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Ottawa veut reconnaître la « situation particulière » du français

Ottawa admet que des mesures particulières doivent être adoptées pour les francophones.

La gouverneure générale en avant-plan lisant le discours du Trône. Le premier ministre du Canada Justin Trudeau en second plan.

Le gouvernement Trudeau affirme que le gouvernement doit tenir compte de la « réalité particulière du français » et « renforcer » la Loi sur les langues officielles du Canada, dans son discours du Trône prononcé mercredi par la gouverneure générale Julie Payette.

Photo : Getty Images / AFP / Blair Gable

Le gouvernement fédéral s’avance comme il l’a rarement fait dans le passé et reconnaît l’inégalité qui existe entre les francophones et les anglophones au pays.

Dans le discours du Trône, lu par la gouverneure générale, le gouvernement a souligné qu’il y avait près de 8 millions de francophones au Canada dans un océan de plus de 360 millions d’habitants principalement anglophones [en Amérique du Nord] et qu’il fallait protéger cette minorité.

Le gouvernement, dit Julie Payette, doit tenir compte de la réalité particulière du français et renforcer la Loi sur les langues officielles du Canada.

Ottawa avait déjà promis de moderniser cette loi, mais Radio-Canada a révélé en juin qu’en raison de la pandémie, son adoption serait reportée à plus tard.

J’ai rarement entendu le gouvernement fédéral souligner de cette façon son attachement à la langue française.

Benoît Pelletier, constitutionnaliste

En entrevue à Radio-Canada, le professeur de droit constitutionnel à l’Université d’Ottawa et ancien ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, se dit surpris par les intentions d’Ottawa.

Le gouvernement fédéral a toujours voulu assurer une symétrie entre l’anglais et le français au Canada, explique-t-il. Le fait qu’Ottawa admette que des mesures particulières doivent être adoptées pour les francophones démontre, selon lui, une reconnaissance par le gouvernement Trudeau que le français est menacé.

Ça veut dire peut-être qu’il y aura un effort singulier, un effort particulier pour assurer l’épanouissement de la langue française. Si vous voulez atteindre une plus grande égalité entre les deux langues, il faut favoriser d’une façon particulière la langue qui est défavorisée, la langue qui est menacée, ajoute Me Pelletier.

Rien d’impressionnant, selon l’opposition conservatrice

Le porte-parole du Parti conservateur du Canada en matière de langues officielles, Alain Rayes, estime que le gouvernement Trudeau se drape encore une fois dans un beau discours, mais ne promet rien de concret aux francophones du pays.

On a un petit paragraphe qui nous dit : les deux langues sont importantes. Ah oui? Quelle révélation pour Justin Trudeau!

Alain Rayes, porte-parole du Parti conservateur du Canada en matière de langues officielles
Alain Rayes, député du Parti conservateur du Canada dans la circonscription de Richmond-Arthabaska, à la Chambre des communes à Ottawa le 26 octobre 2017.

Alain Rayes, porte-parole du Parti conservateur du Canada en matière de langues officielles, assure que le gouvernement ne promet rien de concret aux francophones du pays.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Depuis le début de la crise de la COVID-19, ajoute M. Rayes, Ottawa n’a rien fait pour protéger les deux langues officielles.

Il rappelle, entre autres, que Santé Canada a autorisé l’étiquetage unilingue en anglais de produits nettoyants au printemps dernier.

Justin Trudeau n’a pas donné d’échéancier pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles, déplore le député conservateur de Richmond-Arthabaska. Il n’a pas dit non plus si les entreprises de compétence fédérale allaient être assujetties à la loi 101 au Québec – une demande du gouvernement de François Legault.

Dans le discours du Trône, le gouvernement Trudeau s’est engagé à faire la promotion du français partout au pays, y compris au Québec.

Or, selon l’avocat spécialiste en droit linguistique, Michel Doucet, il risque d’y avoir des tensions entre les gouvernements provincial et fédéral, puisque Québec ne voudra pas qu’Ottawa s’ingère dans ses domaines de compétences.

Pas trop d’inquiétude chez les Anglo-Québécois

À la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA), on semble plus encouragé par le choix des mots de la gouverneure générale. Le vice-président de la FCFA, Patrick Naud, juge très positive l’intention du gouvernement de renforcer la Loi sur les langues officielles en tenant compte de la situation particulière du français.

La FCFA rappelle, encore une fois, qu’elle souhaite voir un projet de loi déposé d’ici la fin de l’année.

Chez les Anglo-Québécois, le président du Quebec Community Groups Network, Geoffrey Chambers, appuie aussi les intentions du gouvernement fédéral.

Le modèle des institutions que nous avons bâties dans notre communauté, comme les écoles et les hôpitaux, il est juste que ce soit une cible [pour les francophones] ailleurs au Canada.

Geoffrey Chambers, président du Quebec Community Groups Network
L'Université Concordia à Montréal.

Les francophones à l'extérieur du Québec souhaitent avoir accès aux mêmes services que les Anglo-Québécois. Ci-dessus, Concordia, une université anglophone à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il tient néanmoins à ce que les droits des Québécois d’expression anglaise ne soient pas brimés.

Les mesures ne doivent pas nuire aux droits des anglophones au Québec dans le contexte de la livraison des services. Nous sommes intéressés de voir les détails qu’ils veulent mettre de l’avant, soutient M. Chambers.

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