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La CAQ ne respectera pas sa promesse pour Internet haute vitesse

Tous les Québécois n'auront pas accès au haut débit en 2022 comme promis. On est même très loin du but.

François Legault et de son équipe.

En campagne électorale, le 31 août 2018, à Saguenay, François Legault et la CAQ promettaient de donner un accès Internet très haut débit à tous les Québécois, d'ici la fin du mandat.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Debout derrière un pupitre affichant le mot « Maintenant », le chef de la CAQ François Legault avait assuré vouloir prendre les choses en main d'« urgence ». Une « obligation ».

En ce 31 août 2018, à Saguenay, le candidat promettait de corriger l'« aberration » de ces 340 000 foyers québécois des régions sans accès à Internet haute vitesse.

Aujourd'hui, environ 330 000 foyers québécois, soit un ménage sur dix, n’ont pas accès à la haute vitesse. En 2017, ils étaient 340 000. La progression se fait à basse vitesse.

7000 foyers branchés en deux ans

Un paysage madelinot.

Quelque 5000 résidents des Îles-de-la-Madeleine ont désormais accès à Internet haute vitesse depuis cet été.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Nous avons vérifié où nous en sommes à mi-mandat, en pleine pandémie, alors que l’accès à la haute vitesse n’est jamais apparu aussi essentiel.

Depuis que la CAQ est au pouvoir, 7000 foyers non desservis de plus ont accès à Internet haute vitesse, grâce aux programmes du gouvernement. On est donc encore très loin du compte.

Le plus révélateur se trouve dans des documents d’étude de crédit du ministère de l’Économie. On y découvre que l’engagement du gouvernement a changé. Désormais, il est promis que l’ensemble des projets soient sélectionnés, en cours de réalisation ou réalisés d’ici 2022.

Le budget de 400 millions sur quatre ans, annoncé en 2018, a aussi été étalé sur sept ans, jusqu’en 2026.

La limite de la patience des régions est vraiment atteinte. [...] Malgré les promesses, malgré les investissements importants, dans le concret, il n’y a pas beaucoup de choses qui avancent.

Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM)

Chez Jacques Demers, à Sainte-Catherine-de-Hatley, entre Sherbrooke et Magog, on obtient une connexion de 3,4 mégabits quand un seul appareil est connecté à la fois. On est à 1 heure 20 de route de Montréal.

Incapables de télétravailler à une heure de Montréal

Jean Audette, à sa résidence de Saint-Hippolyte, dans les Laurentides.

Jean Audette, à sa résidence de Saint-Hippolyte, dans les Laurentides.

Photo : Radio-Canada

Dans sa maison de Saint-Hippolyte, au nord de Montréal, Jean Audette et sa conjointe sont incapables d'être en réunion virtuelle au même moment.

On n’est pas rendu en 2020 avec Internet ici. Ça limite ce qu'on peut faire en télétravail.

Leur fils a quitté les Laurentides à cause des lenteurs de connexion et, ironiquement, il paie moins cher à Montréal son accès Internet très haut débit.

Avec une vitesse d’un maximum de 4 mégabits (Mb) à Saint-Hippolyte, même regarder une vidéo peut être difficile.

Depuis 2016, le gouvernement fédéral reconnaît la haute vitesse de 50 Mb comme un service essentiel que tous les Canadiens devraient avoir.



C’est essentiel pour la survie des entreprises en région, c’est essentiel pour garder les jeunes dans les villages, et c’est encore plus essentiel alors que des millions de personnes sont en télétravail.

Ça n’a aucun sens. On est en 2020, on est un pays du G7 et on n’est pas capables de faire des réunions Zoom sur le territoire québécois.

Charles Milliard, président-directeur de la Fédération des Chambres de commerce du Québec

Quand les fonctionnaires sursautaient à l'annonce de la CAQ

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Routeur sans fil avec deux antennes sur une table en bois.

Retard dans le déploiement d'Internet haute vitesse

Photo : Getty Images / farakos

Lorsque François Legault promet en campagne électorale que tout le monde sans exception aura accès à Internet haute vitesse et la couverture cellulaire d’ici 2022, il s’engage même à ce que le débit soit de 100 mégabits et au même tarif que dans les grandes villes.

À ce moment-là, dans les bureaux du ministère de l’Économie, des fonctionnaires attitrés au dossier n’en reviennent pas de ce qu’ils entendent.

Quand on a entendu les annonces, ici, ça sursautait. Il y a des promesses qui ne tenaient pas la route. On savait qu’ils ne seraient jamais capables.

Un fonctionnaire du ministère de l'Économie, sous le couvert de l'anonymat.

Le premier ministre François Legault a persisté cet été lors d'une tournée des régions.

Le 16 juillet 2020, en Gaspésie, il promet de nouveau la haute vitesse pour tout le monde avant la fin de son mandat : Ça va être fait d’ici maximum deux ans.

Puis le 21 août, dans le Centre-du-Québec, il répète : Ça va être réglé d’ici deux ans.

