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Un ex-policier du Kentucky accusé dans l'affaire Breonna Taylor, mais pas pour sa mort

Au cours de la soirée de mercredi, deux policiers de Louisville ont été blessés par balle et un suspect a été interpellé.

Des manifestants dans la soirée à Louisville, Kentucky

Des manifestants ont défié le couvre-feu, en soirée le 23 septembre 2020, à Louisville, au Kentucky.

Photo : Reuters / LAWRENCE BRYANT

Un grand jury du Kentucky a mis en accusation un seul des trois policiers impliqués dans la mort de la jeune Afro-Américaine Breonna Taylor, abattue en mars dans son appartement. Les trois chefs d'accusation déposés contre Brett Hankison concernent la « mise en danger injustifiée » des voisins, mais aucun ne se rapporte à la mort de la femme de 26 ans, une décision accueillie avec déception et colère par les manifestants, qui ont manifesté pendant la soirée et une partie de la nuit.

Aucun des coups de feu tirés par le policier, qui a depuis été congédié, n'a atteint la victime, a précisé le procureur de l'État, Daniel Cameron, un Afro-Américain, au cours d'une conférence de presse, mercredi. Mais les balles qui ont touché l'appartement voisin ont posé pour la famille de trois locataires qui y résident un danger substantiel, à l'origine des trois chefs d'accusation, a-t-il expliqué.

Le sergent Jonathan Mattingly et le détective Myles Cosgrove, les deux autres agents qui ont ouvert le feu dans l'appartement de Breonna Taylor, tuant la jeune femme, ne feront pour leur part face à aucune accusation.

La victime a reçu six balles, dont l'une, tirée par le détective Cosgrove selon les analyses du FBI, a été fatale, a précisé le procureur, un républicain. Le certificat de décès faisait plutôt état de cinq balles.

Daniel Cameron a dit ne pas s'attendre au dépôt de chefs d'accusation supplémentaires.

La mort de la jeune Noire, devenue l'un des symboles du mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte), fait l'objet de manifestations de la part de citoyens réclamant justice depuis une centaine de jours.

La décision dont mon bureau est saisi n'est pas de déterminer si la perte de la vie de Breonna Taylor était une tragédie – la réponse à cette question est sans équivoque : oui, a déclaré le procureur Cameron, semblant parfois émotif.

La fusillade était cependant légale, a-t-il soutenu, arguant que les actions des deux agents qui ont atteint la victime étaient justifiées pour se défendre eux-mêmes, puisque des coups de feu avaient d'abord été tirés de l'intérieur de l'appartement.

Le copain de Breonna Taylor, qui avait tiré le premier coup de feu avec une arme détenue légalement, a déjà affirmé qu'il avait cru à un cambriolage, avançant que les agents ne s'étaient pas annoncés, ce que ceux-ci ont démenti.

Je sais que tout le monde ne sera pas satisfait. Notre travail consiste à présenter les faits au grand jury, et le grand jury applique ensuite les faits, a déclaré le procureur général Cameron, qui avait pris la parole à la convention républicaine.

Si nous nous contentons d'agir en fonction de l'indignation, il n'y a pas de justice – la justice populaire n'est pas la justice. La justice dictée par la violence n'est pas la justice. Elle devient simplement une vengeance.

Daniel Cameron, procureur général du Kentucky

Daniel Cameron a précisé que Brett Hankison risque cinq ans de prison par chef d'accusation s'il est reconnu coupable.

Un des avocats de la famille de la victime, Ben Crump, qui se spécialise dans la défense des droits civiques, a condamné la conclusion du grand jury, déplorant que les chefs d'accusation retenus concernent des balles qui ont pénétré dans d'autres appartements, mais [qu'il n'y ait] RIEN pour le meurtre de Breonna Taylor. C'est scandaleux et offensant!, a-t-il écrit sur Twitter.

