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La tragédie dans les CHSLD au Québec était prévisible depuis longtemps

La protectrice du citoyen du Québec, Marie Rinfret, assise durant une conférence de presse.

La protectrice du citoyen du Québec, Marie Rinfret.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La protectrice du citoyen, Marie Rinfret, presse le gouvernement Legault d'agir pour corriger la situation dans les milieux de vie pour personnes âgées, et plus particulièrement les CHSLD, où les résidents ne reçoivent pas les soins auxquels ils ont droit.

En conférence de presse jeudi pour présenter les conclusions de son rapport annuel 2019-2020, Mme Rinfret a plaidé que le drame incommensurable qui s'est produit dans les CHSLD et résidences le printemps dernier, en raison de l'épidémie de COVID-19, a été amplifié par l'inaction gouvernementale des dernières années.

On a pointé du doigt la pénurie de personnel, l’épuisement des effectifs, le manque d’intervenants qualifiés, la vétusté des lieux. Ces problèmes se sont manifestés plus durement qu’à l’habitude, mais ils existaient auparavant et avaient été souvent rapportés au cours des décennies précédentes.

Marie Rinfret, protectrice du citoyen

Au terme d'enquêtes effectuées sur le terrain au fil du temps, le Protecteur du citoyen a lui-même publié plusieurs rapports au sujet des atteintes à la dignité des résidents en perte d'autonomie qui vivent dans ces ressources, a-t-elle poursuivi.

Force est donc d’admettre, pour les hautes autorités gouvernementales et pour le réseau de la santé et des services sociaux, que l’alarme avait été donnée à de nombreuses reprises. Malheureusement, les solutions à apporter pour fournir aux personnes aînées un milieu de vie et de soins répondant à leurs besoins avaient été remises à plus tard.

Après les analyses et les constats, il faut convenir à un certain moment que tout a été dit, les préjudices sont connus, tout est en place pour passer à l’action. Alors comme administration responsable, il faut passer des intentions aux actes.

Marie Rinfret, protectrice du citoyen

Mme Rinfret n'a pu dire si des vies auraient pu être sauvées si Québec avait agi plus tôt pour régler les problèmes, mais elle a fait valoir que les personnes les plus vulnérables de la société qui y vivent auraient au moins été dans un milieu de soins et de vie [...] qui les auraient accompagnées dignement.

Si nous étions passés à l’action dès le moment où les constats étaient connus, les milieux d’hébergement auraient pu être solidifiés de manière graduelle et continue au fil des dernières années, a-t-elle souligné.

En CHSLD, s’il y avait eu suffisamment de personnel, elles auraient obtenu les soins d’hygiène, les soins de base auxquelles elles avaient droit, auraient été hydratées.

Marie Rinfret, protectrice du citoyen

Les plaintes dans le réseau de la santé ont augmenté de 26 % d'avril 2019 à mars 2020, mais leur teneur n'a rien de neuf, indique le rapport de Mme Rinfret, qui invite d'ailleurs quiconque observe des lacunes à les signaler à son équipe sans délai.

Si une personne constate une situation préjudiciable, je l’invite à communiquer avec nous. À partir de là, on va faire enquête, on va corriger le préjudice, comme on a fait durant la première vague, a dit Mme Rinfret.

En mai dernier, le Protecteur du citoyen a lancé une enquête spéciale sur la gestion de la crise de la COVID-19 au sein du ministère de la Santé et dans certains CHSLD et foyers pour aînés. Si le rapport final doit être remis dans un an, un rapport d'étape doit être remis cet automne.

Selon Mme Rinfret, le gouvernement a offert sa pleine collaboration pour cette enquête, et tient parole à l'heure actuelle.

La protectrice du citoyen s'est par ailleurs montrée combative lorsqu'on lui a demandé si elle craignait que son rapport annuel soit tabletté, comme l'ont été tant d'autres rapports remis au gouvernement au fil du temps.

Ces personnes-là ont des droits. On doit offrir aux personnes qui résident dans ces établissements les services adaptés à leurs besoins. En ce sens, on n’a pas le droit de faillir à la tâche. Pour faire court, je ne le laisserai pas le tabletter.

Marie Rinfret, protectrice du citoyen

Assurer le suivi nécessaire auprès des CHSLD privés

La protectrice du citoyen s'inquiète notamment du manque de suivi auprès des CHSLD privés non conventionnés.

Mme Rinfret donne l'exemple d'un CHSLD privé non conventionné dont les places sont achetées depuis plusieurs années par un CISSS régional, qui n'est pas identifié dans le rapport, pour y héberger des personnes vulnérables.

Elle rappelle qu'au fil des ans, deux rapports du ministère de la Santé et un autre d'une consultante mandatée par le CISSS en question ont révélé des lacunes importantes quant à la qualité du milieu de vie et de ses services.

Certaines recommandations remontent à 2015, mais elles n'ont pas été implantées, au contraire, elles ont été accueillies dans l'indifférence générale, peut-on lire dans le rapport.

Coup de chapeau au personnel soignant

Marie Rinfret souligne par ailleurs le travail colossal accompli par les membres du personnel soignant des CHSLD, en dépit des conditions de travail difficiles qui y règnent.

Elle demande que leur dévouement soit reconnu, particulièrement celui des préposés aux bénéficiaires, qui doivent pallier le manque de ressources humaines et matérielles pour répondre aux besoins des résidents.

On décrit le manque de personnel, les problèmes qui [en] découlent, mais on tenait [...] à souligner le dévouement exemplaire du personnel soignant dans les milieux qui hébergent des personnes les plus vulnérables. [...] C’est un coup de chapeau. [...] Sans ces personnes, ça pourrait être pire.

Marie Rinfret, protectrice du citoyen

Mme Rinfret a par ailleurs souligné qu'il est clair que l'ajout de préposés aux bénéficiaires dans les milieux de vie pour aînés se traduira par une amélioration des services offerts.

« Elle a raison sur plusieurs volets », concède Dubé

Invité à commenter le rapport, le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, a indiqué qu'il n'en avait pris connaissance que rapidement, mais a assuré qu'il prendrait tout le temps qu'il faut pour le parcourir.

Elle a raison sur plusieurs volets. C’est le laxisme des gouvernements dans leur ensemble qui explique la situation, a-t-il tout de même convenu sans détour.

Malheureusement, je le dis avec beaucoup de réalisme chaque jour, on ne peut pas tout corriger ça à l’intérieur de quelques mois, a-t-il aussitôt enchaîné.

On doit vivre, comme gouvernement, avec la pénurie de main-d’œuvre qu’on a actuellement. J’aimerais ça que ça disparaisse tout d’un coup. On a réussi à le faire avec les préposés aux bénéficiaires, mais on est loin d’avoir réussi avec les infirmières et les infirmières auxiliaires.

Christian Dubé, ministre de la Santé du Québec

Le ministre Dubé a néanmoins défendu l'action de son gouvernement, en soulignant qu'il s'était notamment engagé, avant même la pandémie, à augmenter les salaires des préposés aux bénéficiaires et à construire des maisons des aînés.

Il a aussi rappelé avoir investi 280 millions de dollars dans les soins à domicile l'an dernier. Notons qu'un peu plus de 15 % du budget des soins de longue durée du Québec est alloué au soutien à domicile.

Maintenant, est-ce qu’avec la pandémie, on s’est fait prendre de court parce qu’il y a beaucoup de ces choses qu’on n’a pas pu mettre en place et qu'il faut continuer à mettre en place? Je ne pense pas qu’on a de grandes surprises, mais je dirais qu’il va falloir être capable de changer cette dynamique, a-t-il ajouté.

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