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Productivité, un mot absent du discours du Trône

Un travailleur manipule un cadre en acier.

Un travailleur manipule un cadre en acier.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

L’élan que souhaite donner le gouvernement Trudeau avec son discours du Trône permettra-t-il d’éliminer un grand handicap économique?

Une tendance inquiète les experts depuis des années : la faible croissance de la productivité nationale.

Plus sa progression est lente, plus les salaires ont tendance à stagner et des tranches de la population en souffrent. En clair, le niveau de vie des Canadiens en dépend.

Or, la productivité croît à un taux quasi anémique au Canada. Et c’était le cas bien avant la pandémie.

La hausse de la productivité canadienne n’a pas dépassé 1 % depuis 2000. Elle est de deux à trois fois moins importante que dans les années 1960 et 1970.

En ayant du mal à rattraper le retard qui le sépare de plusieurs autres pays industrialisés comme les États-Unis, le Canada en subit les conséquences. Cela plombe la croissance économique à long terme.

Au pays, le PIB par habitant était inférieur de 3 % en 2019 par rapport au niveau de 2010. Pendant la même période, le PIB par habitant chez nos voisins du sud connaissait une augmentation de 35 %.

L'étude « Productivité et prospérité au Québec – Bilan 2018 » du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal apporte un éclairage intéressant.

La croissance annuelle moyenne de la productivité du travail au Canada de 1981 à 2017 a été de 1,2 %. Celle des États-Unis, pour la même période, était de 1,5 %, tandis que l'accroissement moyen annuel de la productivité était de 1,8 % en Norvège et de 3,9 % en Irlande.

La même étude s'est intéressée à la productivité du travail, qui représente le PIB par heure travaillée en dollars canadiens de 2017 à parité de pouvoir d'achat. Ainsi, le PIB du Canada par heure travaillée était de 66,95 $, tandis que celui de l'Allemagne était de 87,38 $ et celui des États-Unis était de 82,03 $.

Cette croissance lente de la productivité a un effet sur le niveau de vie à parité des pouvoirs d'achat. Le PIB par habitant en dollars canadiens en 2017 était de 58 320 $ au pays, comparativement à 74 815 $ aux États-Unis.

Qu'est-ce que la parité des pouvoirs d'achat?

Pour comparer les niveaux de vie entre pays, on calcule les taux de change assurant la parité des pouvoirs d’achat en comparant les prix nationaux d’un large éventail de biens et de services. Les taux ainsi obtenus permettent de convertir différentes devises en une même monnaie afin de mesurer le pouvoir d’achat du revenu par habitant dans divers pays.

Source : Banque du Canada

Rebâtir en mieux

Au Canada, les exportations de biens non énergétiques, notamment manufacturiers, ne se sont jamais vraiment remises de la récession de 2008.

Avec un ralentissement prolongé de l'industrie pétrolière et un déclin du secteur de la production de biens, un phénomène s’est produit : les gouvernements sont devenus dépendants de la croissance du secteur immobilier pour alimenter l’économie, peut-être même trop.

À la fin de l’an dernier, l’immobilier, la construction ainsi que les secteurs connexes des finances et des assurances représentaient plus de 25 % du produit intérieur brut canadien devant l'énergie, dont l’apport économique n’était plus que d’environ 9 %.

Le discours du Trône trace-t-il la voie à un recalibrage? Le gouvernement libéral souhaite saisir cette occasion pour rebâtir en mieux.

En voulant miser sur les technologies vertes, en promettant la création d’un million de nouveaux emplois et des incitatifs pour stimuler la formation professionnelle, il veut se donner certains outils.

Un gouvernement n'écrit pas un discours du Trône pour les économistes. Mais la productivité reste un des plus grands défis économiques du Canada. Et sur les 18 pages de l’énoncé, le mot productivité n’apparaissait pas une seule fois.

Une crise comme celle que l’on traverse peut offrir des occasions de transformation. Le discours lu par la gouverneure générale Julie Payette a présenté de grandes orientations, mais n'a pas proposé pas de calendrier pour leur mise en œuvre. Le gouvernement minoritaire n’a pas le luxe d’attendre.

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