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Les candidats à la direction du PQ s'inquiètent pour l'avenir du français à Montréal

Les quatre hommes sur scène.

De gauche à droite : le député Sylvain Gaudreault, l'historien Frédéric Bastien, l'humoriste Guy Nantel et l'avocat Paul St-Pierre Plamondon, tous candidats à la chefferie du PQ.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie (Parti québécois)

La métropole du Québec s'anglicise, et il est urgent de s'attaquer à ce problème, ont fait valoir Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault, Guy Nantel et Paul St-Pierre Plamondon, sans toutefois s'entendre sur les solutions à apporter, mardi soir, lors du troisième et dernier débat de la course à la chefferie du Parti québécois.

Prenant la parole tour à tour, les quatre aspirants à la succession de Jean-François Lisée ont dressé un constat sombre de l'avenir du français à Montréal tout en présentant leurs suggestions pour inverser la tendance.

Paul St-Pierre Plamondon et Guy Nantel, par exemple, ont tous deux rappelé que selon Statistique Canada, le pourcentage de Québécois de langue maternelle française, qui était de 79 % en 2011, pourrait passer à 69 % en 2036. Si ça ne suffit pas aux gens pour être nationalistes et indépendantistes, je ne sais pas ce que ça prend, a déclaré M. Nantel.

Pour tenter un redressement, M. St-Pierre Plamondon a rappelé qu'il s'était déjà engagé à ce que sa première motion comme chef du Parti québécois soit de déclarer l'urgence linguistique. Il propose aussi d'intervenir auprès des établissements d'enseignement, dans les milieux de travail et dans le processus d'immigration.

Tout comme son adversaire, Guy Nantel propose d'étendre la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés et de mettre de la pression sur les entreprises à charte fédérale. Mais il propose aussi d'étendre cette loi aux cégeps et aux écoles d'études professionnelles, de durcir l'application des lois sur l'affichage linguistique et de ressusciter les COFI.

De gauche à droite : Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault, Guy Nantel et Paul St-Pierre Plamondon.

L'identité du prochain chef du PQ sera dévoilée virtuellement par le parti le 9 octobre. En raison de la pandémie de COVID-19, il n'y aura pas de rassemblement.

Photo : Radio-Canada

Sylvain Gaudreault, quant à lui, souhaite valoriser le français et déplore que le plan stratégique de la Ville de Montréal n'en fasse pas mention. Il propose de faire de la Charte de la langue française une loi supralégislative, qui va venir interpréter toutes les autres lois, et se réjouit que l'ex-président de la CSN Gérald Larose appuie cette idée.

Mais c'est certainement Frédéric Bastien qui a été le plus sévère envers la situation actuelle du français à Montréal, où s'érigent selon lui des ghettos où il y a moins de contacts avec les natifs et où l'intégration se fait moins.

Selon lui, la mairesse Valérie Plante est un problème. Déplorant la faible présence du fleurdelisé à l'hôtel de ville, M. Bastien a notamment reproché à Mme Plante d'avoir lu un discours uniquement en anglais, au début de son mandat. Je me demande si [le premier ministre] Trudeau a déjà fait ça, a-t-il lâché.

À la mairesse, je dis : "Au lieu de faire des élucubrations sur le racisme systémique et de dire que Montréal est en territoire non cédé, occupez-vous du français à Montréal."

Frédéric Bastien, candidat à la direction du Parti québécois

L'importance de protéger la Loi sur la laïcité de l'État a, elle aussi, fait consensus parmi les quatre candidats à la chefferie péquiste, encore que ceux-ci ne voient pas tous l'avenir de la même façon.

Afin de défendre une loi adoptée démocratiquement par notre Parlement élu, Sylvain Gaudreault a notamment proposé de déposer une motion à l'Assemblée nationale, lorsque les tribunaux entendront la cause sur le fond, pour que tous les partis parlent d'une seule voix – même QS et les libéraux, qui ont voté contre la loi 21.

À l'instar de M. Gaudreault, Guy Nantel a promis de renouveler le recours à la clause dérogatoire pour s'assurer que la loi continue de s'appliquer après 2024. Mais il aimerait aussi faire adopter une autre loi pour s'assurer que plus aucun élève ne puisse être exempté d'un cours, particulièrement les cours qui sont reliés à la sexologie, pour des motifs religieux.

Frédéric Bastien, qui se présente comme le plus volontariste des quatre candidats sur cette question, s'engage de son côté à renforcer la Loi sur la laïcité de l'État en élargissant son application aux cégeps et aux universités. Il aimerait aussi abolir les accommodements religieux, dit-il.

Enfin, Paul St-Pierre Plamondon a évoqué la possibilité d'étendre la loi aux écoles privées subventionnées, ce que préconise le programme du Parti québécois. Il s'est aussi dit ouvert à financer les groupes prolaïcité qui demandent ces jours-ci un soutien gouvernemental afin de défendre leur point de vue devant les tribunaux.

Nantel critique l'ex-gouvernement Marois

Par ailleurs, Guy Nantel a joué les iconoclastes en désavouant certaines réalisations du gouvernement péquiste de Pauline Marois, qui a dirigé le Québec en 2012-2013.