Si le comportement de Brett Hankison représentait une mise en danger injustifiée pour les personnes dans les appartements voisins, alors ça aurait dû être considéré comme une mise en danger injustifiée dans l'appartement de Breonna Taylor aussi. En fait, cela aurait dû être considéré comme un meurtre gratuit!

Ben Crump, avocat de la famille de Breonna Taylor

Le réseau local WLKY a indiqué que Brett Hankison avait été libéré sous caution, moyennant un versement de 15 000 $ US.

D'après sa lettre de licenciement, celui-ci, le seul des agents à ne plus travailler pour le service de police, a été congédié en juin parce qu'il avait fait preuve d'une indifférence extrême à la valeur de la vie humaine, selon le New York Times.

Ses anciens collègues ont pour leur part été affectés à des tâches administratives.

Tensions et appel au calme dans une ville sous couvre-feu

Des gerbes de fleurs sont déposées devant des pancartes où on peut par exemple lire « Justice pour Breonna » ou « Pas de justice ».

Plusieurs manifestants, qui avaient apporté des gerbes de fleurs et des pancartes, attendaient la décision dans le parc de Jefferson Square.

Photo : Associated Press / Darron Cummings

Fort attendue, la décision a été accueillie avec une émotion palpable par les manifestants qui s'étaient déjà réunis dans le parc de Jefferson Square, au cœur des protestations qui se déroulent dans la ville depuis trois mois.

Jugeant les accusations trop peu sévères, certains ont même fondu en larmes lors de l'annonce.

Le maire de Louisville, Greg Fischer, avait, de façon préventive, décrété un couvre-feu de 72 heures, en vigueur de 21 h à 6 h 30, heure locale. Le gouverneur de l'État, Andy Beshear, a pour sa part autorisé un déploiement limité de la Garde nationale du Kentucky à Louisville.

Les médias américains ont rapporté des scènes de tension dans les rues de la ville, où ont été déployés un nombre important de policiers, en tenue antiémeute. Des manifestants ont été placés en détention, a rapporté le réseau.

Au cours de la soirée, deux policiers ont été blessés par balle et un suspect a été interpellé dans la ville.

Deux agents de police ont été blessés par balle. Ils sont en train d'être soignés à l'hôpital University, a précisé le chef par intérim de la police de Louisville, Robert Schroeder, lors d'une conférence de presse, ajoutant que leur état était stable et que leur vie n'était pas menacée.

Selon CNN, la manifestation était essentiellement pacifique. En arrière-plan, on pouvait entendre les manifestants scander : « Que voulons-nous? La justice. »

L'Associated Press a indiqué qu'un incendie avait été allumé près du palais de justice, avant d'être rapidement éteint.

Après avoir déclaré le rassemblement illégal, la police a lancé des grenades assourdissantes, ordonnant aux centaines de personnes qui étaient dans le parc de Jefferson Square de se disperser.

Toujours d'après l'Associated Press, les manifestants ont semblé commencer à se disperser, défilant ailleurs dans une rue voisine.

Tant le maire Fischer que le gouverneur Beshear, deux élus démocrates, ont lancé un appel au calme en après-midi.

L'affaire est loin d'être terminée, a assuré le maire Greg Fischer, invoquant l'enquête en cours du département fédéral de la Justice, susceptible d'inclure des accusations de violation des droits civiques, ainsi qu'une enquête interne du service de police municipal qui pourrait déboucher sur des mesures disciplinaires à l'encontre des agents impliqués dans l'affaire.

Je sais que des gens dans notre communauté pensent que ces accusations ne sont pas suffisantes pour obtenir justice, a-t-il dit. L'obtention de la justice pour Breonna Taylor doit aller au-delà de la décision annoncée plus tôt dans la journée par le procureur général. La justice pour Breonna signifie aussi s'engager à éliminer le racisme systématique et structurel dans notre ville, dans notre pays.