État des lieux des différents programmes pour desservir 340 000 foyers

  • Québec branché

Lancé par le gouvernement Couillard en partenariat avec le fédéral, ce programme doit permettre de donner accès à Internet haute vitesse à 110 000 foyers.

Aux dernières nouvelles, seuls quatre projets ont été complétés depuis 2018, pour un total de 7000 foyers branchés.

Sur les 79 projets qui ont fait l’objet d’une convention d’aide financière entre le ministère et le promoteur, seuls 5 ont reçu un premier chèque.

Malgré tout, le directeur des communications du ministre de l’Économie, Mathieu St-Amand, affirme que tous ces ménages devraient avoir accès au haut débit avant l’été 2021.

  • Régions branchées

Piloté par Québec, il doit permettre la connexion de 60 000 foyers. Les projets viennent tout juste d’être sélectionnés pour du financement dont les travaux ne sont pas lancés et Québec admet ignorer l’état de la situation.

Les promoteurs se sont engagés à compléter leurs travaux d’ici le 30 juin 2022, dit Mathieu St-Amand.

  • Un appel d’offres géré par le fédéral (CRTC)

L’appel d’offres s’est terminé en juin 2020. Il concerne les régions les plus éloignées. Ce programme géré par le Gouvernement fédéral pourrait couvrir 50 000 abonnés additionnels, estime Mathieu St-Amand.

  • Un nouveau programme à venir de Québec

Il doit donner l’accès aux 120 000 foyers restants. L’appel de projets n’a pas encore été lancé. Le cabinet du ministre de l’Économie ne nous a pas donné d’échéance.

Justin Trudeau promet d'aller plus vite

Justin Trudeau, qui porte un couvre-visage, écoute le discours du Trône lu par Julie Payette.

La gouverneure générale Julie Payette lit le discours du Trône du gouvernement de Justin Trudeau, au Sénat, le 23 septembre 2020, à Ottawa.

Photo : Reuters / PATRICK DOYLE

Dans le récent discours du Trône, le gouvernement fédéral s'est engagé à accélérer le calendrier de mise en oeuvre de la connectivité et injecter plus d'argent dans le projet afin que les Canadiens de toutes les régions aient accès à Internet haute vitesse .

Le fédéral est montré du doigt par le gouvernement du Québec comme un des principaux responsables des lenteurs.

J'ai décidé d'arrêter d'attendre le gouvernement fédéral, a déclaré François Legault, cet été, critiquant le temps que prend Ottawa pour financer les projets.

Québec a aussi mis sur pied au mois de mai une table de coordination avec différents acteurs pour accélérer les projets.

On y retrouve Bell, Hydro-Québec, Telus, Télébec et le ministère de l'Économie. L'enjeu principal est de faciliter et accélérer l'accès aux poteaux de ces compagnies pour les entreprises qui se chargeront du déploiement du réseau.

L’accès aux poteaux et autres infrastructures de soutènement constitue un important défi pour le déploiement des projets, reconnaît le porte-parole du ministre de l'Économie.

L'accès aux poteaux, le nerf de la guerre

Camions de Bell et Telus à Baie-Trinité

Des équipes de Telus et de Bell sont sur les lieux pour réparer des poteaux et réparer un câble de fibre optique.

Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin

Le 30 septembre, Vidéotron a demandé au Bureau de la concurrence du Canada d’enquêter sur Bell. Elle l'accuse de ralentir, voire, dans plusieurs cas, bloquer l’accès à ses structures de soutènement (poteaux) dans le but de limiter la concurrence.

Plusieurs municipalités se plaignent aussi des délais nécessaires avant de pouvoir dérouler la fibre optique vers les communautés à desservir. Chaque poteau appartenant à Bell, ou d'autres, doit être préalablement inspecté. Un permis doit aussi être délivré pour chaque poteau.

On peut attendre des mois avant de savoir si un poteau est conforme, regrette Jacques Demers, le président de la FQM.

On parle d’un fil, c’est quand même simple comme technologie. On ne parle pas de construire des ponts.

Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités

C'est un travail qui n'est pas aussi simple que ça peut en avoir l'air, répond Charles Gosselin, directeur aux Affaires gouvernementales et relations avec le milieu de Bell. Un poteau, ce n'est pas seulement un piquet de bois planté dans le sol, c'est un ouvrage d'ingénierie.

Bell montre plutôt du doigt les promoteurs de projets (petites compagnies, municipalités) qui sous-estimeraient l'ampleur de la tâche.

Est-ce qu'il serait possible que certains des bénéficiaires de ces fonds publics pour la haute vitesse aient sous-estimé les délais de préparation et les délais de travaux? C'est possible.

Charles Gosselin, directeur aux Affaires gouvernementales et relations avec le milieu de Bell

La pandémie a aussi ralenti le déploiement, car tous les fournisseurs Internet se sont retrouvés fortement en demande sur l'ensemble du territoire québécois avec les nombreuses personnes en télétravail.

Selon le président de la Fédération québécoise des municipalités, la crise sanitaire a exacerbé les lacunes déjà présentes sur le territoire et a accentué les inégalités géographiques et économiques qui persistent pour l’accès à ce service de base.

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