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Discours du Trône : l'opposition insiste pour des transferts bonifiés en santé

La colline du Parlement, vue à travers un grillage.

La colline du Parlement, vue à travers un grillage depuis Gatineau.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Augmentation des transferts en santé, plan de relance économique et contrôle des dépenses, aide aux plus vulnérables : les partis d’opposition se mettent en ordre de bataille, en présentant leur liste de demandes en vue du discours du Trône qui sera prononcé vers 14 h 40 à Ottawa.

Le discours du Trône, censé recadrer l’approche gouvernementale alors que l’épidémie de COVID-19 continue de sévir, sera lu par la gouverneure générale Julie Payette.

Il sera suivi d’un discours à la nation télévisé du premier ministre Justin Trudeau à 18 h 30, puis de la réaction des partis d'opposition.

Il va falloir qu’il y ait un vrai plan sérieux de relance économique, et un vrai plan sérieux aussi de contrôle des dépenses, parce qu’on a eu des dérives […] au cours des derniers mois, a plaidé en entrevue à RDI le leader parlementaire du Parti conservateur, Gérard Deltell.

Les conservateurs étaient d’accord pour que le gouvernement adopte au départ des mesures immédiates et urgentes pour des gens qui perdaient leur emploi, pour les entreprises qui devaient fermer, dit-il, mais le gouvernement a perdu le contrôle des dépenses.

Le problème, c’est qu’on a laissé les robinets ouverts et on a même rajouté des tuyaux pendant l’été pour faire encore plus de dépenses. Donc, [on veut un] contrôle des dépenses, mais quand on dit contrôle des dépenses, ça ne veut pas dire fermer les dépenses.

Gérard Deltell, leader parlementaire du Parti conservateur du Canada

On veut surtout savoir si le gouvernement a compris que les bars ouverts, ça suffit, poursuit M. Deltell. Ça suffit de jouer au père Noël tous les jours. Alors oui […] il y a des dépenses en santé auxquelles on s’attend […] mais il faut arrêter de donner de l’argent à ne plus savoir compter.

Tôt ou tard, [dépenser] de l’argent qu’on n’a pas, c’est une facture qu’on envoie à nos enfants et nos petits-enfants, rappelle-t-il. On se dirige vers un déficit d’un demi-trillion de dollars. Voyons donc! À un moment donné, faut être conscient de ça.

M. Deltell croit aussi que le gouvernement doit augmenter les investissements en santé, comme son chef, Erin O’Toole, s’est engagé à le faire la semaine dernière, advenant qu’il devienne premier ministre.

Gérard Deltell parle à des journalistes masqués, qui se tiennent à bonne distance de lui.

Le leader parlementaire du Parti conservateur, Gérard Deltell, en discussion avec des journalistes, mardi, à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Tir groupé sur les transferts en santé

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet ne dit pas autre chose. En entrevue depuis sa résidence, où il est en isolement après avoir été déclaré positif à la COVID-19, il souligne que cette augmentation doit être durable, sans condition et importante.

Ottawa est supposé financer sans condition la moitié des systèmes de santé des provinces. Aujourd’hui, au Québec, c’est à peu près 22 %. Les provinces demandent que ça passe à 35 %. Ça demande un chèque de 28 millions pour l’ensemble des provinces, dit-il. [Il faut aussi] que ce soit durable avec une indexation à 6 % ensuite.

Le chef bloquiste répète en outre que le gouvernement doit augmenter le pouvoir d’achat des aînés, les gens qui ont le plus souffert de la crise, dit-il. Il réclame aussi que soient versées les compensations promises aux agriculteurs sous gestion de l’offre en raison des brèches à ce système créées par l’accord de libre-échange avec l’Union européenne.

On s’attend à des positions claires et enthousiasmantes pour nos aînés, pour nos entreprises, pour nos agriculteurs, pour les besoins de financement du système de santé au Québec et dans les provinces canadiennes.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois
Yves-Francois Blanchet parle au micro, les mains levées devant lui.