Le gouverneur Beshear a tenu un discours similaire, exhortant les manifestants à ne pas s'engager dans quelque type de violence que ce soit. Invoquant la présence de milices, il les a appelés à ne pas laisser d'autres personnes détourner leur message. Il a de plus demandé au procureur général de l'État de rendre les conclusions de l'enquête publique afin que les citoyens de l'État puissent juger par eux-mêmes si justice a été rendue.

Une radio de Washington, WTOP, a fait état en soirée de manifestations dans près d'une vingtaine de villes du pays.

Vers 20 h, environ 150 personnes se dirigeaient par exemple vers la Black Lives Matter Plaza, tout près de la Maison-Blanche, dans la capitale fédérale, selon le Washington Post.

Des policiers font face à de nombreux manifestants

Les manifestants ont aussitôt dénoncé la décision annoncée par le procureur de l'État dans le dossier de Breonna Taylor.

Photo : Reuters / BRYAN WOOLSTON

Trump félicite le procureur, tandis que Biden appelle à des manifestations pacifiques

Au cours d’un point de presse sur le coronavirus, le président Trump a vanté la gestion fantastique du dossier par le procureur général du Kentucky, le qualifiant de brillant. Je pense que c’est une star, a-t-il lancé, lisant des extraits de la conférence de presse.

Plus tard, lorsqu’un reporter lui a demandé de commenter plus spécifiquement la mort de Breonna Taylor et les manifestations pour une plus grande équité raciale, il a quitté la salle, invoquant un appel d’urgence.

Le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, a de son côté, refusé de commenter les accusations déposées, disant ne pas avoir eu le temps de prendre connaissance des détails, mais a dit espérer que les manifestations seraient pacifiques.

Ne salissez pas [la mémoire de] Breonna Taylor en vous livrant à des actes de violence, a-t-il insisté, ajoutant être de tout cœur avec la mère de la jeune femme.

Ce serait totalement inapproprié. Elle ne le voudrait pas et sa mère non plus, alors j'espère qu'ils [manifesteront de façon pacifique], a-t-il dit.

Un mandat d'arrêt à la fin tragique

Breonna Taylor a été atteinte par balles à son domicile quand les policiers s'y sont présentés en pleine nuit.

Le procureur général du Kentucky a cependant démenti qu'ils disposaient d'un mandat d'arrêt dit no knock, qui permet aux forces de l'ordre d'entrer chez un suspect sans s'annoncer. Les agents enquêtaient sur un trafic de drogues auquel l'ancien petit ami de la jeune femme était soupçonné d'être mêlé.

Le procureur a déclaré qu'un témoin avait affirmé, comme le disaient les policiers, que ceux-ci avaient au contraire signalé leur présence. Pendant la conférence de presse, une reporter du New York Times a cependant souligné qu'un seul des 12 témoins interviewés avait confirmé la version des policiers, un fait également rapporté par d'autres médias.

Le policier ayant pénétré dans le domicile a été blessé par un tir du nouveau compagnon de Breonna Taylor, suivi de la riposte des policiers, dont plusieurs tirs ont atteint la jeune femme, a précisé Daniel Cameron.

Pendant la perquisition, les policiers n'ont pas trouvé de drogue ni d'argent semblant être lié à un trafic de drogues.

Les accusations qui avaient initialement été portées contre l'amoureux de la victime pour tentative de meurtre d'un agent des forces de l'ordre ont par ailleurs été abandonnées.

Le mois dernier, la famille de Breonna Taylor a annoncé avoir renoncé à une plainte au civil dans le cadre d'un « accord historique » de 12 millions de dollars et en raison de l'engagement de réformes de la police locale conclu avec la mairie de Louisville.

En juin, le conseil municipal a en outre voté à l'unanimité l'interdiction des mandats dits no knock.

Sa mort n'avait, dans un premier temps, pas attiré beaucoup d'attention, mais elle est revenue à l'avant-plan après la mort de George Floyd, un Noir dont la mort a mené à une accusation de meurtre contre un policier blanc à Minneapolis, au Minnesota, deux mois plus tard.

Avec les informations de Washington Post

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