ne doit plus se produire.

L’objectif est que cela soit strictement défendu et exceptionnel, [soit seulement] quand on n’est pas capable de trouver des employés.

Il doit y avoir un ajustement, et on va essayer de les aider pour leur fournir du personnel. Ce n’est pas évident parce que nous avons pas mal réglé le problème des préposés aux bénéficiaires, mais il y a encore un manque d’infirmières et d’infirmières auxiliaires.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
François Legault répond aux questions de l'animateur Patrice Roy.

Dans les deux rapports sur la situation dramatique qui s’est produite aux CHSLD Herron et Sainte-Dorothée, on parle de roulement de personnel, du fait qu’il n’y avait pas de patrons et que, quand il y en avait, ils n’étaient pas imputables. Lors de notre dernière entrevue, vous m'aviez dit : « Il va y avoir de vrais patrons imputables dans les CHSLD ». Quand?

C’est déjà le cas. Il faut comparer. Actuellement, on a environ 200 personnes infectées dans les CHSLD; on en avait 6000 à 8000 au printemps, donc c’est limité, ce sont des exceptions, les gens portent les masques, l’équipement de protection individuel. Il y a un patron qui s’assure d’avoir l’inventaire nécessaire et que les employés portent cet équipement de protection. Donc, c’est fait.

Le premier ministre canadien dit que ce serait bien qu’il y ait des normes nationales plus sévères pour les milieux de vie pour les personnes âgées. Monsieur Legault, on ne peut pas être contre des normes plus sévères?

Tout d’abord, j’étais très choqué et déçu du message de M. Trudeau hier [mercredi].

Ramenons les choses en perspective : quand on a pris le pouvoir, il y a un an et demi, il nous manquait 10 000 personnes dans les CHSLD.

Durant la pandémie, 10 000 employés de plus se sont absentés. Donc, il nous manquait plus de 20 000 employés. On a fait appel aux Québécois, et 21 000 Québécois sont venus travailler grâce au programme Je contribue; et là, on a formé 7000 employés.

Là, M. Trudeau nous dit qu'il a envoyé 1000 soldats pendant quelques mois et qu’actuellement, il y a 450 personnes de la Croix-Rouge.

Il faut remettre ça en perspective! Il nous manquait 20 000 employés. M. Trudeau nous en a envoyé 1000. Et là, il veut se mêler des soins de longue durée... La vérité, c’est qu’on doit embaucher plus de personnes et, pour ce faire, ça prend du financement récurrent!

M. Trudeau nous a donné de l’argent cette année. Mais comment paie-t-on ces 7000, ou ces 10 000 personnes-là de plus, l’année prochaine?

Rappelons que le gouvernement fédéral finançait 50 % des dépenses en santé; actuellement, il en finance seulement 22 %.

Donc, plutôt que de parler de normes, et de [vouloir] s’impliquer, [et que] lui il connaît ça, les CHSLD... Eh bien! Qu’il fasse sa part.

Les gens envoient près de la moitié de leurs impôts à Ottawa; ce serait normal qu’Ottawa contribue plus que 22 %.

Nous, soit toutes les provinces, nous lui demandons de façon très raisonnable de contribuer à 35 % des dépenses en santé.

Ce qui équivaudrait à 70 milliards de dollars. Mais ça, les gens qui vous écoutent doivent dire : « Oui! On vous appuie! » J’imagine que les gens applaudissent [l’idée] que des fonds arrivent du fédéral pour mieux s’occuper des aînés. Mais les Québécois s’attendent aussi à ce qu’il y ait des normes plus sévères dans ces résidences-là. On ne peut pas être contre des normes plus sévères, non?

Déjà, avec les corrections que nous avons apportées, en ajoutant 7000 personnes, et bientôt 3000 de plus, donc 10 000 personnes de plus dans les CHSLD, on est en train de se donner des normes. C’est beau de parler de normes, mais il faut embaucher du personnel et, pour ce faire, ça prend des fonds récurrents.

En raison des impacts du vieillissement et des nouvelles technologies, les coûts de la santé augmentent de 6 % par année, alors que les revenus augmentent de 3 %. Alors, on a besoin d’une plus grande contribution du fédéral, et je ne pense pas qu’on ait besoin de M. Trudeau pour nous dire ce qu’il y a à faire dans les CHSLD.

Vous irez négocier à Ottawa quand même?

La semaine dernière, nous avions une position unanime : les 13 premiers ministres des provinces et des territoires demandent unanimement à M. Trudeau une augmentation des transferts de 28 milliards de dollars, donc les faire passer de 22 % à 35 % des dépenses totales, et que cela se fasse sans condition.

À partir de cette semaine, c’est moi qui préside le Conseil de la fédération. On demande une rencontre à M. Trudeau, on veut une date pour aller régler ce problème, qui est le plus urgent et qui est empiré par la pandémie actuellement.

On a déjà vu bien des fronts communs s’effriter lorsque des provinces, voyant le chèque, se disaient : « Bah, dans le fond… » Votre front commun est-il solide?

C’est la demande que nous avons faite d'avoir une augmentation des transferts sans condition. Il y a aussi une question de saine gestion. Je dis souvent que lorsqu'il y a deux patrons, il n'y a plus de patrons…

Les provinces préfèrent gérer le réseau de la santé. C'est dans leurs compétences. J’espère que ce front commun là va durer.

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