Yves-Francois Blanchet lors d'une conférence de presse à Ottawa, en juin.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique (NPD), Alexandre Boulerice, affirme également qu’une hausse des transferts en santé aux provinces est primordiale pour son parti, faisant de cet enjeu un point de ralliement des principaux partis d’opposition.

Il réclame également plus de mesures pour accroître le filet de sécurité sociale des Canadiens afin que personne ne soit laissé pour compte, et des mesures visant à procéder à une réelle transition énergétique.

Ce n’est pas parce qu’on est en crise de pandémie de COVID-19 que la crise climatique est disparue soudainement. Alors il faut aussi des mesures vers les énergies renouvelables et une manière d’avoir une empreinte carbone qui est beaucoup moindre.

Alexandre Boulerice, chef adjoint du Nouveau Parti démocratique

Le NPD réclame également que le système d’assurance-emploi, qui doit être modifié, soit accessible pour la grande majorité des gens, à l’heure où le programme de Prestation canadienne d’urgence, qui pouvait accorder 2000 $ par mois aux prestataires, tire à sa fin.

Selon lui, le gouvernement doit accroître ses revenus en luttant contre les paradis fiscaux et en modifiant son approche fiscale pour les géants du web.

Peu d’appétit pour des élections

Si le gouvernement Trudeau devait être battu lors d'un vote sur le discours du Trône, il devrait démissionner, plongeant le pays dans des élections générales. Mais MM. Deltell, Blanchet et Boulerice montrent peu d’appétit pour ce scénario, qui nécessiterait que les partis d’opposition fassent bloc contre le gouvernement.

Nous, on n’a pas du tout l’intention d’abattre le gouvernement pour aller en élection juste pour le plaisir. Par contre, faut voir ce que le gouvernement a à proposer. Souvent, [un discours du Trône] c’est beaucoup des vœux pieux. On n’est pas contre la vertu, mais encore faut-il tenir parole, indique M. Deltell.

L’humeur des Québécois et des Canadiens n’est pas à l’élection, je dois en convenir, affirme Yves-François Blanchet. Ça aurait pu être considéré, et ça reste encore légitime parce qu’un Parlement ne doit jamais renoncer à ses pouvoirs.

Emblématiquement, les chefs des deux oppositions principales qui ont tous les deux été testés positifs [à la COVID-19], c’est un signal qu’il faut faire attention avant d’aller en élections.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Il faudrait que le discours du Trône soit extrêmement choquant pour que des néo-démocrates comme moi votent contre, admet sans détour M. Boulerice, qui laisse entendre, à l’instar de M. Deltell, que la suite des événements sera plus déterminante.

Alexandre Boulerice, dans le studio de Tout un matin

Alexandre Boulerice, lors d'un passage dans le studio de l'émission Tout un matin (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet

Le vrai test, ça va être le budget. C’est-à-dire est-ce que les libéraux vont mettre en action ce qu’il vont avoir dit. Parce que souvent, ce qu’on voit, c’est que les libéraux disent une chose et, après ça, ils ne le font pas, ou ils font le contraire.

Les trois hommes sont par ailleurs dubitatifs devant la décision inédite du premier ministre Trudeau de s’adresser à la nation après le discours du Trône.

Il sera jugé sévèrement si par malheur il en fait de la trompette politique partisane, prédit Gérard Deltell, qui juge curieux que Justin Trudeau utilise coup sur coup des outils très rarissimes dans le système politique canadien.

Ça nous dit que le premier ministre veut assurer qu’il ait le plus large auditoire possible pour son message, analyse le chef bloquiste.

Ça monte les attentes aussi. On ne peut pas convoquer l’ensemble des Canadiens et des Québécois à écouter la bonne parole du premier ministre si on n’a pas grand-chose à dire. Il faut qu’il y ait une substance importante, et pas un 15 minutes de platitudes avec peu de contenu, prévient-il.

C’est un peu étrange, convient Alexandre Boulerice. C’est comme si M. Trudeau n’était pas à l’aise avec le fait que Mme Payette allait lire le discours et qu’il devait faire un exercice de publicité ou de communication politique par la suite.

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