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Québec a songé à interdire la remise à l'eau des truites mouchetées

Truite tentant de se défaire d'une ligne de pêche

Une truite prise au bout d'une ligne.

Photo : Radio-Canada

Julie Vaillancourt

La remise à l’eau, ce geste qui consiste à relâcher une prise plutôt que de la conserver, est un sujet tabou chez les pêcheurs. Plusieurs préfèrent penser que leurs proies survivent, alors que la réalité est souvent tout autre, en particulier pour la truite mouchetée, emblème de la pêche sportive au Québec.

Un des problèmes, c’est que la majorité des pêcheurs utilisent l’hameçon en « J » auquel est accroché un ver de terre. Or, avec ce type d’hameçon, 35 % à 50 % des truites mouchetées, qu’on appelle aussi ombles de fontaine, meurent quelques heures après avoir été remises à l’eau.

Avec ce type d'engin, l'omble de fontaine avale l'hameçon et il y a des risques accrus de ferrage en profondeur. L'hameçon peut s'accrocher dans l’œsophage et l'estomac et occasionner des blessures importantes, explique Stéphanie Gagné, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Plusieurs hameçons en « J » sur une table.

Avec des hameçons en « J » qui sont munis de vers de terre, 35 % à 50 % des truites mouchetées meurent quelques heures après avoir été remises à l’eau.

Photo : Radio-Canada

Québec a même été en mesure de quantifier le phénomène : 1,6 million de truites mouchetées meurent chaque année à la suite d’une remise à l’eau.

Dans la ZEC Bas-Saint-Laurent, le phénomène est bien connu.

Le problème, c'est qu'une truite qui saigne ne coagule pas et elle meurt. Quand ça mord beaucoup, certains pêcheurs gardent les grosses et jettent les petites à l’eau même si elles sont mortes. Les gens ne sont pas tous disciplinés.

Normand Mc Donald, pêcheur

L'omble de fontaine est sensible aux manipulations. Ça veut dire que si on la remet à l'eau, elle va mourir de toute façon. Ça fausse nos quotas d'exploitation, renchérit Peter Camden, directeur général de la ZEC Bas-Saint-Laurent.

Dans sa chaloupe, un pêcheur sort une truite avec son épuisette.

Richard Contant sort une truite avec son épuisette.

Photo : Radio-Canada

Le reportage de Julie Vaillancourt et de Pier Gagné est diffusé à La semaine verte, le samedi 26 septembre à 17 h, sur ICI Télé.

Le temps presse

Bien au fait de la situation, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a songé à interdire la remise à l’eau pour cette espèce en particulier, avant de se raviser.

Lorsqu'on a évalué les différentes modalités de gestion qu'on pouvait mettre en place pour améliorer l'état de la ressource, l’interdiction de la remise à l’eau a été envisagée, avoue Stéphanie Gagné, avant d’ajouter que comme c'était une modalité qui était moins bien reçue chez les pêcheurs, on a décidé de choisir autre chose.

Un pêcheur dans une chaloupe tente de décrocher une truite.

Richard Contant essaie de décrocher une truite de son fil de pêche.

Photo : Radio-Canada

En effet, Québec fait maintenant la promotion de diverses mesures susceptibles de renverser la vapeur. Il a abaissé, le printemps dernier, le quota de prises quotidiennes qui est passé de 15 à 10 dans la plupart des secteurs.

Il demande également aux pêcheurs d’utiliser des leurres artificiels – moins dommageables que les vers de terre. Et pour ceux qui souhaitent conserver les vers de terre, on conseille l’utilisation d’hameçons dont l’ardillon est écrasé.

Mais le temps presse : dans les lacs, la mortalité est supérieure à la capacité de renouvellement de l’espèce chez 50 % des populations indigènes.

Pour expliquer l’écroulement des populations, le Ministère montre du doigt les coupes forestières, les développements urbains et agricoles, ainsi que les changements climatiques, qui entraînent une hausse de la température de l’eau.

D'ailleurs, lors de notre passage dans la ZEC Bas-Saint-Laurent, en juillet dernier, une canicule sévissait. Les plans de Richard Contant, ancien professeur de techniques d’aménagements cynégétiques et halieutiques de la faune, ont été contrariés.

Expert dans l’art de relâcher les poissons sans les blesser, dans des conditions qui favorisent leur survie, il testait pour nous l’impact de la remise à l’eau des truites mouchetées. Notre ressource, il faut la protéger et ça commence par une bonne remise à l'eau, affirme-t-il.

Truite dans l'eau.

Une truite redescend au fond d'un lac.

Photo : Radio-Canada

Sauf que la température de l’eau du lac était de 24 degrés Celsius, alors que les truites vivent habituellement à 12 ou 15 degrés Celsius… Une de ses remises à l’eau s’est soldée par un échec.

L’eau en surface était très chaude. Les truites n'ont pas supporté le choc thermique et la diminution d'oxygène. Ce n’était pas une bonne idée. Les truites sont mortes, explique le pêcheur, qui a dû se résoudre à garder ses prises.

Sur un lac doré, un pêcheur navigue en chaloupe.

Un pêcheur en chaloupe, tôt le matin.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

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