M. Nantel a notamment regretté que les membres de ce gouvernement n’aient pas augmenté suffisamment les redevances minières. Il a aussi dénoncé l'investissement initial dans la cimenterie McInnis, en Gaspésie, qui bat de l'aile aujourd'hui.

Correctif

Une version précédente de ce texte indiquait que Guy Nantel avait critiqué la loi sur les mines de Martine Ouellet, ministre des Ressources naturelles dans le gouvernement Marois. Or, les redevances minières actuelles, insuffisantes au goût de M. Nantel, découlent plutôt du régime d’impôt minier présenté en mai 2013. Le texte a été modifié en conséquence.

C'est un manque d'expérience de M. Nantel, a dit M. Gaudreault en point de presse après le débat. J'aime la nouveauté, la crédibilité qu'apporte Guy Nantel à l'indépendance. Mais en politique, il faut soutenir le parti pour lequel on se présente.

La réponse de son adversaire a été cinglante. Si l'on se présente comme chef, c'est parce qu'on a une vision différente, a argué Guy Nantel. Sylvain répète qu'il est le candidat de la continuité, mais le PQ est parti de 32 % d'appui à 25 % [...] et là, dans les sondages, on est à 10 %. Alors si c'est la continuité, je ne sais pas où on va se ramasser avec ça.

Citant des sondages, l'humoriste se présente comme le seul candidat capable de permettre à la formation politique de remonter dans les intentions de vote aux prochaines élections. La question de l'urne, a-t-il conclu, c'est qui peut faire gagner le Parti québécois, et pas nécessairement [se demander] c'est qui son petit préféré dans la course actuellement.

Trois débats en un mois

Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault, Guy Nantel et Paul St-Pierre Plamondon avaient mardi une ultime chance de convaincre les membres et les sympathisants du PQ de voter pour eux. Pour la troisième et dernière fois, les candidats débattaient – sans public, pandémie oblige – dans un studio de Granby en vue du vote qui aura lieu dans deux semaines.

La joute oratoire de 90 minutes – qui, à l'instar des deux premiers débats, était animée par l'ex-présidente du PQ Gabrielle Lemieux – était retransmise en direct sur le site web du parti, ainsi que sur ses comptes YouTube et Facebook. Elle portait sur « le nationalisme » et sur « la protection de l’environnement et le territoire ».

Le premier débat, le 26 août dernier, avait permis aux candidats de faire valoir leur stratégie pour reconstruire le PQ et accéder à la souveraineté; le second, le 8 septembre, avait porté sur l'équité et la justice. Guy Nantel et Paul St-Pierre Plamondon en avaient profité pour promettre d'utiliser à tous coups la clause dérogatoire en cas de victoire en 2022.

Cela étant dit, les débats des dernières semaines ont plutôt tourné autour du passé de M. St-Pierre Plamondon qui, au début de sa carrière d’avocat, a travaillé dans un cabinet ayant défendu les acteurs du scandale des commandites.

Si le principal intéressé a déclaré que cet épisode l’avait dégoûté des manœuvres du fédéral pour lutter contre les velléités souverainistes des Québécois, son adversaire Guy Nantel a trouvé la chose plutôt « ironique ».

Deux anciens alliés de René Lévesque se prononcent

Sylvain Gaudreault a pour sa part reçu l’appui indirect de deux proches de l’ancien premier ministre René Lévesque, mardi.

Interrogés par La Presse canadienne, l'ex-ministre Guy Chevrette et l'ancienne directrice de cabinet de M. Lévesque Martine Tremblay ont tous deux estimé que le prochain chef du Parti québécois devrait siéger à l’Assemblée nationale, parce que c’est là que les grands débats se déroulent et qu’il y est plus facile d’assurer la cohésion des troupes.

Or, seul Sylvain Gaudreault siège actuellement au Parlement. Son adversaire Paul St-Pierre Plamondon plaide plutôt en faveur d'un chef qui serait davantage sur le terrain, pour reconstruire le parti, avant de faire son entrée à l'Assemblée.

Un nouveau chef dans deux semaines

Le vote pour élire le prochain leader péquiste aura lieu par Internet et par téléphone du 5 au 9 octobre. Le nom du gagnant sera connu à l’issue de la dernière journée du scrutin. Il deviendra dès lors le 10e chef de l'histoire du Parti québécois.

Pour la première fois de l'histoire du PQ, les sympathisants péquistes pourront participer au scrutin. Il est toutefois déjà trop tard pour s'inscrire. Les membres en règle avaient pour leur part jusqu'au 18 septembre pour renouveler leur carte.

La direction du PQ est vacante depuis la démission de Jean-François Lisée le soir du scrutin de 2018, lequel a relégué le parti au statut de deuxième opposition à l’Assemblée nationale. Le départ de la députée Catherine Fournier, six mois plus tard, a fait glisser la formation au rang de troisième groupe d’opposition, derrière Québec solidaire.

Avec les informations de La Presse canadienne

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