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Loukachenko prête serment en secret pour un 6e mandat au Bélarus

Alexandre Loukachenko, en uniforme militaire, prononce un discours.

Le président du Bélarus Alexandre Loukachenko prononce un discours lors de sa cérémonie d'investiture au palais de l'Indépendance à Minsk, le mercredi 23 septembre 2020.

Photo : Associated Press / Maxim Guchek

Agence France-Presse

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko, confronté à un mouvement de contestation postélectoral inédit, a prêté serment mercredi en catimini pour un sixième mandat, avant de proclamer que la « révolution » voulue par ses détracteurs avait échoué.

Des États européens ont dénoncé l'obstination de M. Loukachenko, Berlin déclarant ne pas le reconnaître , faute de légitimité démocratique .

Fait exceptionnel, la cérémonie d'investiture n'a été annoncée par l'agence de presse d'État Belta, puis par la présidence, qu'une fois achevée.

Dans la matinée, l'opposition avait spéculé sur une investiture surprise : le cortège présidentiel a défilé dans la rue à toute vitesse, l'artère principale de Minsk a été fermée au public, et les forces de l'ordre, déployées en nombre autour de la présidence.

Cette prétendue investiture est évidemment une farce, a dénoncé Svetlana Tikhanovskaïa, principale rivale de M. Loukachenko, dans un communiqué publié sur la messagerie Telegram.

Cette novice en politique, désormais exilée en Lituanie, a une nouvelle fois revendiqué sa victoire à la présidentielle d'août.

Une femme assise derrière un bureau tient une photo montrant des manifestants ensanglantés.

La cheffe de l’opposition au Bélarus, Svetlana Tikhanovskaïa, brandit une photo lors de la commission des affaires étrangères du Parlement européen à Bruxelles, le 21 septembre 2020.

Photo : Associated Press / Francisco Seco

Des élections ni libres ni justes, selon les États-Unis

Les États-Unis ne peuvent pas considérer Alexandre Loukachenko comme le président légitimement élu du Bélarus, a déclaré mercredi le département d'État américain après la prestation de serment pour un sixième mandat, faite en catimini par l'homme politique.

Les élections du 9 août n'étaient ni libres ni justes. Les résultats annoncés étaient truqués et ne confèrent aucune légitimité, a affirmé un porte-parole de la diplomatie américaine dans une déclaration transmise à l'AFP.

Même constat du côté du gouvernement allemand. Par la voix de son porte-parole, il a jugé que le secret entourant la cérémonie d'investiture était révélateur des faiblesses du régime, et que, faute de légitimité démocratique, Berlin ne reconnaissait pas la réélection de M. Loukachenko.

Le chef de la diplomatie lituanienne, Linas Linkevicius, a raillé des élections frauduleuses, une investiture frauduleuse.

Pour les opposants et médias indépendants, cette cérémonie, qui devait avoir lieu légalement avant le 9 octobre, a été organisée en secret de crainte d'une nouvelle grande manifestation.

Selon l'Ukraine, les ambassadeurs n'ont pas été invités, comme c'est le cas d'ordinaire. Selon la présidence bélarusse, 700 personnes haut placées se trouvaient dans l'assistance.

Dans son discours, M. Loukachenko a affirmé que son pays avait résisté à une révolution de couleur, surnom donné en ex-URSS aux mouvements populaires ayant chassé du pouvoir des régimes autoritaires depuis le début des années 2000 en Ukraine, en Géorgie ou encore au Kirghizstan. Pour la Russie et M. Loukachenko, il s'agissait de révoltes fomentées par les Occidentaux.

Notre État était face à un défi sans précédent [...], mais nous sommes parmi les seuls, sinon les seuls, chez qui la "révolution de couleur" n'a pas fonctionné. C'est le choix des Bélarusses.

Alexandre Loukachenko, président bélarusse

Sur des images diffusées par des médias d'État, M. Loukachenko est ensuite apparu en uniforme militaire lors d'un discours devant des soldats au garde-à-vous.

Vous avez sauvé la paix sur ce bout de terre, vous avez défendu la souveraineté et l'indépendance de notre pays, leur a-t-il lancé.

Selon lui, les Occidentaux voulaient le renverser pour se servir du Bélarus comme d'un tremplin pour une guerre contre la Russie.

Le cortège du président du Bélarus Alexandre Loukachenko dans une rue de la capitale, Minsk.

Le cortège du président du Bélarus Alexandre Loukachenko arrive pour sa cérémonie d'investiture au palais de l'Indépendance à Minsk, le 23 septembre 2020.

Photo : Associated Press

Plus de 100 arrestations

Le secret entourant la cérémonie d'investiture n'a pas empêché des milliers de personnes de protester mercredi. Des canons à eau et des policiers antiémeute encagoulés ont dispersé les manifestants. L'ONG de défense des droits de la personne Viasna a recensé l'arrestation de 115 personnes, en grande majorité dans la capitale, Minsk.

Qu'il prête serment 10 fois, pour moi, il n'est déjà plus personne, a réagi auprès de l'AFP Valentina Sviatskaïa, retraitée de 64 ans vivant à Minsk, certaine que le peuple en colère va continuer à manifester.

C'est officiel maintenant, un usurpateur nous gouverne, et nous vivons en dictature, commente Igor Koukharski, un entrepreneur de 38 ans.

M. Loukachenko est confronté depuis la présidentielle du 9 août à une contestation inédite, des dizaines de milliers de personnes descendant dans la rue chaque dimanche à Minsk, malgré la répression policière, pour dénoncer sa réélection jugée frauduleuse.

Les premiers jours, les manifestations avaient été réprimées très violemment, et des milliers de personnes, arrêtées. Les figures de l'opposition ont été soit incarcérées, soit contraintes à l'exil.

De nombreux journalistes ont aussi fait l'objet d'arrestations et de pressions. Mercredi, c'est le rédacteur en chef du site indépendant Nacha Niva qui a été interpellé.

M. Loukachenko, qui accuse les Occidentaux d'avoir orchestré la protestation, a promis une vague réforme constitutionnelle pour répondre à cette crise politique. Mais il a exclu tout dialogue avec les détracteurs du régime qu'il pilote depuis 1994.

La Russie a assuré M. Loukachenko de son soutien, bien que, dans les semaines précédant la présidentielle, celui-ci ait accusé Moscou de chercher à le chasser du pouvoir pour pouvoir vassaliser son pays.

L'UE menace de sanctionner Minsk, mais n'a pas décidé de mesures, en raison de divergences internes.

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